Sep
25
"La défense des Droits commence à la Barre."

Je plagie la formule de la Marine Nationale: "Notre défense commence au large." Et il faut que nous nous en donnions les moyens. Je fais un parallèle avec le slogan de "La Royale" pour affirmer qu'il ne sert à rien de défendre les droits dans le monde entier sans balayer devant la porte de nos Cabinets d'avocat. Quand je dit "avocat" dans l'article ci-dessous, c'est un terme générique désignant la personne qui exerce le métier, homme ou femme, sans distinction. Petit florilège crescendo de notre quotidien: Je vois un affichette au Vestiaire des 30 000 avocats de la Cour d'appel de Paris. "Vous devez prendre votre courrier dans votre case qui est sous votre nom." C'est comme cela depuis des lustres mais il y a des confrères de plus en plus nombreux pour se tromper, ne pas regarder ce qu'ils prennent, et ne pas se montrer diligents pour restituer le courrier du voisin embarqué par erreur. Un employé de l'Ordre me dit devant mon étonnement: " Vous savez, j'ai tout vu, mais depuis quelque temps, je reçois des avocats qui viennent chercher leur clé RPVA et ils ne connaissent même pas leur numéro de toque !" Il est vrai que les mails sont devenus largement plus utilisés que le courrier postal ou du Palais. Mais tout de même. Un tout jeune avocat apporte une assignation à un de ses confrères pour lui confier le suivi du procès. Il lui dit: " Il y a un numéro à côté du nom de mon contradicteur. Je ne sais pas si c'est son numéro de vestiaire ou de sa toque." Son confrère a préféré lui répondre : -" Ne vous inquiétez pas, je vais me débrouiller." Après tout, tous les avocats n'ont pas d'activité de processualiste et j'en connais d'éminents, populaires auprès des bobos du Barreau et actifs sur les réseaux sociaux qui ne font pas la différence entre contentieux et judiciaire. D'ailleurs, si on insiste sur la distinction, ils considèrent que "la procédure n'existe plus. C'est mort." Je ne plaisante pas. Je suis atterré. Passons sur ceux qui s'intitulent "avocat conseil" et ceux qui ne sont pas à même de dire la différence entre avocat à la Cour et avocat au Barreau. Je vous jure que ça existe. Ne croyez pas que je noircis le tableau. Ça va assez loin tout seul: Un confère a appelé son postulant pour lui demander: -"vous m'avez écrit que l'affaire est renvoyée pour une audience de procédure...Mais c'est quoi une audience de procédure ?" Ne croyez pas que j'invente. Un élève avocat vient à la Barre d'un Tribunal de Commerce avec un pouvoir de...son maître de stage, éminent également confrère d'un Cabinet prestigieux. Un confrère bienveillant lui explique qu'il ne peut pas représenter son avocat de patron. -"Revenez quand vous aurez une robe." conclut-il. 10mn plus tard il voit revenir le stagiaire avec une robe sur le bras. -"Qu'est-ce que vous faites avec cette robe ?" et l'élève de l'EFB de Paris de répondre: -" Mais vous m'avez dit de revenir avec une robe." Les juridictions consulaires offre des surprises. Un confrère arrive dans une série de dossiers, robe au vent, en fermant son col à l'appel des causes. Il explique qu'il a conclu dans chaque procès connexe et qu'il a communiqué ses conclusions à ses confrères. Le greffier lui dit qu'il n'a pas ses "écritures" (pas la peine d'expliquer qu'il n'y a pas de conclusions devant le Tribunal de Commerce avec les effets de droit que cela peut avoir dans la procédure dont beaucoup de confrères ont perdu de vue qu'elle est orale). Réponse "- Mais je les ai adressées à mes contradicteurs il y a 48 heures." Un confrère habitué des lieux lui dit que les écritures doivent être remises au Tribunal. Réponse cinglante :-" Pour quoi faire ?" (mais il est vraisemblable qu'il ait dit "pourquoi faire"). Un blanc meuble quelques secondes l'espace. Le Président avec beaucoup de tact lui dit: -" Pour nous permettre d'en prendre connaissance." Le vieux confrère présent intervient gentiment: -" un renvoi pour le dépôt des 'conclusions' de notre confrère..." Je ne suis pas le seul à m'émouvoir de la situation de nos pratiques professionnelles. Une rapporteure (ça se dit) de la Cour Nationale du Droit d'Asile témoigne durement: https://www.dalloz-actualite.fr/node/cour-nationale-du-droit-d-asile-avo... Et en "off", de nombreux juges et magistrats ne sont pas plus tendres avec les membres du Barreau, même si on peut relativiser en constatant qu'ils ne sont pas forcément très tendres entre eux. Si 65 % des sondés ont une bonne image des avocats, 75% de leurs clients disent qu'ils ont été déçus. "Je viens d'apprendre que mon client est décédé il y a six mois. Qu'est-ce que je fais de son procès ?" À décharge, la procédure n'est plus enseignée dans les facultés de droit. Sans doute la raison pour laquelle les rares Cabinets qui en font, ont reconstitué de fait les missions des avoués de première instance et d'appel ainsi que la fonction d'Agréé devant les Tribunaux de Commerce. Faire et défaire, une éternelle histoire. Cependant, avant de voter des résolutions pour la défense des droits en Moldavie et d'y envoyer une mission, je suggère à nos institutions de prendre en considération la façon dont ils sont traités devant notre porte. Je dis cela parce que ça fait mal tout de même un petit peu beaucoup trop... Je relève que nous n'avons rien à envier au fonctionnement de notre Justice en général. Il suffit de lire le "thread" ci-dessous publié et actualisé sur twitter. Mais cela n'éveille pas plus que cela notre profession sur les comportements humains des acteurs de la Justice. Cependant, qui ne va pas avoir malaise à la lecture de ce threard ? @NBelloubet, notre Justice pense à quoi au juste ? https://t.co/7zjukcdKSM #LePremierQuiDitLaVeritéSeraExécuté

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