Jul
12
Comment faire à moitié ou pas du tout ?

Les techniques sont multiples. Le renvoi en commission est un procédé bien connu. Il y a aussi la définition des tâches qui permet de répondre pour chacun que ce n'est pas son job. Plus largement la fameuse réplique "ce n'est pas mon problème" demeure efficace. Il y a aussi la possibilité de lister tous les empêchements possibles à la concrétisation d'un projet. Entre les contraintes administratives et les oppositions d'intérêts, vous arriverez à répertorier de quoi décourager n'importe qui. Remarquons que si la SNCF a du mal à embaucher des conducteurs de train, c'est parce que ces emplois comportent des contraintes. Or les générations Y et Z en général n'en veulent pas. Pour les avocats, cela explique par exemple le désintérêt de la profession pour le coeur de son métier, à savoir le judiciaire auquel il est préféré parler de contentieux et de clics sur "le mulot". Ce qui convient très bien à une nouvelle génération de magistrats ou de juges qui ne veulent voir que des dossiers. Après tout c'est bien ce qui se passe devant les juridictions administratives. Là encore, accepter que notre pays soit coupé en deux, public / privé, avec deux ordres juridictionnels fait partie des "particularités" françaises prébendieres et obscures d'un système administratif scandaleux hérité de la dictature napoléonienne. En France, pays qui ne remet jamais en cause les strates des erreurs comme des acquis, les systèmes perdurent au-delà de leur sclérose. Ne pas faire devient un choix de ne rien décider et ne rien remettre en cause. Pour ce faire les dogmes politiques, philosophiques, religieux, y compris les droits de l'homme, sont autant de paravents et d'alibis pour tous les conservatismes et le maintien des prés carrés, mais aussi pour justifier des postures et des jeux de rôle qui n'ont rien à voir avec l'intérêt général. Les robots dans ce contexte sont une solution universelle qui permet à tous les échelons de la production de se débarrasser du travail. Les conséquences de cette culture de ne pas faire ce qui est contraignant pour privilégier une qualité de vie personnelle, y compris au travail, a des effets dans tous les domaines. Cette forme de "lâcher tout" a pour conséquence une culture de la personnalisation dans une société individualiste où l'intérêt général n'a plus guère de sens. Ne pas faire, c'est laissé faire. Cela a conduit la profession à se voir imposer un RPVA lamentable permettant en plus aux greffes de se décharger sur les avocats de tâches de saisies. Ne parlons pas du boitier Navista que fut un choix scandaleux. J'ai demandé en vain le nom des coupables. Que dire de la dernière réforme de la procédure numérique d'appel sinon que c'est formellement absurde et intellectuellement contre-productif. En fait personne ne fait son boulot, mais se concentre sur comment empêcher les autres de travailler, passer la patate chaude, et prendre le poste, surtout pour le paraître. Dès qu'il y a un bruit de mouvement, "les forces de l'immobilisme se mettent en marche et rien ne peut les arrêter". La conséquence est une déperdition d'argent car il faut faire faire par d'autres, mais plus certainement une source de gabegie, de corruption et de malversations. Cultiver la complexification et l'abscon est essentiel pour magnifier ce comportement de lâcheté vite soumis aux rackets des corps intermédiaires autant que de vraies mafias de gangsters, que de réseaux d'esprits médiocres, éventuellement dirigés par des personnes avides de reconnaissance à la tête d'idiots utiles, le tout au service de pompes à finances, d'octroi d'avantages, de captations. Ne pas faire, c'est masquer la lâcheté. À ce prix exorbitant la puissance publique a notamment délégué à une partie de la multitude d'associations dont le budget annuel subventionné global est aux environ de 40 milliards d'euros, une part de ses missions. Au point de subventionner des organisations qui font profession de s'opposer à la puissance publique et d'acheter la paix social à coup de déficits budgétaires qui pendant plus de 46 ans constituent à ce jour, un endettement vertigineux, irresponsable, correspondant à 97% de PIB (je ne compte pas la période Covid, ni l'endettement privé). Ayons conscience que les engagements hors bilan de l'Etat souscrits pour les mêmes raisons, sont autant de bombes à retardement et d'un montant du double de la dette publique de notre pays. C'est tout simplement monstrueux si on considère qu'ils ont augmenté régulièrement... Pire, nous sommes un pays corrompu (toujours en 23ieme position). L'individualisme contemporain met en cause la légitimité des scrutins et lamine la perception de l'intérêt général. Qui n'a pas encore compris que ne pas s'attaquer aux causes des difficultés mais uniquement et en plus partiellement aux conséquences, est une procrastination digne de militants prébendiers des droits de l'homme mais pas d'hommes d'État ? Reste à savoir si nous pouvons continuer tous ensemble à faire semblant et pendant combien de temps ?

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