Aug
31
"J'aime la vie."

J'ai aimé travailler et j'ai beaucoup travaillé. J'aime écrire. Un écrivain écrit pour soi. J'ai beaucoup écrit pour mon seul plaisir. Je n'en fait pas grand cas. La transparence ne me paraît pas devoir être absolue. Je ne crois pas avoir grand chose à cacher même si au cours d'une vie nous ne pouvons pas être tous fiers de toutes nos actions. Cependant j'ai des opinions et des pensées que je souhaite garder pour moi. Et en les adaptant à mon parcours, vous avez reconnu en ces mots, ceux que disait en substance Jean d'Ormesson. J'ajoute comme lui: j'aime la vie. J'ai aimé, passionnément.
Il est évident à mes yeux que nous suivons un peu près tous la même parabole de l'existence. D'abord nous apprenons puis nous croyons que nous pourrons nous servir de ce qui nous a été enseigné. Nous avons cru modestement, non pas changer le monde, mais avoir une conduite qui soit un exemple de ce qui nous paraissait proche d'une forme de bien fondé social en aimant les arts, en lisant beaucoup les bons auteurs et en étant démocrate. Bien sûr, nous nous sommes souvent trompés. Nous en avons eu conscience trop tard.
Et puis peu à peu nous nous apercevons que notre monde ne fonctionne pas en dehors du jeu de conventions dont il faut avoir simplement les codes. Que toute idée de vouloir faire bouger les choses est condamnée plus vite que celle qui favorise l'implacable immobilisme fomenté sous les habits d'un progrès qui se paie de mots pour ne rien changer. Assez vite la mesure de la médiocratie aristocratique de notre classe politique fait que vous êtes conduit à considérer que la démocratie est fondée sur le choix d'esprits assez étroits qui font semblant de gouverner, faute pour les rares qui en auraient la volonté de trouver le soutien des corps intermédiaires subventionnés dont les prébendes sont fondés sur le conservatismes du plus grand monde d'irresponsables, sachant par ailleurs que les médias ont un niveau de conscience ramené au taux de l'audimat. Vous finissez rapidement par douter de l'intelligence collective puis de celle de vos contemporains. Vient le moment où vous ne savez plus si vous avez affaires avec des gangsters ou avec des imbéciles, au profit de mafias.
Je croyais que les gens le faisaient exprès, puis je me suis rendu compte qu'ils faisaient ce qu'ils pouvaient. Ma vie en a été changée. "Je suis devenu gentil un peu par indifférence, je ne donne plus de conseil, et si je parle beaucoup, c'est pour me cacher. Je suis devenu spectateur d'un monde" qui feint d'ignorer sa perte par une démographie galopante et sa courte vue sur chaque chose, donnant à ceux qui ont le droit de nuire, toujours au nom des principes les plus élevés le soin d'imposer les modes de penser et leur détestation notamment des contraintes pour l'intérêt général. La tentation de Venise vous prend par la main. Car soyons juste, notre société s'invente des excuses: ni le néo-libéralisme, ni le socialisme existent, c'est un vocabulaire de polititocards complexés. Reste que "Libéral" est une injure chez nous, tandis que "communiste" demeure un compliment auréolé par la Révolution. Mais le communisme engendre partout et de tous les temps la misère et les dictatures les plus effroyables. Le libéralisme a toujours apporté la liberté et le progrès pour la santé, l'éducation, ainsi que le développement de la solidarité que permettent les bénéfices, là où les collectivistes préfèrent les déficits et la pauvreté qu'ils engendrent. L'effort, la responsabilité, gardent mauvaise presse face à la prise en charge collectiviste. Au delà, c'est du baratin d'éditorialistes en mal de copie.
Nous savons que les communistes au pouvoir confisquent les fonds publics et la liberté. L'économie libérale est la pire à l'exclusion de toutes les autres, comme la démocratie est le pire système politique à l'exclusion de tous les autres. Rien n'est parfait dans le monde de la matière vivante. Nous pouvons nous fatiguer assez vite de défendre la lucidité et le pragmatisme contre les dogmes, ainsi que les symboles réducteurs de tête et les slogans qui les véhiculent. La dernière idée de génie est de faire croire que l'écologie peut prospérer sans être rentable, et sans un marché solvable, tout en garantissant un développement social. Encore la quadrature du cercle. Il n'y a plus qu'en politique que l'on peut avoir le culot de prétendre y parvenir.
Je suis sûr que si dieu devait m'apparaitre après ma mort, qui est aussi inéluctable que la vôtre, il me dirait que j'ai bien fait de ne pas croire en lui. Venise est encore le dernier refuge d'une civilisation perdue et j'aime m'y promener hors des quais et des canaux parcourus par les touristes, encore, me direz-vous, dans les pas de Jean d'Ormesson, que décidemment nous pouvons retrouver partout car nous avons tous un peu de lui en nous. "Ne vous enfermez pas dans les musées." disait-il. Il avait raison. A le relire, l'âge venant, je n'arrive pas à lui donner tort y compris sur Venise. De la même façon il m'est difficile de dire le contraire d'Albert Camus à propos de cette citation: "Le temps qui nous reste à vivre est plus important que toutes les années écoulées."
Et d'un autre auteur dont je n'ai pas retenu le nom, je garderai, cette merveilleuse réflexion:
"Nous avons le choix entre être heureux ou avoir raison."

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