Aug
07
L'élégance, l'éthique, la morale, le sacerdoce.

Un coureur de fond éthiopien est en tête de la compétition. À l'arrivée, il se trompe sur la signalisation et s'arrête à un 1m de la ligne. Le suivant, un espagnol, comprend ce qui se passe et lui crie de continuer, mais l'éthiopien ne comprend pas l'espagnol. Aussi ce dernier le pousse jusqu'à la ligne.
Le journaliste qui interroge le coureur espagnol lui dit ne pas comprendre son geste. Il vient de laisser la victoire à son concurrent. L'espagnol lui répond que son compétiteur avait gagné la course. S'il avait profité de son erreur, il aurait eu honte d'une telle victoire. Et il ajoute: " Qu'aurais-je dit à ma mère ?" Des commentaires révèlent l'incompréhension, le traitant d'imbécile, ou l'accusent de paternalisme "blanc".

J'appartiens à une génération qui ne descendait pas de cheval tant que la maîtresse de maisson, devant laquelle personne ne restait couvert, ne vous invitait pas à mettre pied à terre.

À l'.IE.J., les avocats qui nous enseignaient la déontologie (on ne disait pas: "la déonto"), nous rappelaient le principe de loyauté que nous devions respecter tant à l'égard des Magistrats que de nos futurs confrères. Ce qui était évident, nos instituteurs qui avaient hérité des "hussards noirs de la République", nous avaient inculqué dès le plus jeune âge, à coup de règle sur le doigts ou de coups de pied aux fesses pour les plus récalcitrants, les règles de la bonne conduite pour les rares qui ne les avaient pas apprises de leurs parents. Nous nous levions lorsque l'enseignant ou un visiteur entrait dans la classe. Nous écoutions bras croisés.

Lorsqu'un confrère omettait de conclure, laisser s'écouler un délai, son contradicteur lui passait un coup de fil. Les difficultés étaient aplanies tant par les confrères, les magistrats et les juges consulaires, avec humanité et délicatesse. Personne n'imaginait profiter de l'absence d'un confrère à une audience. On ne prenait pas 'ses avantages". Et de toutes les façons, les magistrats ne l'auraient pas non plus permis.

Pas de post-it, de fax : machines à écrire mécanique, papier carbone et pelures pour les copies, pas de photocopieur, mais des stencils, pas de portable ni d'ordinateur, des cardex et de la mécanographie et extrême modernité, un téléscripteur dans les locaux de l'Ordre, place Dauphine, et un "saute -ruisseau" pour porter les messages à la toque. Un appel téléphonique vous prévenez de venir chercher votre message. La poste fonctionnait parfaitement, deux distributions par jour et le courrier arrivait de partout en France en 24 heures, sans compter les Télégrammes pour les messages et les pneumatiques à Paris pour les documents les plus urgents.

Pas de nostalgie: pas de SAMU mais le Mille kilos de Police Secours pourvu d'un brancard et d'un équipage de trois gardiens de la Paix. Nous filmions en super 8 mn et prenions nos photos avec des pellicules 24 ou 36 pauses, avec une sensibilité en nombre d'ASA en fonction de la luminosité. J'ai vu arriver les premiers 800 ASA avec la naissance de ma filleule. Les pellicules à 4000 ASA arrivèrent relativement peu de temps avant les appareils photos numériques.

Notre robe a treize boutons pour rappeler Jésus et ses apôtres. Si notre robe est noire, c'est pour rappeler la chasuble du sacerdoce. Notre rabat blanc est symbole de pureté. Nous sommes philosophiquement directement les héritiers de Saint Yves.

Sachons vivre dans notre époque formidable, elle n'a rien de comparable avec celle que je vous ai brossée qui n'a qu'un demi- siècle à peine. Notre quotidien est extraordinaire. Ces deux périodes si proches gardent en commun une constante: la profession porte comme d'autres d'ailleurs, l'honneur d'avoir des devoirs. Ce sont ces devoirs et la portée que chacun d'entre nous leur donnons qui est le squelette de notre vie en société.

Nous sommes stressés par la rapidité de notre époque, ses remises en cause permanente et une charge de responsabilité croissante. Et ce métier reste formidable.

La Justice, qui proteste que l'on envisage de la remplacer par des robots, se comporte comme les robots n'accepteraient pas de le faire. C'est devenu tellement évident que l'indépendance et la compétence de l'institution paraît moins sûres que celles des algorithmes.

Mais s'il reste un avocat en chair et en os, faite en sorte que ce soit vous.

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA