Dec
14
"RPVA : DIALOGUE, MONOLOGUE ET CATALOGUE"

Bien souvent je me suis fait taxé de "parisianisme" au sujet du RPVA d'autant plus que le système en vigueur dans la capitale est différent des autres. Nous avons tous cependant quelque soit notre barreau d'appartenance des probèmes communs qui n'ont rien d'existentiels. J'en veux pour preuve le billet d'humeur que vient de rédiger notre confrère Carole COFFY dont le Cabinet est 20 Rue de Paris, 95220 HERBLAY sous le titre ci-dessus... évoque les exercices périlleux de notre profession en voie de dématérialisation. Que du bonheur:

"Ce lundi 13 décembre se tenait à la Maison des Avocats de PONTOISE, une réunion en présence de Madame le Président du Tribunal de Grande Instance de PONTOISE, des Présidents des Chambres Civiles et Familiales, de leurs Greffiers, du Bâtonnier en exercice et de son successeur et d'une poignée de Confrères.

"Chacun avait pu, en triturant son agenda, consacrer quelques heures de son temps à cette réunion, dans l'espoir de faire toute la lumière sur les difficultés rencontrées dans la mise en place du R.P.V.A. en particulier et dans la dématérialisation des audiences de mise en état en général.

"Rappelons que le Barreau, auquel j'ai l'honneur et le plaisir d'appartenir, comporte environ 380 Confrères, dont seulement entre 15 et 37, selon les sources, sont affiliés au R.P.V.A.

"Depuis le début de l'ère glaciaire du mois de novembre dernier, les 340 et quelques autres Confrères se contentent et s'accommodent d'audiences de mise en état dématérialisées, qui se tiennent toutes à la même heure et le même jour pour l'ensemble des Chambres Civiles et Familiales.

"Nous disposons heureusement d'un créneau d'une demi-heure pour y rencontrer notre Juge en cas de difficulté spécifique posée par un dossier.

"Puis, c'est à huis clos que se tient la mise en état, sur la base des instructions écrites que nous aurons pris soin de faire parvenir au Greffe - la veille avant midi pour les Chambres Civiles et l'avant-veille pour les chambres familiales - le cachet horodaté du Greffe faisant foi.

"En novembre, je me suis donc achetée une montre à précision Suisse.

"Or, il se trouve que cette dématérialisation des audiences n'apporte pas toute satisfaction.

"En effet, le personnel des Greffes semble crouler sous les piles d'instructions données parfois au dernier moment avant l'heure fatidique à laquelle sonneront les douze coups de midi.

"Mais que se passe-t-il à midi et une minute ? Les conclusions se désagrègent entre vos doigts engourdis par le froid ? La porte du bureau du Greffe se verrouille automatiquement, telle une épreuve de Fort Boyard ? Vous gagnez un bon pour un aller-retour gratuit (c'est-à-dire aux frais de votre Cabinet) pour la demi-heure d'audience du lendemain, pneus-neige non inclus ?

"Les Confrères présents ou représentés à cette réunion ont également fait état des difficultés bien réelles posées par cette dématérialisation.

"J'ai eu, pour ma part, un petit coup de blues public, en regrettant l'époque révolue d'une bonne vieille audience de mise en état, avec un vrai Magistrat, un Greffier de chair et d'os, un Confrère qui arrive essoufflé avec des conclusions qui sentent encore bon l'encre frais de l'imprimante et du cachet des Huissiers Audienciers.

"Nous rencontrions notre Juge et son Greffier, évoquions les difficultés éventuelles, obtenions, parfois à l'arrachée, le temps précieux pour nos prochaines conclusions, parce que le Juge nous avait regardé dans les yeux et nous avait accordé sa confiance pour nous voir respecter les délais âprement sollicités.

"Nous connaissions notre Juge et celui-ci nous connaissait. Pour le meilleur et pour le pire.

"Et puis on payait un café au Confrère essoufflé et parfois, à la faveur de ce moment de pause, l'un de nous se risquait à proposer un rapprochement amiable...

"Bref, on se regardait, on se parlait, on s'écoutait, on prenait un café et on se touchait, par poignée de main interposée, bien entendu !

"C'était un métier de sens et des sens.

"Nostalgie « has been » me direz-vous ? Sans doute ... ayant moi-même souvent pesté contre cette perte de temps.

"Tout n'était évidemment pas rose dans le meilleur des mondes judiciaires et l'humeur de ce billet n'est pas aux mauvais souvenirs.

"Mais qu'adviendra-t-il demain ?

"D'abord, je vais faire du lard à rester derrière mon ordinateur à balancer des instructions R.P.V.A.

"Ensuite, quand j'irai au Palais, je serais incapable de savoir s'il faut dire bonjour Madame le Président, Monsieur le Greffier ou mon Cher Confrère. Je vais faire des boulettes...

"Enfin, la machine à café va prendre un sérieux coup de rouille, ça m'inquiète.

"Heureusement, mon Bâtonnier a su trouver les mots justes pour apaiser mes craintes futures en soulignant que, même virtuelle, « La mise en état est un dialogue » ...

"J'ai passé la nuit là-dessus et je ne vois pas avec qui je vais pouvoir dialoguer par R.P.V.A.

"Je saisirai un numéro de rôle pour envoyer des conclusions validées par mail par un client que je n'aurai jamais vu, à un Juge que je ne connaîtrais pas, avec copie cryptée à un Confrère dématérialisé.

"Chacun monologuera dans son coin, devant son ordinateur, mais une somme de monologues n'a jamais constitué un dialogue.

"Le Juge consultera son catalogue d'écritures virtuelles et en compilera dans son jugement la substantifique moelle.

"Nous n'aurons plus qu'à cliquer pour faire suivre par mail cette décision tant attendue à nos clients qui pourront ainsi cesser de se ronger réellement les ongles dans l'attente de l'issue de leur dépôt de bilan, de leur licenciement, ou de leur divorce.

"Il leur suffira simplement de nous envoyer un Smiley « content » ou « pas content », pour nous permettre d'archiver le dossier.

"Comme a dit le grand philosophe félin Garfield, qui a toute mon admiration : « La piscine de la connaissance à quand même un côté où l'on a pied ».

Commentaires

Et à PONTOISE aussi, puisque nous y avons une consoeur qui est très en pointe avec nous dans cette bataille et l'exprime publiquement.

Qu'elle soit amicalement saluée ici.

Comme à Paris où le quotidien de la dématérialisation est aussi difficile.

Nous apprécions tous les réactions face à la pratique mise en place peu compatible avec l'idée que nous nous faisons de notre métier.

Amis lecteurs et confrères contribuez ! Raconter ici ou là mais partout votre expérience quotidienne.

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