Mar
06
J'ai pris mon temps...

Sous une petite pluie fine, Je trouve tard le long du mur dans une rue proche du Cabinet, et de La Madeleine, un porte-cartes de marque en cuir fin. Il contient deux cartes bancaires. L'une est émise par un établissement francais très grand public et l'autre par une banque très prestigieuse de Londres auquel tout le monde n'a pas accès. Je recherche sur les réseaux sociaux si le nom qui me dit rien de particulier peut correspondre au titulaire des deux cartes. Il y a une liste d'homonymes assez longue pour me dissuader d'aller à la pêche. Parmi eux un chanteur de rap et un entrepreneur dans l'informatique pourvu d'une petite notoriété qui leur donne une visibilité sur Google mais sans référence permettant de leur laisser un message rassurant. Le lendemain je commence par me rendre à l'une de la multitude d'agences de l'établissement français émettrice de la première des cartes dont le personnel ressemble à celui du métro. Je remets au guichet leur carte bancaire et demande s'il est possible de faire restituer le porte-cartes à son propriétaire. En fait rien ne le permet dans la procédure du GIE interbancaire et de toute évidence le personnel n'est pas motivé pour se bouger. Je me remémore le temps pas si lointain où tout le monde se serait plié en quatre pour rendre service à un contemporain...On sellait son cheval pour moins que cela. L'époque des coups de cravache étant révolu y compris à l'égard des chevaux, ce qui me semble pertinent pour ces derniers, je n'insiste même pas, me disant que j'aurais plus de succès auprès de la prestigieuse banque anglaise qui est certainement aux petits soins pour ses clients vu le montant des frais de tenu de compte pratiqués. Pour vous donner une idée, bande de larves, lorsque vous appelez au téléphone un robot au menu déroulant uniquement en anglais sans accès possible à un conseiller, c'est d'entrer de jeu, 3 euros. Comme le Cabinet n'est pas très éloigné de l'adresse de la banque en question, et que mon état m'autorise la disponibilité, je me rends à pieds pas loin, mais sans rapport, de la Fondation Rothschild. Immeuble sécurisé et façade en marbre blanc comme l'intérieur. La Banque occupe un ou plusieurs niveaux aux côtés d'enseignes très connues du monde des affaires qui remplissent le reste du bâtiment. Après le sas de sécurité dans lequel je pourrais garé une limousine, j'accede à un hall vertigineux avec puits de lumière hollywoodien, murs végétalises et un comptoir d'un blanc immaculé derrière lequel sont installées deux gravures de mode sur papier glacé. "Bonjour Madame" et je raconte la raison de ma visite. Elle décroche son téléphone et s'entretient un temps avec un lampiste qui lui fait me dire que la banque n'a pas d'agences à Paris, ce que je savais, et que leur unique bureau ne traite que les investissements et rien d'autres. En revanche leur correspondant pour les opérations bancaires de leurs clients en France est une autre banque anglaise qui a ses bureaux dans l'avenue qui fait l'angle."Tournez deux fois à gauche en sortant". Je me disais aussi que ce ne serait pas simple, même à ce niveau, le fameux, "c'est pas moi, c'est l'autre" a cours. D'ores et déjà je me dis qu'ils viennent de perdre par avance mon hypothétique clientèle. Naturellement pour rejoindre la banque correspondante, c'était deux fois à droite. L'immeuble est totalement consacré à l'établissement financier. Sas plus modeste et une seule charmante hôtesse avec un très joli maquillage de nuit m'accueille. " Ah mais Monsieur, ici vous êtes au siège et personne ne peut pendre en charge ce problème. Cependant vous trouverez une agence clientèle..." Il fait beau et j'ai le temps d'autant plus que je vais dans la direction indiquée pour déposer un pli auprès de ma banque. Je fais preuve de patience en me disant toutefois que je comprends mieux pourquoi le traité de Lancaster n'aboutit jamais lorsqu'il s'agit de réaliser un programme d'armement. Arrivé à l'agence de la banque correspondante à deux pas des "Champs", je passe après une temporisation qui fait penser à un feu rouge de province dans le hall vitré qui permet de constater que tous les bureaux sont vides à part celui de l'accueil. Pour la énième fois je raconte, cette fois à un guichetier homme orchestre, ce qui m'amène. Il doit bien être possible de faire parvenir le porte-cartes au titulaire de la carte bancaire. Il ne fait même pas semblant d'approuver. Il repousse vers moi le porte-cartes, s'empare de la carte bancaire noire et or en me disant qu'il va l'adresser au GIE bien que vraisemblablement le "porteur" a dû faire opposition. Pour le reste il ne peut rien car si l'Agence fait bien les opérations bancaires pour le compte de sa consoeur, elle n'a pas accès pour autant à ses données. Il faudrait contacter le siège à Londres et le temps que quelqu'un s'en préoccupe...si jamais... Le "Brexit" s'impose. J'espère qu'il sera particulièrement sévère pour les banques anglaises. Je retrouve la mienne, pour y deposer mon pli, elle me chouchoute depuis 1976 et me suis à travers le monde 24h/24 et 7j/7. Le CIC. Quand au porte-cartes il attend aux objets trouvés. Bêtement, car j'aurais dû m'adresser à ma banque.

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