Nov
18
La sagesse dans notre mode de vie est-elle compatible ?

La période du changement d’année est passée. Elle est aussi celle du changement de saison, nous entrons dans la période où les jours s'allongent. Avec son lot de décès de personnes fragilisées par l’âge ou/et la maladie. Et bien sûr, alors que nous sortons de la trêve des confiseurs et des vœux, nous espérerons plus de douceur dans un monde en ralentissement économique qui explique globalement en partie le prix du baril de pétrole avec une possible perspective de stagnation et même un début de décroissance à laquelle nos économistes n’ont pas cru. Que ce soit le dernier livre que Mathieu RICARD a co-écrit ou celui de Jean d’Ormesson, le propos est partout le même : Prenez du temps pour vous. Contentez votre Moi. Soyez doux avec vous-même et avec les autres. Tous nos philosophes en sont d’accord et cela depuis les temps antiques. Ce sont des propos universels qui n’ont jamais été aussi convaincants parce que l’époque, à l'inverse, est davantage au stress, à la compétition, dans un monde attristé, soumis à des mutations technologiques permanentes et à la complexification exponentielle des lois. Et l'on en parle peu. Ce n'est pas un sujet de "talk-show", pour parler français. D'ailleurs plus on parle d’une chose et moins elle est vrai. Exemple historique: l’étalement des vacances. Le discours a été constant en faveur dudit étalement pendant des années jusqu’au moment où il a bien fallu constater que les vacances sont prises en période estivale entre le 14 juillet et le 15 Août. Pour beaucoup d'avocats, partir deux semaines d'affilée qui plus est, sans son portable et son smartphone serait un luxe inouï ou une situation professionnellement invivable. Les Etats-Unis nous annoncent dix ou quinze ans en avance, les évolutions de notre propre société. C’est un peu la vitrine de notre avenir. Elle nous avait donné à voir toutes les formes de violences à laquelle nous sommes maintenant habitués. Une nouvelle forme nous arrive : celle gratuite et inhumaine de sociopathes qui ne savent pas comment et où trouver un alibi ou un mobile à leur rébellion, leur mal-être, leur marginalisation dans une société pour laquelle ils n’ont pas acquis les clés de l’intégration culturelle, intellectuelle et donc professionnelle. En plus, personne ne dit au jeunes dans les collèges et lycées les mécanismes qui peuvent les amener à devenir associaux ou schizophrènes. Il ne reste à tous ces jeunes marginaux de 15 à 35 ans qu'à  trouver une arme et un "motif" pour passer à l'acte. Parallèlement de plus en plus de personnes diplômées se mettent en retrait de notre monde en compétition et fait de violences sous toutes ses formes. Ils acquièrent une sagesse philosophique et prennent distance géographique. D’autres, après un « burn out » décident de s’arrêter tout bonnement de participer à la folie quotidienne de nos activités et de s’imposer des contraintes sociales. On ne pense pas assez de fois par jour que nous sommes mortels. Sur la côte nord-est des Etats-Unis, de New-York à la frontière Canadienne, on trouve des personnes qui ont refusé de s’adonner à  la modernité débridée et ont fait le choix d'un métier tranquille, répétitif, indépendant, au sein de petites équipes amicales ou familiales,  dans des petits ports ou des villages côtiers. Ils travaillent pour de petits revenus. Ils le font lentement, à leur propre rythme. Leur journée est entrecoupée de pauses pendant lesquelles ils prennent leurs loisirs. Tout est simple parce qu’habituel, quotidien et avec des horaires réguliers qui suivent les saisons. Un peu musiciens, un peu artistes mais surtout souriants et détendus. Curieusement l’Université de Yale, le M.I.T. ou HARVARD qui nécessitent une compétition acharnée pour y parvenir paraissent des havres de paix comparés à New-York et Boston qui sont de véritables piles. Il semble que les générations que nous appelons Y et Z sont entrain de décrocher de nos modèles. Encore à la marge, les héros de la réussite se convertissent en cultivateurs de potagers sur les terrasses des immeubles pour des restaurants de luxe.   On peut ricaner mais ce décrochage qui existe depuis les années 1970 en Californie; pendant que le sénateur Mac Govern, libéral de gauche snobe et sifflotant faisait le pire score des démocrates à l’élection présidentielle américaine; gagne du terrain un peu partout : La vie personnelle avant celle au travail. Notre société explose en deux mondes. Moins de personnes s’acharnent à travailler dans des métiers sous pression pour lesquelles la connaissance se renouvelle tous les jours. Ces métiers, ici, finiront par être pratiqués à l’américaine et c’est comme cela que la « Commun law » s’imposera totalement. Car c’est le mode de vie qui impose l’évolution du droit. Or malgré tout ce que nous montre la vitrine américaine nous empruntons les mêmes chemins avec les mêmes chaussures. L’acquisition de la sagesse n’a rien à faire dans cet environnement économique et social. Appliquer la règle de n'avoir aucun objet pour être libéré n'est pas utile dans notre vie urbaine de travailleurs libéraux. Répéter dix fois le mantra : «  je n’en ai pas besoin » n’est d’aucune aide sauf à décider de tout larguer en pleine audience pour devenir moine tibétain dans le nord de l’Inde. -« Monsieur le Président, j’en ai ma claque de vos remarques sur le fait que l’intérêt de mon client n’est pas de demander un renvoi, voilà ma robe et les clés de mon Cabinet, débrouillez-vous avec… » Notez que cela doit faire un bien fou…Et c’est mieux que de sortir un fusil d’assaut de sous sa robe. Les "assises des relations Magistrats-avocats-greffiers" organisées par le Barreau de Paris, pour reprendre le bon mot d'un confrère, n'ont pas dit qui devait être acquitté. Si j’écris cela, c’est que notre Ordre et le CNB ont, sans doute, conscience de devoir repenser le quotidien de notre vécu professionnel. La « ligne bleue » genre « SOS amitié » ne suffit plus. Vous pourrez me dire parce que vous avez le temps de lire cet article et que vous disposez d’une exceptionnelle disponibilité que nous pouvons y réfléchir nous-même.  Sauf que ce métier est constamment la tête dans le guidon et beaucoup de confrères n’ont pas les moyens de prendre le temps, sans compter que ce n’est pas individuellement que peut se résoudre nos contraintes d’adaptation professionnelle. Nous sommes toujours toute la vie à la croisée de deux époques et de deux mondes. Mais les bouleversements intellectuels, économiques, sociaux, technologiques vont nous bouleverser alors que la période de conversion devant nous se dévoile courte. Les prises d'opportunités exigent réactivité et prise de risques. Notre profession aurait dû en trouver les moyens.et comme elle ne la pas fait, il faudra la quitter enfin libre d'aberrations pour s'adonner paisiblement à la restauration de meubles dans un bourg d'un coin du Jura où les lynx et les loups sont, revenus. Pour le reste souvenons - nous que les révolutionnaires sanguinaires étaient des psychopathes et souvent en plus des gangsters. Ils n'ont rien à envier aux dangereux islamistes radicaux actuels dont la révolte fondée sur l'idéologie religieuse et la déshérence ne rencontre qu'incompétence, ignorance et corruption. Les jeunes croient aux idées, aux dogmes, se forgent des buts, sont intransigeants et font la guerre. Les vieux font la paix car ils sont cyniques et sceptiques. Et faire la paix dans une société où les crimes et délits sont de moins en moins élucidés, dans laquelle les minorités priment sur la majorité, cela rappelle les plus sombres heures des affrontements dans les quartiers pauvres, par le fait même délaissés, des villes américaines. Et la montée des rackets politico-sociaux, augmentée des effets sclérosant de la corruption, qui a projeté la Grèce et le Venezuela dans la déconfiture, va nous conduire sur leurs pas. Même cause, même effet. Le film intitulé "Les misérables" récemment sorti sur les écrans ne fait rien de moins que de nous présenter les conséquences de la somme des erreurs de nos politiciens dans les domaines de l'éducation, la formation, l'urbanisme et de la manifestations de l'autorité. La lâcheté, l'incompétence, la bêtise au pouvoir pendant des décennies sur fond de bienpensance dogmatique va présenter l'addition. Amortir le choc et remettre la société sur les rails exige une volonté de fer pour y parvenir. Ça devrait commencer par marteler la vérité. A savoir que notre société se fracture, culturellement, économiquement, socialement, technologiquement et que ça ne peut pas s'arranger sans remise en cause. Comme toujours, il faudra beaucoup d'efforts. Même si tous s'y mettent, on ne sauvera pas tout le monde. Qui est prêt à le dire et qui est prêt à l'entendre, à quel prix pour nos libertés et notre confort social ? En réalité, tout va bien. Il suffit de sortir de notre pays pour se rendre de l'autre côté de la Méditerranée ou dans les pays de l'est de l'Europe pour s'en convaincre. Nous pleurons la bouche pleine. Après la réforme de l'ndemnisation du chômage nous avons l'assurance la plus protectrice qui soit dans l'Union Européenne. Et notre système social, même en ayant le courage de lutter contre les causes de ses déficits, resterait le meilleur. C'est dans les pays les plus pauvres que nous voyons les gens sourire. Ici nous déprimons, mais nous nous opposons aux mesures de bonne gestion. La situation des hôpitaux publics est à cet égard emblématique. Les méthodes de gestion du privé s'imposeront. Bien sûr, ce ne sera pas simple car nous sommes en retard pour tout et partout. Cela fait partie de l'exception française. Les britanniques, les belges, les canadiens, les allemands, bref, le monde entier, a su et sait se reformer. Nous, pas. On met le couvercle sur le problème et on s'en occupe que lorsque que la cocotte explose. La difficulté est que tous les couvercles sont sous pression et que beaucoup de personnes restent encore assis dessus depuis des lustres. Baste, notre pays en a vu bien d'autres, mais bêtement, ça passe habituellement par le chaos avant le retour des coups de pied aux fesses pour le remettre en état de marche. On va bien réussir à rester campé sur notre immobilisme déficitaire encore un an ou deux à minima. Soyons honnêtes, nous sommes tous responsables et coupables. Les uns pour être méchants, quémandeurs, prébendiers, les autres pour être lâches et complaisants avec eux. Heureusement nous avons un pays formidable. Mais comme le dit Claude Weill: "C’est un sujet permanent d’étonnement pour mes amis étrangers que quel que soit le sujet, passé, présent ou futur, la presse française se focalise toujours sur les côtés négatifs, les échecs, les scénarios du pire."
Bonne année 2020 à tous !

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