Oct
26
Des anecdotes professionnelles.

Autour d'un café au comptoir de la Brasserie " Les deux Palais" que mes confrères parisiens qui connaissent le Palais de Justice fréquentent entre deux audiences, un juge et moi échangeons sur des anecdotes professionnelles. Par courtoisie je ne reproduis pas celles qui me viennent à l'esprit à propos de ses collègues. En revanche, je trouve édifiant pour notre profession de rapporter ci-dessous celles qui m'ont été racontées concernant nos confrères. Il arrive qu'un avocat se présente à la barre au Tribunal de Commerce en se placant du mauvais côté prenant la place du demandeur alors qu'il est en défense. Plus difficile est le sort de celui qui fait une erreur du même acabit lorsqu'il soutient son dossier en audience de Juge chargé d'instruire l'affaire:

Juge :  "Maître, vous êtes vraiment sûr que vous maintenez, outre les autres demandes, la demande de condamnation à payer un loyer pour le local d'habitation attaché au bail commercial"

Avocat : "M. le Président, j'en fais une question de principe."

Juge : "Alors si c'est une question de principe, le fait que l'occupant sans titre soit votre client  .. et le bailleur votre contradicteur ne sera donc pas un obstacle"

Il existe bien une vieille histoire de production de fausse jurisprudence qui circule dans les vestiaires, commis par un confrère égaré et renégat. L'erreur dans l'interprétation d'une jurisprudence  est tout autre :

Avocat : "M. Le Président, je m'en rapporte à l'arrêt de cassation que j'ai versé aux débats et qu'en tant que juge de pemier instance vous vous devez de respecter" .

Juge : "Mais ce sera fait, Maître, d'autant plus qu'il ne vous a pas échappé que votre thèse est exactement identique à celle des moyens du pourvoi et qu'il s'agit d'un arrêt de rejet .. ."

En fait le confrère n'avait pris en considération que les termes du pourvoi dont les moyens étaient selon l'usage repris sous l'arrêt auquel il avait omis de se rapporter...Travailler dans l'urgence est périlleux, mais souvent notre lot.

Tout le monde se souvient de cette blague à propos des blondes passant du tippex sur les écrans, les avocats, eux en mettent parfois sur leurs conclusions s'apercevant au dernier moment d'une erreur : ...

Juge : "Maître, quelle conclusion je dois tirer du "ne laissez pas ça dans les conclusions, malheureuse, sinon on est mort", distinctement lisible sous un coup insuffisant de typex sur le paragraphe ...?"

Avocat :  "M. le Président, puis-je récupérer mon original que mon assistante vous a remis à tort et vous laisser à la place la copie qui vous était destinée ? "

Quel sang froid...

Relever d'office est parfois une tentation à laquelle un juge peut succomber surtout lorqu'un contradicteur, non assisté, se présente face à un avocat, mais parfois ce n'est pas nécessaire :   ...

L'avocat : "je demande la condamnation à payer de mon contradicteur pour les factures versées aux débats."

Le juge : "M'enfin Monsieur X... vous êtes le client du demandeur et ça vous arrive souvent de laisser traîner aussi longtemps des factures à payer ?"

Le débiteur non assisté :   "..."

L'avocat :    "...."

Le juge : "Mais Maître ça vous arrive souvent de mettre aussi longtemps à recouvrer ?"   

L'avocat, excédé : "M'enfin M. le Président, dites lui directement , à mon contradicteur, que c'est prescrit".

Le Juge : "Ah maître puisque la prescription, que je ne peux pas relever d'office, est mise aux débats par vos soins ..."

On comprend mieux que la procédure orale est un excercice particulier, et que l'art de la parole doit être maîtrisé.

Ces petites histoires nous imposent de considérer que si l'erreur est humaine, certains d'entre nous sont plus humains que d'autres. Mais l'égalité n'existe pas et il faut par conséquent prendre sur soi.

 

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