Aug
28
Considérant ...

Je reçois d'un ami d'université avec lequel j'ai renoué par hasard il y a peu le billet ci-dessous qu'il m'a autorisé à reproduire car je m'y retouve un peu. Devenu après des méandres d'une longue carrière y compris judiciaire, ancien sénateur de notre république, ses vacances ont été à la fois paissibles et empruntes d'un enchantement distant :

"Au bord d'un affluent de la Dordogne et sous les frondaisons d'un mois d'été devant un verre de Monbazillac doré et frais d'une fin d'après - midi, les esprits sont légers. Les propos le sont également car ils émanent de personnes échouées au milieu d'un repos estival que les réalités troublent peu.

Ce qui rend généreuses et d'autant plus tolérantes les conversations que le lieu est étoilé avant même que le soleil s'estompe.

Le taux de délinquance en devient parfaitement supportable pour ces hôtes qui ne logent pas n'importe où dans Paris, ce qui écarte dans leurs récits de voyageurs des comparaisons peu flatteuses sur l'entretien de la voirie de la Capitale.

Comment considérer dans la langueur périgourdine d'un été radieux qu'une prison puisse être un moyen d'élimination et de protection de notre société alors que l'éducation et la rédemption sont l'alpha et l'oméga de la pensée de bon aloi entre gens de bonne compagnie ?

La légitimite défense est sujet d'extrémistes par définition dangereux. Ce sont propos vulgaires.

Curieusement il traîne un parfum d'un XVIIIième siècle dont les derniers témoins culturels dissertent sur les écrits de Rameau autant que sur sa musique. C'est un moment  hors du temps où l'on peut entendre jouer une partition de Jean-Jacques Rousseau dont il ne sera pas dit que le charmant philosophe a abandonné ses quatre enfants.

Les génies de leur temps sont inatteignables.

Et le neveu de Rameau n'est pas le cousin de nos convives.

Si un sujet politique est abordé en bons républicains sous l'angle des droits de l'homme, portés fraternellement au pinacle laïc, il sera omis de rappeler que se sont les nobles qui les ont écrits. Il ne sera pas dit que les statuts de la Ligue a servi de modèle à  la constitution de l'U.R.S.S....

Nous révisitons le souvenir d'une mémoire et comme les guerriers du désert levés sur leurs étriers  pour la charge sur les mitrailleuses, racontée dans le roman "La ronde" de Le Clézio, nous savons que nous sommes morts,   mais assis sur nos chaises, couverts d'honneur et sans panache.

Nous savons sans le dire que le  XIXième est mort dans la fin des années soixante du siècle suivant qui a fini lui-même de laisser ses  marques avant même l'avènement du suivant, et que nous périrons dans une époque qui a pour nous une allure de récit de science fiction.

Transfuges d'une époque révolue il devrait y avoir une place "in memoriam" dans une fabrique dressée dans le parc du Pavillon d'Ermenonville  pour le dernier d'entre - eux, à deux pas de celui qu'aimait le promeneur solitaire.

La formation littéraire classique autant que l'apprentissage de l'histoire; qui peut être passionnante et parfois drôle; autant que la géographie moderne, source de pluridisciplinarité, sont devenues affaires d'une élite sans autre avenir maintenant qu'une forme de solitude.

Notre époque est fabuleuse par la globalité atteinte du monde et les avancées constantes de la connaissance autant que les applications dans notre quotidien de ses conquêtes.

Cette époque est la nôtre, nous y sommes, assez confortablement, mais notre regard possède quelque chose de celui de ses anciens monarques en exil, tandis que nous lisons parfois dans ceux des autres qu'ils vous reconnaissent sans vous avoir élus. Nous leur sourions en considérant qu'ils seront ce que nous sommes et qu'ils entrent dans des affres qui nous ont quittés.

Ce qui nous fait  éligibles à participer à moultes colloques, conférences, et tribunes flatteuses car convenant à  la bonne conscience de tout auditoire autant qu'aux organisateurs assurés, plus que nous ,d'avoir une référence qui connait son monde.

Libres,  nous pouvons nous permettre des provocations de bon aloi et des remises en cause qui resteront verbales.

Débarrassés des déraisons de la ride  du lion nous pourrions retrouver un rire cristallin si des décennies de bienséance nous avait pas contraints aux seuls sourires de politesse.

La liberté revendiquée n'est pas naturelle, elle est sociale."

J.-M. D.

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