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Vichy 5. 25 juin 1940: « C'est à un redressement intellectuel et moral que je vous convie »

5. Message du 25 juin 1940 : « C'est à un redressement intellectuel et moral que je vous convie »

L'armistice passe mal auprès d'une population bouleversée par la défaite et l'exode. Le Maréchal Pétain et sa petite équipe engage aussitôt la phase qui conduira au changement de régime, par un argumentaire simple : tout ce qui arrive est la conséquence de l'incurie de la III° République.

Le 25 juin, le Maréchal Pétain s'adresse aux Français pour expliquer le sens et la portée qu'il donne aux deux armistices signés . Après avoir clôt sa démonstration par une analyse bien idéalisée en terme de souveraineté – « Le gouvernement reste libre, la France ne sera administrée que par des Français », le Maréchal résume son choix de l'armistice, moquant les « mal instruits des conditions de la lutte » qui entendent poursuivre le combat.

"Vous étiez prêts à continuer la lutte, je le savais. La guerre était perdue dans la métropole ; fallait-il la prolonger dans nos colonies ? Je ne serais pas digne de rester à votre tête si j'avais accepté de répandre le sang français pour prolonger le rêve de quelques Français mal instruits des conditions de la lutte. Je n'ai voulu placer hors du sol de France, ni ma personne, ni mon espoir. Je n'ai pas été moins soucieux de nos colonies que de la métropole. L'armistice sauvegarde les liens qui l'unissent à elles. La France a le droit de compter sur leur loyauté."

Le Maréchal aborde alors sa vision de l'avenir : un ordre nouveau commence.

"C'est vers l'avenir que, désormais, nous devons tourner nos efforts. Un ordre nouveau commence. Vous serez bientôt rendus à vos foyers. Certains auront à le reconstruire.

Vous avez souffert. Vous souffrirez encore. Beaucoup d'entre vous ne retrouveront pas leur métier ou leur maison. Votre vie sera dure. Ce n'est pas moi qui vous bernerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c'est une portion de la France qui meurt. Une jachère de nouveau emblavée, c'est une portion de France qui renaît. N'espérez pas trop de l'Etat qui ne peut donner plus qu'il ne reçoit. Comptez pour le présent sur vous-mêmes et, pour l'avenir, sur les enfants que vous aurez élevés dans le sentiment du devoir.

"Nous aurons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l'observe, à l'adversaire qui l'occupe, dans tout son calme, tout son labeur, dans tout son calme. Notre défaite est venue de nos relâchements. L'esprit de jouissance détruit ce que l'esprit de sacrifice a édifié. C'est à un redressement intellectuel et moral que, d'abord, je vous convie. Français, vous l'accomplirez et vous verrez, je le jure, une France neuve surgir de votre ferveur."

Le gouvernement s'est installé à Vichy, avec la promesse faite par la convention d'armistice d'un prochain retour à Paris. La station thermale de l'Aller, ville sans histoire politique, disposant de nombreux hôtels, pouvait convenir à ce provisoire. Dans cette station destinée essentiellement à une clientèle estivale, les hôtels, pour la plupart, ne disposaient pas de chauffage. Cette question est restée ignorée, car le retour dans la capitale était prévu pour bien avant l'hiver. Elle fût par la suite source de difficultés considérables.

Dans son message du 11 juillet 1940, le jour où il se saisit des pleins pouvoirs, le Maréchal Pétain fera preuve d'un bel optimisme :

« Afin de régler plus aisément certaines questions dont la réalisation présente un caractère d'urgence, le gouvernement se propose de siéger dans les territoires occupés. Nous avons demandé, à cet effet, au gouvernement allemand, de libérer Versailles et le quartier des ministères à Paris. »

Le Maréchal n'effectuera qu'une seule visite à Paris, le 26 avril 1944, encadré par les Allemands, suite aux bombardements alliés sur Boulogne-Billancourt, pour atteindre des usines participant à l'effort de guerre allemand.

* * *

La III° République pouvait-elle résister à la débâcle militaire ? A coup sûr, elle était à bout de souffle. Mais l'analyse suppose de répondre à trois grandes questions :

- le parlement n'avait-il pas à se prononcer sur le principe de l'armistice et ses modalités ?

- était-il indispensable de changer en urgence la constitution ?

- parce qu'un pouvoir fort était nécessaire, fallait-il organiser le pouvoir personnel du Maréchal Pétain ?

A suivre: le projet de délégation de pouvoirs

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