Jan
15
La justice toujours plus proche...

Quelle bonne blague. Je ne vous parle pas de la possibilité de rencontrer un conseiller à la Cour d'appel, ou de visiter les salles d'audience de la Cour de Cassation et sa Grand'Chambre notamment. ...Dès fois que vous pourriez croiser un conseiller à la Cour de Cassation...

Je ne plaisante pas. Déjà en province les cours d'appel à la moindre occasion sont séparées des TGI, on ne se mélange plus. L'ex-futur TGI de PARIS, exilé au bord du périphérique dans le projet actuel soumis à un recours juridictionnel, prévoit des coursives sécurisées pour que les juges ne puissent pas rencontrer par hasard le public ou un avocat. Les nouveaux tribunaux sont conçus dans le même esprit.

Hier j'ai voulu déposer une requête auprès du JEX à Paris. Comme me disait un confrère quand j'ai prêté serment : « Il faut avoir de la mémoire et une bonne santé ». Me rappelant que le bureau d'accueil du JEX avait été transféré dans les locaux du doyen des juges d'instruction qui lui-même a été déplacé un peu plus loin dans la même galerie du deuxième étage donnant sur la cour de la Sainte Chapelle, je prends l'ascenseur sous le porche qui même à cette cour lorsque l'on arrive par la cour de Mai. Le panneau au rez-de-chaussée m'indique que j'ai raison. Pas de chance : arrivé sur le pallier, je trouve deux portes battantes fermées qu'il faut ouvrir avec un badge spécial. Je redescends en croissant plusieurs personnes qui cherchent comment rejoindre l'accueil du JEX ou accéder à tel bureau qui se trouve dans cette aile cloisonnée de toute part de portes-cerbères. Retour au rez-de-Chaussée et je découvre face à la descente d'escalier et donc invisible lorsque vous montez un panneau format A4 indiquant qu'il faut rejoindre le JEX par la galerie du rez-de-chaussée. Là commence le jeu de piste. Arrivé au bout de la galerie qui se transforme en couloir il y a un cul-de-sac et un couloir à droite qui même au plateau des chambres correctionnelles du rez-de-chaussée. Je retrouve dans la pénombre justifiée par les économies d'énergie un fléchage, je traverse le « plateau » et trouve d'autres flèches qui me conduisent au-delà, au pied de l'escalier dérobé ( vous vous rendez compte ! En plein Palais de Justice...) qui conduit au bureau du régisseur du TGI. Deux volées de marches et je réintègre le deuxième étage pour y trouver un peu plus loin le bureau du doyen des juges d'instruction. En poursuivant mon chemin je traverse à peu près encore un tiers du Palais pour trouver le fameux bureau d'accueil du JEX ! Je mets au défi un justiciable lambda de le trouver. Meilleur test pour votre sens de l'orientation : Essayez de déposer un référé Premier Président de la Cour d'Appel en suspension d'exécution provisoire. Là ce n'est pas fléché du tout.

Je me souviens que nous pouvions rencontrer le Premier de la Cour dans les couloirs, et d'ailleurs tous les hauts magistrats. Y compris de façon informelle dans des réunions de travail. Les magistrats, que le vocabulaire ne distinguait pas des juges, déjeunaient à la buvette du Palais.

Trêve de convivialité et de partage, les juges de la mise en état nous prient de ne pas venir les voir aux audiences, les formations de jugement voient d'un oeil bienveillant que nous nous contentions de déposer nos dossiers. Plus d'échanges, en plus des mesures de sécurité de toute nature, la dématérialisation sépare un peu plus les magistrats du monde qu'ils jugent. Personnellement je n'ai pas trouvé que les décisions rendues étaient devenues meilleures pour autant. Je ne suis pas nostalgique. Je prétends simplement que l'on se moque du monde en rendant les institutions inaccessibles aux bruits de la rue et aux contacts avec autrui. Le but poursuivi de sérénité ne protège pas l'impartialité, j'ai envie d'ajouter loin de là, la sécurité et l'isolement conduit au vase clos.

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