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Etats Généraux de la Collaboration: partenariat, partage, c'est maintenant ....

La synthèse des entretiens que j'ai pu mener librement au cours du mois de juin 2016 avec des patrons emblématiques du Barreau de Paris et d’autres moins, à raison d’une rencontre par jour ouvré, dans toutes les disciplines du droit et quelle que soit la taille de leur Cabinet, m’a permis fait ressortir ci-après des commentaires et deux constats que nous allons étudier d’abord .

La première tendance dominante est qu'à force de définir toujours plus de droits qui aménagent de façon un peu réglementaire le temps des collaborateurs, ces derniers ne demeurent libéraux que de nom, ce que la dépendance économique ne peut que renforcer dans certains cas. Dans ce droit fil l'acquisition d'un esprit d'entrepreneur qui ne se fait ni à l'Université ni à l'E.F.B,. pour l’instant,  reste difficile à acquérir par la suite pour les jeunes avocats dont une large majorité ne souhaitent pas devenir associés ou s'installer.

C’est la raison pour laquelle beaucoup ne souhaitent pas forcément avoir de dossiers personnels et donc  de clientèle propre. Le voudraient-ils que le contexte ne s'y prête ou ne l'autorise pas.

Il faut donc trouver les actions qui permettent de donner une formation de manager à nos nouveaux confrères et une perspective d'évolution compatible avec l'intérêt des Cabinets dans lesquels ils travaillent.
Le deuxième constat est que les collaborateurs ont souvent intellectuellement  pour premier client le Cabinet de leur Patron.

Par ailleurs, la spécialisation des activités juridiques rend plus difficile la  constitution d'une clientèle personnelle. Enfin la structure économique de notre société rend, avec la tendance forte à la spécialisation des activités des avocats, pratiquement impossible une activité de généraliste, voir même la pratique d'une spécialité dans son ensemble, leur déclinaison en mentions ou en activités dominantes étant déjà souvent trop larges.

Il s'ensuit un effet ciseaux. La compétence transversale appartient à  une génération d'avocats qui a dépassé largement la cinquantaine tandis que les jeunes confrères sont souvent recrutés avec un profil de spécialisation au niveau minima d'un Master 2.

Cependant, ils ne souhaitent pas faire l'acquisition d'un certificat de spécialité pour autant.

Ils délaissent la connaissance de la procédure civile et commerciale ou des voies d'exécution.

Les petits Cabinets ne subsistent en règle générale que  par une activité de niche exigeant un nombre d'heures de travail et un stress importants pour un résultat matériel limité encore que quelques confrères réussissent brillamment dans des domaines où l'expertise est un plus incontournable.

Les obstacles au regroupement sont trop souvent insurmontables pour les petites structures.

En plus au moins 1500 officiellement, d’autres pensent  5000 confrères, sont en état de cessation des paiements, étant entendu que 30% des inscrits au tableau de Paris sont dispensés de payer leur cotisation ordinale, ce qui est pour le moins, un signal fort pour une situation qu’il est absurde de ne pas traiter en recherchant les voies qui peuvent donner à ces derniers du travail.

De l’autre côté de la lorgnette apparait les Cabinets d’affaires qui sont très éloignés de la perception de l’existence de l’Ordre autant que du mode de fonctionnement et des revenus du reste du Barreau. La concurrence dans ce secteur d’activité est très importante entre les Cabinets. La gestion du stress peut être un problème et le travail pour l’atteinte des objectifs un enjeu autant entre les Cabinets qu’en leur sein.

L'ensemble de ces constatations compliquent le choix des décisions à  prendre pour faire en sorte que la relation intergénérationnel au sein du Barreau soit conforme à ses idéaux. En même temps il faut trouver une méthode  pérenne qui permette à tous d'acquérir des qualités de manager, de permettre de travailler, et d'avoir une perspective de carrière d'avocat libéral.

Tout cela remet en cause la pertinence de la formation initiale et de son contenu. Des confrères souhaitent le retour du stage en Cabinet, pour deux ans avec une formation de 250 heures à réaliser pendant ce délai par exemple, sous la houlette d’un patron  qui ne serait pas obsédé par la rentabilité de collaborateur dont la rémunération pourrait équivaloir celle d’un ingénieur sorti d’école. Le tarif UJA étant inapproprié à ce stade.

Ce retour à la formation sur le tas en temps partagé avec une forme d’école d’application est particulièrement sollicité par les pénalistes.

L’annonce d’un examen d’entrée national à l’EFB s’inscrit sans doute dans la perspective de la création d’une Ecole Nationale du Barreau que notre confrère EYDOUX appelle de ses vœux.

 De même il faut repenser la pertinence de la valeur pédagogique de la formation continue, la notion même de collaborateur, la façon de permettre  à tous les confrères d'accéder à une compétence actualisable d'entrepreneur tout en assurant une forme de solidarité entre avocats, alors même que le statut d'associé n'est pas l'alpha et l'oméga de la profession et que des confrères ne souhaitent pas partager leur clientèle.

Retenons aussi comme donnée que tous les Cabinets ne peuvent pas supporter l'absence d'un collaborateur ou n’ont pas la possibilité de disposer d’un collaborateur à plein temps ou même à mi-temps.

 

Le problème étant ici posé, ce n’est pas pour autant la quadrature du cercle.

Ces approches et ces dominantes autorisent à constater que la période de collaboration comprise dans les trois premières années d'ancienneté  d'inscription au tableau de l'Ordre reste une période de formation pratique. Qu'au-delà les jeunes avocats ne sont pas satisfait de leur statut et les patrons trouvent qu'ils ne sont pas assez impliqués.

La qualité de la formation continue pose (parfois /souvent) des problèmes évidents de qualité et souvent d’absence de programme pédagogique, sans compter l’absence de travail préparatoire sérieux.

L’e-learning, les MOOC et la formation à distance ne sont pas très pratiqués. Les jeunes confrères lisent peu des traités de droit et ils trouvent les réponses à leurs questions au fur et à mesure qu'elles se posent à  eux dans les banques de données en ligne. Ils sont peu abonnés à des revues juridiques et en règle générale ils en lisent peu pour se former dans les domaines en dehors de leur spécialisation, ou même de leur hyperspécialisation.

Force est également de constater que le  site de l'Ordre et le Bulletin du Barreau ne sont pas beaucoup consultés et que la vie du Barreau ou l'activité syndicale ne passionne pas outre mesure de façon dominante au sein de notre Barreau, sauf à l’inverse et principalement dans des Cabinets où il s’agit d’une tradition.

 La formation se fait soit en interne dans les grandes structures professionnelles ou dans les Cabinets spécialisés, soit dans les autres cas souvent pour" faire son nombre d'heures", faute de trouver un matériel pédagogique à la hauteur des spécialisations très poussée de nombre de jeunes confrères.

 A l’occasion de la mise en œuvre du nouveau droit des obligations, un programme de formation par des Universitaires en amphithéâtre serait sans doute bien vu. Le retour à ou de l’Université pour la formation continue serait  un gage de qualité.

 Globalement ceux de la génération des patrons (génération X) relèvent que ceux de la génération Y ne s’inscrivent pas beaucoup dans l’avenir et ne souhaitent pas prendre de responsabilité, ni ne veut devenir associée, et encore moins ouvrir leur propre Cabinet d’avocat libéral.

Il y aura  forcément des confrères qui resteront  des collaborateurs à vie.

Par ailleurs il faut considérer deux réalités doivent être prises aussi en compte. La première est que le coût d’une installation est beaucoup plus onéreux aujourd’hui. La seconde est que si la population est passée de 56 à 60 millions d’habitants dans notre pays, le nombre d’avocats a été multiplié par 10 pendant le même temps. Il faut aussi acter d'une juridisation de tous les actes de la vie et une demande accrue des demandes de conseil par les TPE-PME et des particuliers.

Une solution  peut fournir plus de travail au Barreau et notamment au plus jeunes. Elle se trouve selon notre Confrère Jean-Yves LE BORGNE dans un double régime d’exercice pour les avocats. Il y aurait des confrères libéraux et des avocats conventionnés.

Ceux-ci seraient payés par des fonds privés alimentés par des versements faits par les employeurs qui garantiraient la participation financière du risque juridique de leurs salariés jusqu’à un plafond. La prospection  entreprise dans cette direction donne de bons retours, les entreprises y voient un moyen d’évacuer une cause de stress de leurs employés qui perturbe leur travail et celui de leurs collègues.  

 

Il existe une vraie demande d’outil d’évaluation des collaborateurs notamment dans les petites et moyennes structures par ailleurs en manque de tableau de bord et d’une comptabilité analytique par dossier ou /et client.

Les patrons disent que le passage des avocats dans l’entreprise est une façon pour les collaborateurs qui ont entre 3 à 5 ans d’ancienneté de quitter le métier, alors que des juristes d’entreprise en fin de carrière s’inscrivent au Barreau, beaucoup ayant passé le CAPA et sont généralement cooptés dans les Cabinets d’avocats comme « counsel ».

L’idée  de l’avocat en entreprise fait par conséquent son chemin, même si comme toujours avec le Barreau,cela se fait au pas de sénateur. Il y a une demande aussi des Entreprises qui souhaitent avoir la possibilité de recourir à des avocats au lieu de juristes salariés.

L’idée que le statut de collaborateur ne satisfait plus personne après la période de formation est généralement  acquise.

L’accession a un statut de «of counsel », situation intermédiaire entre collaboration et association repose à la fois sur un partenariat et un partage.

Ce partenariat gagnerait à faire l’objet d’une Charte permettant l’élaboration de conventions et de clauses adaptables à toutes les possibilités que l’évolution des Cabinets commande.

 

Parallèlement une plateforme mise à disposition par l’Ordre permettant de mettre en relation, selon un même tarif par demie journée, des confrères qui ont des disponibilités et ceux qui ont trop de travail, ou pourquoi pas des entreprises, soit de façon ponctuelle ou pour faire face à une absence, tout en permettant de susciter des relations stables et des partenariats, est aussi un moyen également de satisfaire à un souci de partage du travail avec les confrères installés ou associés, ou encore simplement momentanément débordés et d’ œuvrer dans le sens d’une solidarité bien comprise. Et à propos de solidarité je considère que l'idée de notre confrère Avi Bitton de faire souscrire l'assurance perte de collaboration non par chaque collaborateur mais par l'Ordre au profit de nos jeunes confrères est une excellente idée . Elle aura pour effet comme le souligne notre confrère de diminuer le montant des cotisations et de majorer les indemnités car un contrat de groupe est toujours plus profitable lorsqu'il est élargi au plus grand nombre. Avant de rédiger cette synthèse j’avais déjà écrit sur le  « partenariat » qui est une « bonne idée » (ce qui en soi finit de la discrédité vraisemblablement dans notre métier) deux textes sur mon blog à propos du lancement des Etats Généraux de la Collaboration et l’appréhension des rapports Patrons/ Collaborateurs.

Je ne trouve rien à y changer sauf sur un point : la projection que nous nous devons de faire face à la montée en puissance de la robotisation des taches intellectuelles dont il faut prendre rapidement conscience:

Aux Etats-Unis des jeunes avocats pourront d'ores et déjà ne plus trouver de travail.
Ceci parce que l'ordinateur Watson de IBM peut donner un avis légal en quelques secondes, pour des causes plus ou moins compliquées, le tout avec 90% de justesse en comparaison de 70% pour les humains, donc si vous étudiez le droit, pensez qu'à l'avenir, il y aura peut-être  beaucoup moins d'avocats et que seulement ceux qui seront spécialisés survivront bel et bien...

Je vous invite à lire ces articles grâce aux liens ci-dessous, afin de mieux comprendre notamment l’articulation et le  contenu du partenariat  mais aussi comment les Etats Généraux de la Collaboration se conçoivent, au moins de mon point de vue:

Source URL ;

 https://blogavocat.fr/space/gilles.huvelin/content/les-%C2%AB-etats-g%C3%A9n%C3%A9raux-de-la-collaboration-%C2%BB-sont-lanc%C3%A9s_

Sources :URL:

https://blogavocat.fr/space/gilles.huvelin/content/l%E2%80%99interg%C3%A9n%C3%A9rationnalit%C3%A9-au-barreau-dans-l%E2%80%99%C5%93il-des-etats-g%C3%A9n%C3%A9raux-de-la-collaboration%E2%80%A6_

 

 

 

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