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Epilogue de l’affaire «avocat.net» : l’information n'était ni loyale, ni claire, ni transparente…

Lexbase, auquel tout professionnel du droit devrait être abonné, fait un commentaire très intéressant pour le Barreau.

Ref. : CA Versailles, 7 décembre 2018, n° 17/05324 (N° Lexbase : A4311YPD)
par Marie Le Guerroué

 Jusqu'à l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 18 décembre 2015, le service de notation des avocats exploités sur le site www.alexia.fr présentait un caractère trompeur en ce qu'il délivrait une information qui n'était ni loyale, ni claire ni transparente ; en revanche, postérieurement à cet arrêt, il n’est pas prouvé que la société, qui a communiqué ses critères de référencement, ne délivre pas une information loyale, claire et transparente.

 

Tel est le sens de la décision rendue par la cour d’appel de Versailles dans un arrêt du 7 décembre 2018 dans l’affaire dite «avocat.net» (CA Versailles, 7 décembre 2018, n° 17/05324 N° Lexbase : A4311YPD).

 

La société Jurisystem, spécialisée dans l'édition de supports juridiques, avait créé, le site avocat.net, devenu alexia.fr, afin de mettre en rapport des particuliers avec des avocats inscrits sur le site qui se présentait comme le "comparateur d'avocats n° 1 en France". Soutenant que la société, en exploitant son site, faisait un usage prohibé du titre d'avocat pour proposer des services juridiques, accomplissait des actes de démarchage interdits, se livrait à des pratiques trompeuses et contrevenait aux règles de la profession prohibant toute mention publicitaire comparative ainsi que la rémunération de l'apport d'affaires et le partage d'honoraires, le CNB l'avait assignée en interdiction de telles pratiques portant atteinte à l'intérêt collectif de la profession et en indemnisation. Par le jugement dont appel, il avait été partiellement fait droit à ses demandes. La cour d'appel de Paris (CA Paris, Pôle 5, 2ème ch., 18 décembre 2015, n° 15/03732 N° Lexbase : A7083NZD ; v., aussi, N° Lexbase : N0606BWD) avait confirmé le dit jugement et condamné en outre la société à la rétrocession des noms de domaine www.avocat.net et www.iavocat.fr. à leur radiation sous peine d'astreinte et rejeté sa demande tendant à interdire à la société Jurisystem de se faire rémunérer par devis proposé aux avocats référencés sur ses sites Internet www.avocat.net et www.alexia.fr. Elle avait également rejeté sa demande tendant à interdire à la société Jurisystem de percevoir, par un partage indirect des honoraires des avocats, une rémunération autre que sous la forme d'un abonnement avec un prix forfaitaire relatif aux frais fixes du site Internet. Elle avait enfin interdit à la société Jurisystem de procéder et d'établir des comparateurs et notations d'avocat sur son site www.alexia.fr. La Cour de cassation a partiellement cassé et annulé cet arrêt (Cass. civ. 1, 11 mai 2017, n° 16-13.669, FS-P+B+I N° Lexbase : A4627WCD ; v., aussi, V. Bensoussan-Brulé, La notation et la comparaison des avocats, in Lexbase, éd. prof., 2017, n° 241 N° Lexbase : N8453BWY). Elle lui reprochait d'avoir violé l'article 15 du décret n° 2005-790 juillet 2005 N° Lexbase : L6025IGA) et l'article L. 121-1 du Code de la consommation dans sa rédaction issue de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 (N° Lexbase : L5789H9B) en ayant retenu que cette société propose un comparateur des avocats qu'elle référence, en dépit des règles déontologiques prohibant, s'agissant de la publicité personnelle de l'avocat, toutes mentions comparatives et que la mise en place sur son site de notation des avocats était contraire à leur déontologie. La Cour de cassation rappelle en effet que le premier texte interdit à tout avocat d'intégrer, à l'occasion d'opérations de publicité ou de sollicitation personnalisée, tout élément comparatif dénigrant, cette restriction ayant pour objectif d'assurer le respect des règles professionnelles visant à l'indépendance, la dignité et l'intégrité de la profession d'avocat. Cependant, elle considère que les tiers ne sont pas tenus par les règles déontologiques de cette profession et qu'il leur appartient seulement, dans leurs activités propres, de délivrer aux consommateurs une information loyale, claire et transparente. 

 

La cour d'appel de Versailles était saisie comme cour de renvoi.

 

Sur les demandes concernant la période antérieure à l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 18 décembre 2015, la cour d’appel de Versailles estime que jusqu'à l'arrêt de la cour d'appel de Paris, le service de notation des avocats exploité sur le site www.alexia.fr présentait un caractère trompeur en ce qu'il délivrait une information qui n'était ni loyale, ni claire ni transparente et que cette pratique trompeuse portait atteinte à l'intérêt collectif de la profession d'avocat défendu par le conseil national des barreaux.

 

En revanche, sur la période postérieure à l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 18 décembre 2015, le CNB demandait que la société Jurisystem communique de façon permanente les critères de référencement et de comparaison utilisés sur son site, d’interdire la notation et la comparaison des avocats tant que l'intégralité des critères de référencement et de comparaison et leurs coefficients ne seront pas communiqués sur la page d'accueil de son site de façon permanente ainsi qu'à d'autres mesures in futurum.

La cour note que les critères de référencement ont été communiqués en cours de procédure, que la société Jurisystem justifie qu'un lien hypertexte permet d'y accéder et que le CNB ne prouve, ni même n'allègue, qu'elle ne délivre pas une information loyale, claire et transparente et ne demande d'ailleurs pas à la cour de le constater.

 

Les juges du fond rendent donc, dans cette affaire, la solution susvisée et condamne la société à payer au CNB la somme de un euro de dommages et intérêts en réparation de son préjudice (cf. l’Encyclopédie «La profession d’avocat» N° Lexbase : E0989E9I).

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