May
31
"C'est grandiose..." (Etats Généraux de la Collaboration)

Hier soir il y avait un concert caritatif au profit des victimes d'un tremblement de terre au sud-est de la Bolivie. Une jeune pianiste japonaise a fait une interprétation magistrale. Quelqu'un a murmuré à sa voisine, derrière moi, alors que j'imaginais les victimes boliviennes dans le chaos: -"C'est grandiose." A ce moment là un dessin que ma mémoire visuelle attribue à  Sempé, m'est revenu. Dans une première case une foule applaudit un concertiste. Dans la seconde du fond de l'univers on lit un tout petit point au milieu d'un amas de galaxies, d'où s'échappe un philacthère dans lequel il est écrit: "C'est grandiose". C'est un peu ce que je pense aujourd'hui des États Généraux de la Collaboration ouverts par le Barreau de Paris. Des sondages circulent pour cerner le contexte de la collaboration libérale dans les Cabinets d'avocat. Afin de mettre de la chair sur les statistiques un groupe de travail dont je fais partie a été  constitué pour interviewer collaborateurs et patrons. J'ai imaginé qu'il me fallait susciter des demandes d'entretien pour construire un modèle d'interview qui me servirait de trame ainsi qu'aux autres membres du groupe. J'ai donc sur tweeter où  plusieurs centaines d'avocats me suivent et sur Linkelin où j'en compte plus d'un millier,  fait un post avec enthousiasme, afin de demander aux confrères de me faire part anonymement de leur vécu.  Je m'imaginais rapidement débordé de demandes de rendez-vous ou d'appels téléphoniques compte-tenu du tollé dont nous abreuvent des associations et syndicats à propos du mal être des patrons, des conflits et maltraitances dont des collaborateurs sont victimes... et je regrettais le culot d'une telle démarche. Résultat :...rien.  Un bide total...Bon, je suis passé à  la vitesse supérieure en m'adressant via  les mêmes réseaux sociaux à  des "personnes clés " de la profession pour un entretien, fort de l'idée qu'elles n'allaient pas laissé passer l'occasion de se faire entendre sur un sujet aussi brûlant d'actualité qui est leur raison d'être militante. Une seule m'a répondu qu'elle était complètement débordée et qu'elle reviendrait vers moi...fin juin ? Pas de panique, me suis - je dit, j'ai  pris mon téléphone et contacté deux, trois copains pour m'entretenir avec eux de leur expérience et pour 'interwiever leurs collab'. Sauf qu'une fois avoir abordé le sujet la réponse a été grosso modo la même: -"Ah, tu sais, en ce moment on est débordé...on se rappelle dans une quinzaine" ou -"Ben, j'ai pas grand chose à te dire...ça se passe bien...Les collab' sont contents, on n'a pas tellement de "turn over" ici tu sais....oui...bon on se rappelle." Grand moment de solitude. Le problème existe ou c'est "monter de toute pièce" sur le fondement réel de cas scandaleux mais globalement marginaux sur fond de crise économique et de trop plein d'étudiants inscrits à l'Ecole de Formation du Barreau ?  Un café...encore deux, trois coups de fil et je suis convaincu que j'ai cerné la réalité. Donc les sondages et les interviews ne vont servir à rien sauf à faire bien dans le tableau. Alors évidemment c'est qu' il s'agit de justifier des décisions dont les projets sont déjà dans les cartons pour résoudre la situation structurelle de la collaboration. Autant de précautions indique que la mise en oeuvre va bousculer des plate bandes. Précéder les syndicats n'est  pas un problème.  Plus  compliquer est de proposer à la puissante organisation (COM'SG qui fête d'ailleurs ses dix ans ce 16 juin)  regroupant les D.R.H. des grosses structures d'exercices professionnelles signataires de la Charte des bonnes pratiques de la collaboration d'établir une sorte de convention collective de la collaboration qui ajouterait au statut traditionnel libéral, des formes de partenariat, et un médiateur. Cadre qui pourrait s'étendre aux petits Cabinets  à qui une plateforme permettrait de faire face aux "absences parentales" et autres,  en recourant à une bourse uberisée de collaboration. Une révolution globale. Une partie de billard à quatre bandes...Mais c'est une chance inespérée pour les syndicats, l'interprofesionnalité et la modernisation du métier. C'est là qu'il faut amener le Barreau. J'ai fini mon audit. Il reste à réaliser quatre mois de psychothérapie collective, ce qui ne me revient pas...en plus je ne suis pas doué pour cela...

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