Nov
07
La vitesse du temps.

J'ai l'habitude de rappeler que  lorsque nous sommes jeunes, 5 ans est une éternité. Lorsque vous avez 20 ans, c'est un quart de votre vie. A 50, ce n'est plus qu'un dixième, alors après, ce passé est un peu dérisoire, en revanche les cinq ans à  venir ont une importance inestimable.

Aujourd'hui, arrivé au terme d'une existence, un siècle c'est hier. Au début des années soixante du siècle dernier j'appris que la dernière charge de cavalerie  contre les apaches avait eu lieu en 1907. Géronimo, qui ne fût  pas responsable de cette dernière rébellion, est décédé en 1909 en Oklahoma. Il avait eu le temps d'apprendre à conduire une voiture. Je compris combien le temps était à la fois court et rapide. Le Far-West était mort seulement depuis cinquante ans !  A cette époque, pas si lointaine pour mes contemporains, la Grande Guerre  était un sujet de conversation aux tables familiales.  Ceux qui avaient combattu à  la première bataille de la Marne et survécu à la boucherie que fût ce conflit,  avaient  entre 65 et 70 ans.

Le capitaine qui reprit le fort de Vaux est mort à 104 ans.

Louis XIV est décédé  le 1er septembre 1715. Entre la mort du Roi Soleil et Waterloo il y a juste 100 ans. Autrement dit rien du tout. Un claquement de doigt. Et pourtant une somme d'événements colossaux pour notre pays.  A l'époque la longévité moyenne ne dépassait pas trente ans.

Un siècle plus tard c'était la première guerre mondiale. Un troisième siècle de plus et nous sommes dans l'Union Européenne avec un monnaie continentale, l'euro.

Les événements que nous commentons sont à cet aune, dérisoires.

Je tiens d'un grand-père un ouvrage de Louis Tripier, avocat décédé en 1877, intitulé "Codes Tripier".  Toute la législation applicable au début de la IIIième République est contenu dans un livre de 6 cm d'épaisseur dans un format in quarto de 12 cm sur 6 environ. Maintenant nous avons Légifrance....et soixante-dix Codes, chacun aussi épais que l'ouvrage de Louis TRIPIER.

 Dans peu de temps des robots ne diront peut-être pas le droit, encore que je ne le jurerai pas, mais donneront des solutions juridiques.

Les astronomes découvrent grâce au satellite  Hubble des centaines de planètes qui potentiellement peuvent développer une forme de vie. Avant peu la surface de la Terre sera encore changée et pour une nouvelle fois une extinction massive des espèces aura abouti, mais par le fait de l'homme . Je la verrai. Au même titre que la fonte du thermofrost dont les conséquences sont encore, officiellement,  imprévisibles.

Le temps et la dimension historique nous expliquent  comment Clémenceau ou Churchill ont pu imposer autant de sacrifices  et pourquoi certains chefs d'Etat ont été si consensuels. La relation à l'importance des personnes et des choses est question de regard sur le monde. Ce qui ne veut pas dire qu'elles n'ont pas d'importance pour les personnages qui nous gouvernent.  Mais celle-ci s'inscrit dans une abstraction de l'Histoire et de l'idée que l'on s'en fait. Et donc du regard que l'on pose dessus, ce qui est un question d'âge et d'expérience autant que de culture. La grandeur et le dérisoire se confrontent en permanence.

La rentrée à  l'école si angoissante pour un jeune enfant n'est qu' importante pour son enseignant. Elle est anecdotique pour le Chef de l'Etat, un symbole pour les commentateurs, un enjeu pour d'autres. Imaginons ce qui restera de notre époque dans les livres d'histoire car il ne restera rien de nos vies. Je dis cela pour que nous prenions le temps de nous élever et que nous acceptions de ne pas nous perdre. Ce qui n'est possible que si nous convenons de tenir compte de l'importance de toute chose pour chacun  d'entre - nous. Ce qui nécessite de l'humilité, du respect, et d'attention et infiniment de tact envers son prochain. Autrement dit une forme d'intelligence élégante que je n'ai pas et que je n'ai guère l'opportunité de rencontrer de sorte que j'en souffre peu. Cette humanité a été remplacée dans notre mode de vie dévorant par des importances qui n'importent qu'à ceux qui sont importants. Le bonheur est peu de chose et demande que nous lui consacrons du temps. C'est encore la collision entre notre temps quotidien et le temps historique qui crée un choc politique, économique et social. En même temps, c'est la domination de l'individualisme et l'urgence du présent qui font loi. La promotion sociale se réalisait en trois générations puis en une, puis en 20 ans, maintenant la réussite sociale  doit être atteinte en 10 ans. Le monde sera globalement en récession dans un avenir proche. La notion  même de réussite va muter. Notre quotidien  se ralentira. Le rapport au temps va changer.

Le temps historique perdra définitivement son sens parce que le passé comme l'expérience n'auront plus d'intérêt face à  l'accélération des applications des conquêtes scientifiques et la sollicitation des moyens de communication toujours plus performants, rapides et renouvelés. C'est ce que nous disent les réformes scolaires depuis 1960:  les exigences d'une éducation qui est de masse ne sont plus les mêmes. Les besoins de réactivité de la part des responsables politiques ne feront qu'augmenter. Or  "la France est toujours avance d'une révolution et en retard d'une réforme" disait Edgar Faure. Cette impertinence est toujours pertinente.

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