Jan
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Au bord du collapsus.

Notre CNBF est donc une caisse autonome. Sauf qu'elle ne se sert pas de son autonomie pour actualiser le montant des pensions, ne serait-ce pour compenser l'inflation. Pour 2020 l'actualisation est dérisoire: 1% pour la retraite de base et 0,30 % (!) pour la retraite complémentaire. La non majoration totale ou partielle de notre retraite face à l'inflation, est à ma connaissance une politique suivie depuis 20 ans au moins, par notre Caisse, alors qu'elle dispose de réserves pour assurer, dit-on, ses versements jusqu'en 2050 pour la retraite de base, voir 2070 pour la complémentaire.

Il y a donc un loup. Cela indique qu'elle assure sa pérennité en tablant sur l'érosion monétaire sur le dos de ses retraités. Si elle le fait, c'est parce que ses actuaires estiment que la démographie de la profession n'est pas sûre ou que le montant des cotisations récoltées sera insuffisant. Peut-être les deux.

Nous savons que plus de 50% de la profession gagnent plus de 40 000 euros brut par an. Déduisez 30% de charges. La moitié du reste gagne entre 25 000 et 40 000 euros par an et l'autre moitié par conséquent 25 000 et moins par an.

Une profession aussi peu attractive ne devrait pas attirer une foule de vocations dans la décennie à venir.

Déjà de 9 actifs pour 1 retraité il y a 40 ans, le ratio est passé de 4 pour 1. Les avocats partaient en retraite très tard, 70, 75 ans ou pas du tout. Maintenant, ils quittent le métier à 63 ans et demi.

La démographie de la profession est déjà complètement déséquilibrée. Les femmes y sont largement majoritaires. Pourquoi ?

L'avenir de la Caisse après 2040 est moins lisible qu'il nous est dit, me semble-t-il. Le Ministre de l'Économie ne dit pas autre chose. Et ces chiffres ne lui donnent pas tort.

La réforme des retraites aura des conséquences économiques qui vont contraindre des Cabinets à prendre des décisions sur leurs modalités d'exercice qu'une grande partie de la profession et nos institutions ont refusées depuis la loi de 1971.

Le modèle économique de la profession n'a pas assez changé et la situation matérielle des avocats ne cesse de se dégrader. Elle s'est considérablement fragilisée. Les regroupements sont inévitables. L'avocat en entreprise est nécessaire. Le choix de structures d'exercice permettant aux professionnels libéraux de devenir salariés aussi.
L'interprofessionnalité a été empêchée sous de faux prétextes

 Il faut de vraies "firmes" avec des réseaux d'agences, de surcussales, de filiales. Il ne faut pas avoir peur de faire le choix de structures commerciales pour répondre à un marché de services juridiques et judicaires.

Il va falloir faire comprendre à nos concitoyens qu'il faut consulter avant de faire quelque chose et trouver un accord plutôt que de faire un procès. Cela nécessite des campagnes de publicité. Nous sommes loin de ce qui se fait outre-manche, où notamment, il n'existe que deux cours d'appel. Au passage, nous pourrions nous inspirer du système britannique de nomination des magistrats. Revenons à notre sujet:

L'État ne peut imposer plus ni redistribuer plus.

Il faut diminuer les prélèvements pour augmenter les salaires, diminuer les impôts également ce qui favorisera aussi l'épargne et développera l'investissement. Au total, il faut diminuer la charge de l'État et réorienter ses missions. Profitons-en. Seul l'augmentation du pouvoir d'achat de tous permettra l'augmentation du recours aux services juridiques de qualité proposés par les avocats actuellement paupérisés.

Le délai de mise en application annoncé de la réforme des retraites laisse aux avocats le temps, une décennie, à leur adaptation et aux effets d'une politique de redressement des comptes sociaux et de l'État de se faire sentir.

Et le redressement des comptes de la Nation passe par la réforme de la retraite de base.

Le choc systématique n'est pas ignoré par le gouvernement. Il ne peut s'engager que sa parole car il n'y a aucune garantie constitutionnelle possible en cas de changement de majorité.

Il est patent que la grande répartition ne suffit plus au financement des retraites de base par répartition qui ne pourra être in fine que la somme des cotisations perçues. Ce que personne ne veut entendre.

Mais la confiscation, les déficits et la Dette ne sont pas une alternative durablement viable.

Le métier a raté beaucoup d'étapes et il s'est fait tailler beaucoup de croupières par plus dynamiques. Maintenant la profession est au pied du mur, comme le pays. Elle doit rattraper énormément de retard. C'est à l'image du pays. 50 ans de sclérose à déboucher pour éviter l'arrêt cardiaque.

La réforme l'y contraint. Le métier doit se réapproprier les activités des défenseurs des droits et des entreprises alors qu'ils y a 70 000 avocats pour remplir ce rôle qui aurait dû rester le leur.

Pourquoi pas, par exemple, des avocats fonctionnaires pour remplir ces missions devenues sous notre nez des institutions étatiques, le temps de permettre de les ramener dans le giron du Barreau ?

Au Canada, l'Aide Juridictionnelle, assumée par des avocats fonctionnaires, est organisée par le bureau du Procureur. C'est un vivier dans lequel les Cabinets recrutent. Pourquoi ne pas aussi concevoir que la profession se réapproprie l'A.J. sans aide de l'État. C'était notre force et notre devoir à tous. En abandonnant celui-ci, nous avons perdu celle-là.

Il faut aussi reviser le droit des baux pour permettre le regroupement des professionnels libéraux dans toutes les branches d'activité, sans pénalités financières au profit des bailleurs, car tous n'ont pas les moyens d'acheter un immeuble pour constituer une vraie entreprise pour répondre aux exigences du 21e siècle, technologiques, de sécurité informatique, de compétences et de gestion.

Rappelons-nous que partout et de tous les temps, plus un pays a d'impôts, plus il a de lois, de réglements et de normes. Plus il redistribue (l'inflation du nombre de fonctionnaires, c'est aussi de la redistribution) et plus il a de conflits sociaux. La France a gagné les deux timbales. On est bien les meilleurs.
Cette politique a conduit au cruel appauvrissement de tous les professionnels et d'abord les salariés.

La marge de manoeuvre pour redresser la situation est faible car il faut trouver les moyens de faire des économies sur des dépenses et réduire des recettes, que les prébendes, les dogmes et leurs symboles véhiculés par des slogans ont rendu idéologiquement incompressibles.

Il n'est pas acceptable, je le répète, que personne ne veut entendre que demain, ce ne sera que la masse des seules cotisations qui permettra de payer la retraite de chacun en fonction du nombre de points acquis. Reste à savoir comment avec deux fois plus de cotisations, sans avoir à subir la charge de la grande répartition comme elle pèse sur notre profession, le régime général parvient à servir une retraite de base bien inférieure à celle des professions liberales. Où passe l'argent ? A minima, il y a 3 milliards d'économies sur les frais administratifs possibles d'après la CNBF.

Curieusement, la gauche ne pose surtout pas la question, la droite qui a toujours accepté son racket pour acheter la paix sociale est aussi gênée pour aborder le sujet. La réforme veut remettre tout cela à plat. C'est toujours ce qui n'est pas dit qui est important. Le noeud gordien est en partie là.

Mais dans un pays qui depuis 1980 a vu sa population augmenter de 22% et où en même temps pour une efficacité moindre, celle des fonctionnaires a cru de 41%, peut-il en être autrement ? ...Alors que la réforme du secteur public se fait attendre comme la refonte des objectifs des services de l'État . Vive la sclérose et le blocage intellectuels.

Aucune profession à terme après une période de transition plus ou moins longue, n'échappera à l'indispensable solidarité de la retraite de base par répartition calculée sur l'achat de points acquis au même prix pour tous. Aucun déficit ne sera plus durablement tolérable. Cela conduit à la responsabilité sociale et économique de chacun de nous après des décennies de déficits structurels pour la Santé, les régimes spéciaux de pensions, les dépenses publiques de toutes sortes.
On peut être contre pour défendre un modèle économique d'un métier qui ne peut pas cotiser autant que les autres. Ce qui est une forme privilège à leurs yeux, mais signifie aussi qu'il est en voie de disparition économique dans un pays qui lamine les revenus sous le poids d'une politique collectiviste qui accroit les charges et les impôts en réalité depuis 80 ans. On est arrivé au bout d'un système qui va imploser si nous ne faisons rien tous ensemble dans la même direction.

On peut ne pas vouloir le voir.

Mais ça mène où ?

Il est consternant de voir les militants extrémistes de droite comme de gauche, qui ont perdu toutes les élections, passer leur temps à bloquer notre société en réclamant toujours plus de moyens qui n'existent pas pour surtout ne rien changer. Tout est prétexte pour sauver l'immobilisme au lieu de faire prendre conscience de la nécessité coûteuse matériellement et intellectuellement de la responsabilisation et de la remise en cause.

Nous avons oublié l'universalisme de l'intérêt commun que la réforme de la retraite de base pour tous a pour but de défendre. A nous de nous assurer que la cible ne sera pas manquée.

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