Jul
23
Arrêt sur image.

Je vous communique ci-dessous une affiche vue dans le métro. Il s'agit vraisemblablement d'une campagne nationale. L'été espace les rames et laisse le peu d'esprit que nous avons sous la canicule et dans l'atmosphère saturée de pollution du réseau ferroviaire souterrain, un peu en repos et en roue libre, veille de vacances. Du coup nous avons le temps de lire ce que l'on nous donne à voir. Habituellement, nous n'avons pas le recul, ni la concentration nécessaire. Nos pensées sont dispersées. En cette fin juillet, entre les 40° de la surface, les 17 fois plus de particules et de toxicité du Métropolitain que sur le bitume, une affiche est un refuge visuel pour une forme de vacuité estivale. Celle, située de l'autre côté de la voie, est restée 6 minutes plantée devant mes yeux. Autre moment, en mode ordinaire, je ne l'aurai pas vu. Là, je l'ai regardée. Une association dont la dénomination bien trouvée, a la consonnance approximative d'un nom de plante, très popularisée, elle est maintenant un enseigne moralement inattaquable. De quoi s'agit-il ? D'une merveilleuse idée de santé publique et originellement caritative si ma mémoire est bonne. Nous étions et sommes invités à rapporter en pharmacie les médicaments que nous n'utilisons pas, afin qu'il puisse être donnés à des populations qui n'en n'ont pas, du moins à l'origine et autant que je m'en souviens, à destination de l'Afrique. Mais depuis, la coopération et l'ONU, les fournisseurs de génériques, sont passés par là. Qu'est-ce que cette idée humaniste tout bonnement géniale de bout en bout, cette idée de récupération des médicaments qui encombrent les salle de bains, est devenue ? Ça vous évite des tentatives d'auto médicamentation qui peuvent être désastreuses. Vous évitez aussi de jeter vos fonds de boîte n'importe où. La Tamise par exemple aurait une dose élevée d'antibiotiques et de corticoïdes. La Seine contraindrait une quantité tout aussi remarquable de contraceptifs. Cependant la présence de ces substances dans ces fleuves proviendraient majoritairement des W.C.. Jeter nos médicaments périmés ou pas dans nos poubelles est tout aussi problématique. L'affiche nous invite donc à devenir tous "tri-athlète du tri de médicaments", à rapporter à la pharmacie, sans la parapharmacie, ça ne les intéresse pas. C'est une idée extraordinaire. D'abord parce que cette saine action oblige moralement tous les pharmaciens et leurs fournisseurs à mener une action de service public bien entendu désintéressée et citoyenne. Le client lui a l'image d'un performeur social. Il est visuellement incarné sur l'affiche comme un homme jeune en bonne santé qui est complimenté d'être un tri-athlète depuis 3 ans. Vous entendez les applaudissements dans votre cortex ? Ça fait 3 ans que ce malade se voit prescrire des médicaments en trop grande quantité, remboursés par la Sécurité Sociale , qu'il rapporte à son pharmacien. C'est bien cela que vous voulez devenir ? En pratique, si vous voulez vider votre armoire à pharmacie, ce qui en ce qui me concerne consisterait à me séparer d'une boîte de "Baume du tigre" rapportée d'une activité ancienne sur le Mékong à l'époque où la France n'avait pas abandonné les Mhong dans les montagnes du Laos, vous devez virer les boites et les notices comportant les modalités de prescription et les contre indications. Il ne faut rapporter que le contenu sans les emballages et le reste. Une question vous interpelle: comment font-ils pour redistribuer ce qu'ils recyclent sans emballage ? Débrouillez-vous avec le tri sélectif. Les médicaments ont des codes couleurs pour le spectre que couvre le principe actif contenu dans la gellule, la dragée ou la pillule. Le reste, c'est du baratin. Et à ce niveau d'utilisation on est plus dans la médecine de guerre d'arrière-garde en brousse ou dans la jungle que dans le merchandising commercial ? Par ailleurs, la date de péremption n'a aucune importance. Tiens donc... Donc, la date en question, c'est uniquement pour vous faire acheter de nouveaux médicaments ? Nous savons que 30 % des actes médicaux sont prescrits inutilement, que les médicaments homéopathiques ne sont pas les seuls placebos dans le commerce et en plus les pharmaciens ne nous vendent pas le nombre de médicaments nécessaires pour un traitement mais des boîtes qui finiront dans votre armoire. Dès que l'on se pose des questions on en trouve de bonnes. Au 21e siècle, on ne soigne pas comme à l'époque du Docteur Schweitzer. Donc cette opération a évolué assez rapidement pour ressembler maintenant à la mission de parvenir à un seul but impliquant toute la profession des pharmaciens, leurs fournisseurs, leurs répartiteurs, et leurs imbéciles de clients: le renouvelement accéléré du contenu des armoires à pharmacie prise en charge par la Sécu. Je sais, j'ai mauvais esprit. Évidemment qu'il ne s'agit pas de pomper plus de fric à la sécurité sociale, d'ailleurs, la preuve en est, cette campagne ne vise absolument pas la parapharmacie qui, elle, n'est pas remboursée par l'assurance santé. Ah,ah,ah... En réalité, ces médicaments non utilisés, dits "MNU", sont voués dorénavant à être détruits et plus à être redistribués comme à l'origine. Toute la filière, officines, répartiteurs, labo, concentrent leurs efforts pour parvenir à récolter plus de 10 tonnes de MNU par an un peu partout en France qui permettent de "fournir de l'électricité pour 8 000 foyers". En matière de recyclage, lorsque nous ne produissons pas de l'électricité, on fabrique des matériaux de construction, du revêtement routier... Et cette filière logistique n'a cure de la parapharmacie ( ce n'est pas son objet ) qui elle finit une fois consommée dans nos poubelles, uniquement sous la forme de ses contenants et flacons. Pas de retour à l'envoyeur. La vraie question est de savoir pourquoi en France, pays de la pompe à finances et de la gabegie budgétaire, les médicaments ne sont toujours pas vendus à l'unité. En UK, le pharmacien vous vend le nombre exact de gellules, dragées etc...nécessaire a votre traitement, depuis des lustres, ce qui n'empêche les pharmaciens britanniques de reprendre les non consommés. En France, on est les meilleurs, on ne traite pas les causes des problèmes, sinon il faudrait bannir la ligue des droits de l'homme et le défenseur des droits, mais on dépense à tout va pour traiter les conséquences, pas toutes et pas complètement, parce que cela permet de se plaindre de ne pas avoir assez de budget. Non, pas de budget, c'est vulgaire. On dit "plus de moyens". Si ces actions toujours hautement morales, sociales ou sportives, avaient trop d'effet on pourrait craindre de voir fermer un peu les robinets en considération de l'énormité des tonneaux des Danaïdes des frais de fonctionnement que cela représente. Imaginez, la totalité des subventions aux associations, c'est 42 milliards d'euros par an et cela ne finit jamais. Donc il est important d'être dans un échec relatif mais constant pour faire perdurer le dispositif, et surtout ne pas détruire les causes, origine des désordres qui permettent prébendes et honneurs. Je suis allé demander à un pharmacien de mon quartier à qui j'achète mes brosses à dents, ce que devenait les médicaments que ses clients lui rapportaient et s' il ne serait pas mieux de pouvoir les donner à une population qui n'a pas les moyens de les payer. Outre le fait qu'il m'a confirmé ce que je pensais, il m'a dit qu'il ne les prenait plus mais qu'il avait oublié de retirer le sticker qui fait joli sur sa vitrine. Sinon, j'image que pour collecter et redistribuer, il faut des subventions ou des aides déductibles fiscalement ? Et puis, une si belle idée, aussi belle et moralement encore plus belle, humaniste et désintéressée, ça doit au moins valoir une pelletée de médailles de la légion d'honneur et autres colifichets républicains, ou je me trompe ?

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