Apr
09
Avant la manifestation du 11 avril contre les Chantiers de la Justice, parlons vrai.

Un jeu en ligne, je simplifie: vous disposez d'un régiment inter-armes face à une brigade. Vous avez plus l'agilité mais à part gagner du temps en évitant l'encerclement en appliquant la stratégie de la retraite de Bigeard, vous ne voyez pas comment vous en sortir. Sauf que dans le jeu vous pouvez avec les points gagnés, moderniser vos armes et le matériel ou recevoir des renforts. J'ai choisi l'augmentation de la puissance de feu. Mon compétiteur déjà à 8 contre 1 a opté pour un renfort dans l'idée sans doute de parvenir à un encerclement. Sauf que pour manoeuvrer, il met plus de temps et il est dépendant du train de sa brigade dont la motivation n'est pas la meilleure. Ma troupe est décimée mais elle a tout à gagner. Elle est à court de subsides mais sa puissance de feu s'est accrue des points acquis dans les expérience des accrochages et embuscades gagnés. On a apprit ce qui ne devait plus être fait.
Il faut concentrer ses moyens, et laisser sur un point fort tout ce qui est peu efficace avec ce qui ralentit la marche. Cela fait diversion. La percée a débouché sur le ravitaillement de l'adversaire qui s'est accroché au point de fixation laissé en arrière. Le prendre à revers dégage tout mon monde qui s'échappe en bon ordre.
A bien y réfléchir, cela ressemble à ce que veut faire la Chancellerie. Elle modernise ses troupes, les concentre sur l'essentiel de sa mission, les déleste au maximun de ce qui peut être du ressort des MARD, de la procédure participative, de l'arbitrage ou encore de l'administration. Si ces voies échouent, les magistrats reviendront reprendre le contentieux.

Le Barreau devrait se familiariser avec les jeux de stratégie et prendre en compte l'évolution des armes.

On n'arrête pas le progrès. Nous contestons les legaltechs sans avocat ou sans juriste mais nous bénéficierons aussi de bilans de santé sans médecin. Ça va vite et le monde bascule dans une autre époque dans laquelle nos références n'ont plus cours. Il faut le concevoir pour s'y intégrer et s'approprier une société soumise autant aux nouvelles technologies qu'à un marché du droit ouvert à la fin des monopoles dans un État de droit concentré sur des missions régaliennes selon des moyens limités.

Un peu de remise en cause est indispensable. A défaut on rameute les gros bataillons de l'immobilisme en niant les problèmes de la Justice pénale inquisitoriale pour conserver un défaut de réponse pénale et une défaillance dans l'élucidation des crimes et délits. Et pour s'opposer à une justice pénale accusatoire déjà bien ancrée dans la pratique et à des moyens d'enquête pertinents et cohérents qu'il est absurde de se refuser. On continuera a déplorer beaucoup de sujets en refusant toute réponse compatible avec les nouvelles technologies pour se borner à réclamer plus de moyens qui n'existent pas pour maintenir des archaïsmes. A ce compte là le Barreau perdra sa crédibilité en se trompant de cible et en efficacité face à la concurrence qui ne l'attend pas pour lui tailler des croupières.
Ne nous y trompons pas. Bruxelles veut la fin des monopoles. Nos Ordres n'ont pas de personnalité morale et 75% des confrères n'en veulent plus. Demain seront avocats des juristes assurés inscrits sur une liste tenue par le Parquet comme l'étaient les Conseils Juridiques.
Waterloo économique, sociale et politique en vue. La Chancellerie nous sauvera-t'elle ?

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