Jun
26
Folon

Qui ne se souvient pas des dessins de Folon ? Il était du plus grand chic dans le milieu du show bizz dans les années 70 d'avoir une aquarelle, un dessin ou une peinture de l'artiste dont l'oeuvre a été popularisée par la chaîne de télévision FR3 qui se servait d'un dessin animé représentant l'homme volant aux bras en croix dans un manteau trois-quarts illustrant deux génériques de la chaîne. Cet homme sombre volant lentement sans but, souvent en troupeau dans un décor pastel sur fond de musique lénifiante préfigurant notre démission contemporaine de toute autorité , élevé au rang de gloire artistique nationale, m'était convenablement insupportable. L'engouement de nos intellectuels du microscosme parisien n'y était pas sans doute pour rien. Un jour je me rendis chez un confrère qui pratiquait de fait le métier d'impresario, 40 ans avant que nos instances représentatives en ait l'idée. Il avait une très belle clientèle dans le monde du cinéma qui l'avait coopté. Il faisait rédiger les contrats de production de film avec le talent incomparable qui fait de chacun de nous dans sa discipline, une référence. Il n'avait pas son pareil pour obtenir du ministère de la Culture les subventions à fonds aussi perdus que ceux d'investisseurs à l'affût de déficits fiscaux, au profit d'une clique d'artistes et de professionnels connus de ceux qui font l'actualité culturelle et le lobbying snob qui lui fraie le chemin. Ce petit monde avide faisait partie des admirateurs de l'artiste belge rendu populaire par la chaîne régionale de la bienpensance qui se doit toujours d'être de gauche et le soutien des artistes. Arrivant; jeune avocat, sherpa et faire valoir de confrères facturants; chez notre impresario, j'accroche dans l'entrée à la pénombre organisée autour d'un plafond devenu borgne, mon imperméable à une paterre. Depuis le petit bureau -salon sur lequel était largement ouvert la double-porte à petits carreaux bisautés, me parvient le rire préparé, débonnaire, du confrère, auquel un autre, glapissant, d'une actrice sûre de sa notoriété répond, tandis qu'en fond sonore un homme rondouillard, chroniqueur dans un quotidien à grand tirage émet sans pouvoir s'arrêter un "oh oh oh oh" condescendant. J'avais accroché mon vêtement sur la paterre fixée au milieu d'un homme volant illustrant un tableau crée par Folon, créateur de cette oeuvre inspirée par René Magritte. Et j'entends "Ceci n'est pas une paterre, mon cher ami, mais tout le monde se méprend." J'ai laissé mon imper à sa place. Se moquer des gens était une chose qui les amusait le plus. Il y a beaucoup de façon de montrer son mépris à ceux qui n'appartiennent pas aux coteries et réseaux des marigots. La leçon valait bien cette saynète. Depuis je reconnais ces médiocres à leur suffisance et leur pratique de l'entre-soi de salon. Ce ridicule va généralement avec l'incompétence et l'usage d'un vocabulaire abscon dont nos diafoirus usent dès que l'on fait du fric avec du vent.

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