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Bien après le scandale ENRON : 65 milliards de dollars plus loin et nous n'avons toujours pas compris comment cela est possible

C'est une gigantesque escroquerie (65 milliards ont été captés) mais je doute que ce soit le record mondial définitif de l'Histoire et je m'en expliquerai. Ce qui est étonnant c'est le déroulé de celle que je vais vous raconter. Et peut-être encore plus fascinant ses suites.  25 milliards de dollars ont été détournés sur les 65. Le liquidateur judiciaire qui a été désigné lorsque l'affaire a été soudainement mise à jour n'en a retrouvé que 11.  Que sont devenus les 14 autres milliards ? Le train de vie de l'escroc pour donner confiance n'explique rien. Donc, c'est une bonne question. Ils ne se sont pas évaporés. "L'argent ne disparaît pas. Il passe seulement d'une poche à une autre", m'a dit un jour, très justement, un Commissaire de Police. L'escroquerie a duré 8 ans. Comment a-t-elle perduré aussi longtemps et comment a-t-elle pris fin ?  Nous allons voir que cette histoire prouve que les mentalités et les mécanismes sociaux ne changent pas à travers le temps. Condorcet, le dernier des encyclopédistes, en charge  pour le Roi Louis XVI des canaux, disait déjà: "Partout où mon regard se porte je ne vois qu'ignorance, incompétence et prévarication". Aujourd'hui nous dirions corruption et complicités. Dans notre affaire l'escroquerie avait été démasquée 3 ans avant son terme. Un enquêteur privé s'était rendu compte que le fond d'investissement qui drainait l'argent de très nombreux épargnants avait un rendement au-delà du marché. Pire que les plus - values s'accumulaient  chaque année de façon linéaire sans aucune variation. Ce qui est absurde. Imaginez que sur un schéma la courbe de progression de la plus- value de votre placement est une droite qui s'élève selon un angle de 45 degrés. N'importe qui se poserait évidemment des questions. L'enquêteur s'en est ouvert aux autorités. Elles n'ont pas réagi.  Il a prévenu le gendarme de la Bourse locale, institution prestigieuse du pays, en vain.  La banque qui gérait le compte personnel de l'escroc et le compte du fond d'investissement ainsi que les comptes du plus gros client a vu passer de très nombreux virements pour des sommes considérables sans que cela attire la moindre demande d'explication ni ne provoque de signalement. De jeunes enquêteurs du gendarme de la Bourse locale ont voulu faire des investigations, elles ont été arrêtées par leur hiérarchie. Vous vous dites, cela a du se passer dans un pays où il y a des palmiers ou mieux des bananiers. Vous en aurez la certitude intellectuelle lorsque je vous apprendrai que l'affaire a explosé parce que l'auteur de l'escroquerie a avoué celle-ci à la Presse, qui n'avait jamais fait la moindre enquête sur la florissante entreprise en cause, rassurez-vous. Que pensez- vous qu'il arriva dans ce pays d'opérette ?  L'escroc d'un âge plus que respectable a plaidé coupable et s'est vu condamné à un siècle et demi de prison. Mieux: sachant que les souscripteurs recevaient régulièrement pendant huit ans des relevés de compte totalement bidon mentionnant des lignes d'actions et de titres  qui n'avaient jamais été acquis, il y avait forcément des employés complices et notamment les fils de l'escroc qui avaient été auparavant  des opérateurs boursiers. Aucunes poursuites. Vous vous dites que les experts-comptables et les  commissaires aux comptes...ne cherchez pas.  Mais le banquier ?  Il a été condamné à  verser à  l'Etat une pénalité de ...2,5 milliards. Mais le pseudo gendarme de la Bourse locale ? Gros spectacle devant la commission parlementaire.  Succès d'audience garanti. Les responsables ont été ridiculisés. Leur légèreté et inconséquence ont été  largement et facilement  démontrés.

Ils ont été virés. Et ? Non rien d'autre. Ah, si, ils ont retrouvé un job dans des entreprises boursières, secteur d'où d'ailleurs ils venaient. Des poursuites contre l'Etat  responsable du défaut démontré de son autorité de contrôle ?  Non.
Vous imaginez la quantité de pots de vin, commissions, avantages diverses, rémunérations qui ont été allègrement répandues pendant des années pour arriver à une telle omerta...pas forcément parce qu'à un moment tout le monde était, au fur et à mesure, mouillé. Y compris ceux qui ont recommandé les excellents résultats du fond d'investissement. Personne ne pouvait se déjuger. C'est un peu le mécanisme des réformes législatives chez nous: personne ne dira qu’un politicard dogmatique doublé d’un énarque s'est bêtement planté. Et donc le texte ne sera pas abrogé. Mais bidouillé, cancérisé et pire qu'avant puisque avec la réforme le texte honni trouve une nouvelle légitimité. Exemple: la législation  obligeant l'entrepreneur qui veut vendre son affaire à informer ses salariés à l'avance. Nous sommes passés d'une…attendez je ne trouve pas le mot publiable… à un mic-mac juridique aberrant.
L'escroquerie que je vous ai décrite ci-dessus, c'est l'affaire MADOFF bien sûr. La banque est une prestigieuse institution financière américaine. Pour le montant de sa pénalité rappelez-vous que la BNP a été contrainte de verser 5 milliards de dollars pour ne pas avoir respecté un embargo bancaire, soit le double. Le gendarme de la Bourse est rien moins que la S.E.C. unanimement respectée . La Bourse est bien sûr le New York Stock Exchange, et l'Etat, les Etats-Unis d'Amérique.  Et pensez que ce scandale est arrivé après une bien plus grosse arnaque en fait : le scandale ENRON qui relevait du même système que celui du scénario du film éponyme: Ce n'était également que du vent ! Comme l'escroquerie géante MADOFF.

Personnellement, je me dis que si cela est possible aux USA, je suis très inquiet pour ce qui peut se passer ailleurs sur le dos des épargnants. Jusqu'où l'épargne ne sert pas de contre-partie aux opérations boursières de banques ?  Est-ce détectable ?  Dans quels pays ?
Les affaires révélées  comme ENRON ou encore le sort de la titrisation des crédits hypothécaires américains n'ont pas vraiment changé le paysage de mon point de vue. Donc si l'affaire MADOFF, entre ENRON et la titrisation des crédits hypothècaires impayés, est la plus grosse escroquerie commise par un individu, j'ajoute: la plus grosse escroquerie connue....parce qu'il l'a avouée. Et ne croyez pas que c'était compliqué. Le montage est simplement une chaîne de Ponzi. Comment cela marche ? Comme les caisses de retraite par répartition.  En 1947 ceux qui n'ont pas cotisé voient les cotisants  leur payer leur retraite. Tous les créateurs de cette chaine après guerre en ont profité.. Les retraités percevront les cotisations des suivants. Évidemment le système tient jusqu'au moment où il n'y a plus assez de cotisants ou qu'ils ne versent pas assez pour ceux de la génération des ayants-droits qui eux ont cotisés pour leurs prédécesseurs... Quand les cotisants ne sont plus assez nombreux et riches pour payer, les retraités se retrouvent sans rien alors qu'ils ont cotisé pendant toute leur carrière. D'ores et déjà par exemple vous achetez 12 euros un point de retraite dont on vous  reversera la valeur au prix de 1 euro, quarante ans plus tard. C'est pas beau çà ?

Sympa non ?  Mais  riez de bon coeur, c’est la loi et cela se passe en France. Cela plombe les bulletins de paie et c’est un modèle social que toute la planète nous envie, dixit les organismes mixtes paritaires qui le gèrent et les journalistes, qui eux ont un régime séparé bien à eux..
Les 15 milliards de l'escroquerie MADOFF volatilisés ? Tout ce que l'on sait c'est qu'ils ne sont pas perdus pour tout le monde, mais c’est tout ce que vous saurez.
Pour la titrisation des créances c'est encore plus drôle que la chaîne de Ponzi. Des établissements financiers prêtent  (je sais, chez nous cela ne peut pas arriver sauf garantie de l'État, dont de vous et moi) à des personnes insolvables et les banques se refinancent en créant un véhicule boursier (un titre) qui représente une part des créances de la banque à laquelle sont attachées tout ou une partie des intérêts en rémunération du titre. Génial. Sauf que les emprunteurs  ne rembourseront pas et que votre titre boursier n'a plus de valeur. De quoi vous plaignez- vous ?  C'est le gérant du fond auquel vous avez souscrit à qui vous avez donné mandat pour valoriser votre épargne, qui en toute indépendance, a investi. C'est la source aberrante de la crise de 2008-2009. En plus rien n'a été fait pour l'enrayer alors que dès avril 2007, il suffisait de lire "Les Echos" pour apprendre que les premiers 300 000 débiteurs américains hypothéqués étaient défaillants, ce qui était le début du fait du chômage le signal de l'effondrement du dispositif.

Idem pour des parts de fonds d'investissement dans l'immobilier. Votre fonds a été fusionné avec un autre fonds. Ah, pas de chance.  Ce fonds fusionné a acheté  un immeuble à une société qui allait pas bien et à qui un lease-back a été  consenti justement par cet autre entité consacré à l'investissement immobilier industriel créé par votre banquier avec le noble objet d'investir dans l'économie productive bien réelle, ce qui a séduit d'autres épargnants dont le rendement locatif leur a paru plus juteux que celui des immeubles d'habitation que vous avez choisi.
Pas de pot, la boîte en lease back se casse la figure et l'usine se révèle amiantée. Votre part du fonds placé dans l'immobilier de luxe ne vaut plus rien ou presque après la fusion postérieure à l'opération de lease-back de l'usine amiantée financé par l'entité absorbée. Oui la société qui a déposé le bilan a remboursé avec l'argent du fonds qui a acheté son usine en lease back ses dettes à sa banque qui est aussi la votre, celle qui vous a conseillé l'achat de parts du fonds originel qui finira par fusionner avec celui qui a acheté l'usine. Votre fonds a aussi financé les promoteurs des logements de luxe, clients de votre banque. Vous avez emprunté pour investir dans cet immobilier au fort rendement .Votre épargne à venir ainsi constitué, vu les plus-values annoncées et le rendement produit par les loyers, non seulement vous deviez à  terme rembourser les doigts dans le nez votre emprunt in fine, mais en plus vous retrouver avec un capital équivalent. Génial.  Sauf que la valeur des parts qui devaient vous permettre de rembourser l'emprunt en vous laissant un bénéfice équivalent au montant de l'emprunt est quasiment devenue nulle après la fusion des fonds d'investissement à l'échéance de votre emprunt qui a financé votre épargne. Il ne vous reste rien sauf des dettes. Et pas de recours parce que les promesses n'engage pas le banquier et chaque opération du montage ci-dessus décrit a été souscrite séparément sans lien apparant et que les décisions ont été prises par des gérants indépendants qui statutairement avaient le pouvoir donné par chaque souscripteur de gérer les fonds d'investissement dont les premiers résultats, souvenez-vous au moment de votre achat de parts, étaient au-dessus de tout éloge. D'ailleurs, c'était le cas aussi du fonds absorbé. En plus l’amiante n’a pas été déclarée par la société au moment de sa vente sous condition de lease-back et donc lors de la fusion des fonds et malheureusement, l'industriel a fait faillite. Quel catastrophe que les fonds fusionnés doivent supporter le désamiantage de l'usine. Tout a été cloisonné et personne ne se connaissait, c'est un concours de circonstances tout à fait malheureux ainsi que la chronologie le démontre. Vous avez joué et vous avez perdu mais tout simplement parce que une usine cliente de votre banque à finalement fait faillite. Pas de chance alors même qu'il s'agissait d'une enseigne connue.

Bien sûr cette histoire est inventée de toute pièce et si une banque ou fonds d'investissement se reconnaît, ce serait tout à  fait fortuit car c'est totalement une oeuvre de fiction. Etc...

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