Sep
06
Collectif pour sauver la Bibliothèque de l'Ordre: le passé n'est pas un programme !

Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de s'accrocher au passé aussi prestigieux soit-il. Le siècle est au renouvellement complet des modes de travail autant que de la pensée. Jouer sur le patrimoine affectif pour rameuter me parait dans ce contexte un erreur face aux défis énormes que nous avons manquer d'affronter jusqu'ici au prix d'un retard institutionnel et technologique accablant qui pèsera lourd en terme d'efforts d'adaptation pour tous les Cabinets autant que pour la profession globalement. L'essentiel n'est pas l'endroit où j'ai passé 42 ans de mon existence.

Voilà c'est la réponse que j'ai adressée au mail qui m'a été expédié par deux candidats au Bâtonnat dont vous lirez l'appel ci -dessous, dont je trouve le conformisme ravageur.

Je ne doute pas que mon analyse me vaille les foudres de la bienpensance de notre profession qui est devenue une chappe de plomb sur notre métier. Le XVIIIième disparaîtra avec le merveilleux Jean d'Ormesson, à qui je souhaite longue vie, alors que le 20ième siècle a déjà disparu avec la fin d'activité de la génération du baby boum, mais il est tragique que le XIXième siècle surnage dans les esprits bourgeois qui ne s'aperçoivent pas que tout a changé contrairement à Jean d'Ormesson qui a une lucidité et une connivence avec notre temps que peu de ceux qui prétendent nous guider dans l'avenir sont manifestement capables. J'espère qu'après avoir cédé à l'émotion et la nostalgie, ils seront dessillés.
Le passé n'est pas un programme.
Sa place est au musée si nécessaire, d'autant plus que sauf erreur de ma part la salle haute de notre bibliothèque est classée aux monuments historiques ce qui vide l'objet de ce collectif d'autant que la salle de lecture que j'ai connue semblable à une ruche est aujourd'hui désertée. Et si le classement n'a pas eu lieu c'est peut-être pour une bonne raison de fond après tout et cela mérite réflexion aussi.
Au passage je rappelle que l'Ordre fait construite une maison de l'avocat de plus de 7700 m2 qu'il ne serait pas pertinent de laisser vide...même si je me pose la question de savoir si ce projet dont le coût oscille entre 70 et 90 millions d'euros est cohérent et si par conséquent nous ne ferions pas mieux de l'abandonner pour mobiliser nos forces face aux défis et urgences actuels.
Que l'histoire du Barreau et des institutions ainsi que de la pensée politique soit enseignée à l'E.F.B. me parait indispensable: c'est une base de culture générale qui fait souvent défaut à l'esprit critique de notre profession.
Quitte à vouloir mobiliser les énergies, j'eusse aimé que ce fusse sur le sort de la collaboration libérale qui gagnerait comme je l'ai écrit sur ce blog aux mois de juin et de juillet, à se voir supplanter par un partenariat, une fois passée la période de formation au sein d'un Cabinet. Là encore la profession ne semble pas vouloir se réformer et préfère de loin se cantonner dans les conservatismes qui la sclérosent, en refusant notamment la pratique de l'interprofesionnalité ou l'avocat en entreprise par exemple, faisant ainsi la part belle aux autres professionnels du droit comme du chiffre autant qu'à nos concurrents et confrères européens ou pas d'ailleurs. Il serait temps d'abandonner les symboles pour l'action. Sauf à dire clairement qu'étant incapable d'agir, il ne nous reste que les symboles.

Au rythme où vont les choses je ne doute pas que bientôt pour certains le sujet majeur de la campagne au Bâtonnat devienne la couleur de la robe européenne des avocats...et pour tout dire, je suis tout de même assez surpris que nous y soyons pas déjà en lisant cet appel:

-------- Message d'origine --------
De : Collectif Bibliothèque  
Date : 06/09/2016 8:15 AM (GMT+01:00) 
À : gh284453155293646@avogarde.org 
Objet : Il faut sauver la Bibliothèque des Avocats ! 

« Il faut sauver la bibliothèque des avocats !».

(Création d’un collectif pour la conservation de la bibliothèque des avocats

au Palais de l’Ile de la Cité)

 

  

Le déménagement du tribunal aux Batignolles suscite chez tous nos confrères, à la fois, beaucoup de curiosité et beaucoup d’inquiétudes. S’il est essentiel de veiller à la place de l’Avocat au sein du nouveau tribunal, il faut aussi de ne pas nous voir déposséder de notre patrimoine au sein de l’actuel palais de justice.

 

Parmi les sujets de préoccupation, il en est un qui nous tient particulièrement à cœur : la conservation de la bibliothèque des avocats, telle qu’elle existe en face des locaux de l’Ordre. En effet, si ces derniers devraient être conservés, selon les accords qui sont en cours de discussion avec la cour d’appel, il serait question de nous reprendre la bibliothèque. Cela n’est pas acceptable !

 

La cour n’aurait-elle donc pas assez de place avec toute celle que lui laisse le tribunal pour vouloir aussi notre bibliothèque ?

 

Cette bibliothèque a été édifiée après l’incendie qui a ravagé le Palais de justice pendant la Commune de Paris  (la bibliothèque des avocats était située, avant cet incendie, dans la cour de la Sainte Chapelle, dans des bâtiments qui ont disparu). Et l’on doit à Ernest Cresson, bâtonnier en 1889 / 1890, que ces locaux, qui étaient occupés jusque-là par la Préfecture de Police, soient laissés aux avocats. Il faut dire qu’Ernest Cresson avait été, avant de devenir bâtonnier, préfet de police lui-même, et précisément juste avant la Commune.

 

L’Ordre a d’abord aménagé la salle basse, dite salle de lecture, en 1890, puis, en 1908 la salle haute, dite salle des conférences.L’ensemble a fait l’objet d’une rénovation sous le bâtonnat du Bâtonnier Danet, qui a redonné aux lieux tout le lustre qu’on leur connaît depuis.

 

Ces deux salles sont assurément le centre nerveux de la vie collective du barreau. Elles sont irremplaçables. Il s’agit à la fois d’un conservatoire de la mémoire collective et d’un lieu de rencontre.

 

Sont rangés, dans la salle haute, tous les ouvrages donnés à l’Ordre par les avocats, par legs le plus souvent, ouvrages dont les plus vieux sont des incunables de la fin du XVème siècle. Ces ouvrages forment un patrimoine considérable et unique, qui est commun à tous les avocats du barreau. Il s’agit, avec une ou deux bibliothèques universitaires, de l’une des plus belles bibliothèques de la place.

 

Cette salle accueille, en outre, depuis qu’elle existe le concours de la conférence, qui est l’école de la parole du barreau. Elle héberge de nombreuses séances de la formation continue que la loi nous impose d’organiser. S’y tiennent quotidiennement des colloques, où se retrouvent tant les confrères, que l’Université et la magistrature, sur les sujets les plus importants.

 

C’est aussi le lieu d’accueil de tous les jeunes confrères et de leur famille, après leur prestation de serment. Le bâtonnier, ou son représentant, dit alors à chacun qu’il y est désormais chez lui.

 

C’est la salle où ceux des avocats que la République honore, choisissent pour accueillir leurs amis, lorsqu’on leur remet une décoration.

 

C’est encore à la bibliothèque que l’on reçoit les visiteurs de l’Ordre et tous ses hôtes s’émerveillent de la majesté et la beauté de ce cadre.

 

C’est là où se tiennent, actuellement, les séances filmées du conseil de l’Ordre.

 

Bref, c’est un lieu vivant, indispensable à la vie du barreau, que même le dernier étage d’une tour, aussi grandiose soit-elle, ne pourrait remplacer !

 

C’est enfin, et surtout, un lieu de mémoire. La salle de conférence abrite le monument aux morts du barreau, celui où les noms de tous ceux qui sont tombés pour la patrie, en 14/18 puis en 39/45, sont gravés.

 

Sa disparition est donc inconcevable.

 

A la suite de Pierre Olivier Sur et Laurent Martinet qui ont engagé les négociations, reprises aujourd’hui par Frédéric Sicard et Dominique Attias, nous mettrons toutes nos forces en œuvre pour que le barreau conserve ce lieu unique.

 

Sans attendre, nous proposons à tous les confrères qui y sont, comme nous, attachés, de former un collectif dans lequel nous accueillerons toutes les bonnes volontés, notamment ceux -et nous sommes certains qu’ils existent- qui, comme le Bâtonnier Ernest Cresson après la Commune, parviendront à se faire entendre des pouvoirs publics.

 

Merci à tous de rejoindre le collectif pour la conservation de la bibliothèque du barreau de Paris, dans les locaux du Palais de Justice de l’Ile de la Cité, tels qu’ils existent.

 

Marie-Aimée PEYRON & Basile ADER 

Candidats au Bâtonnat et au Vice Bâtonnat du barreau de Paris

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Commentaires

Nom: 
Bâtonnier GIROUD

disait Simone Signoret.

Ceci étant, chaque fois qu'il a fallu envisager de nouveaux Palais de Justice, des groupes de pression sont nés pour que les vieilles Cours d'Appel soient conservées.

LYON a réussi avec le maintien de la Cour d'Appel dans un superbe Palais.

GRENOBLE a échoué et la Cour d'Appel n'est pas restée dans le Parlement du Dauphiné.

Il est vrai que plaider dans le "salon bleu" devant un magnifique tableau de Philippe de Champaigne valait le détour de même qu' exercer son talent oratoire dans la salle des audiences solennelles.

Mais il faut vivre avec son temps !

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