Sep
04
Demain, la nouvelle Amérique !

Ceux qui n'ont pas la mémoire politiquement courte se souviennent du titre du livre-programme du Sénateur Edward Moore Kennedy pour les primaires du parti démocrate aux élections présidentielles américaines de 1980, "Demain l'Amérique". Évidemment, les cartes ont été rebattues. Tout a changé. Mais tout le monde veut un nouveau monde. Une nouvelle Amérique. "Une nouvelle frontière".
La "nouvelle Amérique" sera peut-être demain une Europe Confédérale qui se donnerait les moyens de ses ambitions. En attendant, ce sont les changements culturels qui préparent le terreau de notre avenir. Comme souvent le jeudi soir je regarde "LGL" animé par François Busnel. Son émission rassemble 600 000 téléspectateurs, soit autant que "le Jour du Seigneur", ce qui place Busnel au même rang que Dieu dans le classement de l'Audimat. La discussion, en deuxième partie de l'émission, entre les divers intervenants dont la modestie souffrirait si je citais leur nom, portait notamment sur la nécessité de faire comprendre le sens des mots et d'apprendre à les manier tout en expliquant l'intérêt intellectuel à posséder un ensemble culturel permettant de comprendre la littérature et donc l'expression de notre langue. Le tout s'inscrivant sur le sens social de la modernité et du conservatisme, le rapport des auteurs à leur rémunération et la façon dont ils avaient abordé le thème de l'argent dans leur oeuvre. Profond, léger, ciselé, la conversation était plaisante. L'émission se termina sur l'interprétation par deux virtuoses mondialement reconnus pour leur talent de deux extraits de l'oeuvre de Bach, puis vînt l'inutile générique.

C'était fini. C'était bien. Mais je n'ai pas pu songer que cela pourrait exister encore longtemps. J'avais le sentiment d'avoir vu une civilisation défaite en train de former joyeusement ses derniers carrés inexpugnables. "On maintiendra." Le monde bascule vers tout autre chose, qui n'est plus culturel. La Convention Nationale des Avocats 2017 nous a adressé un message clair. L'identité s'estompe comme les frontières et l'Histoire n'a plus de sens. Les anciens ne sont plus dans ce paysage des expériences ou une bibliothèque valides. C'est encore un marché dit argenté; pas de la couleur de leurs cheveux; mais après, quel sera leur intérêt social lorsque les petits-enfants seront gardés par des robots plus véloces et pertinents ? L'intelligence aura ses luxes culturels mais ils seront de plus en plus privés et privés d'objet car le beau fondé sur l'harmonie classique n'a déjà plus cours dans la création contemporaine. Ce qui explique que la France est visitée d'abord pour son patrimoine créé par l'Ancien Régime et ses Empires honnis. Cela n'a plus d'autre importance qu'un parc à thèmes dans une société annoncée numérisée, digitale et robotisée. L'excellence de l'esprit cultivé sera une joie personnelle sans rapport avec l'intelligence de la société qui se transforme sous nos pas; tandis que pour le sort du français, le Ministre de la Justice étant devenu la Garde des Sceaux, et les Président.e.s de Société désirant que les réunions de travail comme nos audiences de Paris Place du Droit se déroulent en anglais, il semble dépassé. Passons sur l'anachronisme au moment du Brexit car c'est pour nous préparer à vivre la constitution du grand marché Europe-Amérique du Nord et de l'ASEAN. La mutation n'est pas d'aujourd'hui. Elle est lancée depuis les années soixante et n'a jamais été du ressort de la démocratie et même de nos politiques. C'est un mouvement de fond économique et technologique qui impose très logiquement à la fois le transhumanisme, un nouveau bas latin mondial et le numérique universel. La GPA n'est même pas un sujet de discussion sauf pour les fanatiques des combats d'arrière-garde.

Le mobile du changement climatique, qui n'est pas dans notre pouvoir de modifier, habille la nécessité de créé de nouveaux marchés économiques qui imposent une nouvelle forme d'organisation sociale. Le vrai défi est la surpopulation galopante de la planète qui se déverse d'un continent à l'autre plus que d'un pays vers un autre. Pour Mayotte et la Guyane, la résistance à la migration, c'est déjà un cause perdue, reste à maintenir le calme pendant la transition nécessaire. La chute de l'Empire romain nous a tout enseigné, je ne vais donc pas vous l'expliquer. Les porteurs de principes et donneurs de leçons ne nous disent pas comment, avec quoi, pour quelles solutions pérennes on peut se mobiliser pour arriver a cette nouvelle Amérique que sera le monde numérisé. C'est toujours plus pratique quand on n'a pas de réponse d'hurler sur les conséquences des problèmes pour ne pas traiter des causes car pour les résoudre, les principes ne valent plus rien. Le fond de commerce, pas seulement intellectuel, des bonnes consciences, tiendra jusqu'au moment où son objet et sa cause ne feront plus qu'un. Le Moyen-Age avec l'électricité et les kalachnicovs ailleurs tant que nous pourrons lire Rimbaud, cela n'a pas d'importance. La question en suspens est de savoir si Richard Fleischer a vu juste en écrivant "Soleil Vert" ou pas. Le"Bio" est un combat dépassé, somme toute assez émouvant, sur une planète pourrie par la dioxine et d'autres saloperies atmosphériques ou de toutes autres sortes. Pour l'instant personne n'arrive à m'expliquer où Fleischer s'est trompé. Imaginer que le tabou de la démographie notamment en Afrique, que seul Emmanuel Macron a osé écorner dans un propos que l'Empire du Bien a étouffé, sera traité par les leaders politiques de ce Continent est encore largement du domaine de la blague. Nicolas Hulot peut toujours prétendre vouloir défendre les éléphants, il ne peut ignorer que ce ne sera que pour un temps dans les parcs animaliers de l'hémisphère Nord dans le contexte actuel qui ne peut qu'empirer. De même au rythme actuel les requins auront disparu avant la dernière sardine sauvage. La défense de la planète est une escroquerie tant que la surpopulation ne sera pas éradiquée, sachant que la Terre ne peut selon les scientifiques, supporter qu'un milliard cinq cent millions d'humains et que nous sommes déjà plus de 3 fois trop nombreux et bientôt selon les plus récentes projections, 7 fois... Donc lorsque l'on me parle d'un monde robotisé et numérique en 2040 dans ce contexte je prétends que le combat de l'intelligence s'est perdu quelque part en route pour y arriver sérieusement, sauf à le réserver à quelques centres d'affaires. "Le monde numérisé sera notre nouvelle Amérique". La question n'étant plus pourquoi mais comment l'atteindre comme une porte de secours économique un peu trop loin et déconnecté (ce qui est drôle) du problème de fond du devenir de l'humanité. L'Empire du Bien des porteurs des droits ont-ils une idée pour parvenir à quel avenir pour leurs enfants et petits enfants ? Les vingt années à venir de disruption numérique sur fond de surpopulation universelle et de chômage institutionnel vont être passionnantes. Reste qu'il faudra payer ceux qui ne saurons que se plaindre. Le revenu universel n'est possible que si l'on sait créer de la monnaie sans avoir de l'inflation. J'attends le futur prix Nobel qui trouvera une solution pérenne à ce qui n'est pas forcément une quadrature du cercle à résoudre. Il faudrait que la plus-value produite par les robots soit distribuée. Mais pourrait-elle subvenir à tous les laissés pour compte de la modernisation de la production, payer l'investissement et la rémunération de ceux qui accepteraient de ne pas être oisifs et dépendants, tout en étant en concurrence avec le reste de la planète qui n'aurait aucune considération pour nos bénéficiaires du revenu universel ? Il conviendrait de faire en sorte que la valeur cardinale de la Société soit le travail et pas l'argent alors que c'est déjà la prise en charge, les subventions et les aides.
Avant d'imaginer une gouvernance économique et sociale mondiale macro- économique qui imposerait un modèle de société sans genre, sans famille, sans autre solidarité que celle de "Big Brother" et soumis à un monde numérique colonisant tout notre quotidien jusqu'au moindre détail, regardons que notre bonheur actuel ne tient qu'à un fil. Notre organisation sociale craque de partout. L'affaire des Cartes Vitales distribuées à 110 millions d'exemplaires pour 67 millions d'habitants n'est que la partie apparente de l'iceberg de la déconfiture de notre Société. Nous pouvons être certains que tout le reste doit fonctionner de la même sorte. La raison de mon optimisme est fondée sur des expériences quotidiennes que vous avez sous une autre forme sans doute déjà rencontré.
Pour illustrer mon propos, je vous conte deux anecdotes basiques: Il y a des travaux dans Paris, Place du Châtelet, devant le théâtre éponyme. Pour se faire, alors que le trottoir draine un flux considérable de piétons, il n'a été aménagé aucun passage pour eux, alors que l'espace nécessaire existe. Ce qui contraint des milliers de personnes à faire un grand détour. Avec d'autres personnes, je fais remarquer aux intervenants sur le site qu'il faudrait faire un passage protégé le long du chantier. Réponse type insupportable: "C'est pas nous, on n'est pas responsable." Traduire par: "Je me suis bien aperçu qu'il y a un problème mais je n'en rien à battre. Donc, je ne vois pas pourquoi je ferai remonter l'information, ils n'ont qu'à se débrouiller". Nous nous heurtons tous les jours en permanence à ce comportement basique de je m'en foutisme social. Pire: dans un Régiment d'élite de notre infanterie, une formation de deux sections a pour but la neutralisation d'un sniper (on ne peut pas dire "tireur") dans un fossé, derrière une haie, de l'autre coté d'une prairie dégarnie. 150 m à découvert. L'instructeur leur apprend à courir en zig-zag tout en tirant. Comme tout le monde est équipé de censeurs et capteurs pour connaître le résultat des tirs des armes factices, le résultat tombe: le sergent qui tient le rôle du sniper embusqué est indemne à l'issue de l'assaut. Parmi les 14 assaillants, l'instructeur évalue à 6 morts, 8 blessés, dont 6 graves, le résultat de l'assaut. On va recommencer, comme en 14. Personne ne relève qu'un ou deux tirs de (lance) grenade aurait suffit. Au pire une manoeuvre de contournement. Et tout est comme cela dans ce pays. C'est le nôtre. Des décennies de laxisme, de lâcheté de l'autorité, des hiérarchies, en sont la cause. Pour revenir là-dessus, sans revenir aux coups de pieds aux fesses, je crains le pire ! Sinon et dans tous les domaines, on doit bien être prêt pour la Guerre de 39 car "on est les meilleurs" puisque nous nous gardons bien de savoir comment cela se passe ailleurs et surtout, de connaitre la pensée des autres à notre égard. Il ne doit donc pas nous manquer intellectuellement un bouton de guêtres, on est prêt. En plus, moralement, on a gardé nos bandes molletières, d'un collectivisme rampant dont nous n'arrivons pas à nous départir depuis 80 balais au moins. En réalité, je me fâche pour rien. La nature humaine est ainsi faite. Elle n'est pas à même de faire face à la modernité des nouvelles technologies et à ses effets sur le développement économique. Les populations européennes protègent les données personnelles ce qui empêche la production par les robots de décisions fondées sur la compilation de statistiques fines. Ce qui n'est ni le cas en Chine, ni aux États-Unis. Le résultat est que nous avons notamment de ce fait une longueur de retard. Mais ce sont "les français" qui ont l'idée du RGPD. On reste les meilleurs. Et alors ? Le but n'est pas de protéger nos données, c'est le cadet de leurs soucis. Mais de protéger chez nous l'appareil de 5 500 000 fonctionnaires et de millefeuilles administratifs qui font l'admiration de nos voisins. Leur seul objectif est de protéger la pérennité de leur prébendes. Les corps intermédiaires les premiers." Anonymiser ", par exemple, les données, c'est les rendre sinon invérifiables, plus difficilement contrôlables. Ou il faut confier la collecte à une administration appelée "autorité indépendante".
Il faut toujours regarder au-delà de l'effet d'annonce et de l'alibi moral invoqué. Ce n'est souvent que dialectique et rhétorique.
Aujourd'hui, la réalité, c'est empêcher des robots de changer les modes de production des décisions qui échapperait ainsi, par exemple, pour la Justice, à " l'art de juger"...
On préfère nous faire nager avec des enclumes plutôt que de risquer de trouver une nouvelle Amérique.
Beaucoup préfèrent voir perpétuer des procédés insuffisants et inadaptés en réclamant plus de moyens qui n'existent pas plutôt que de mettre en place des outils du 21e siècle.

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