Aug
03
"L'affaire Bessis"

Il a été fait écho sur la blogosphère des avocats d'un litige opposant notre confrère Jean-Louis Bessis au Bâtonnier du Barreau de Paris. La façon désagréable dont des esprits pervers ont fait circulé des commentaires qui se voulaient ironiques ont porté atteinte à l'image du Barreau alors qu'il n'y a pas sujet à fouetter un chat dans cette controverse hautement politique.
Pour résumer, notre confrère Bessis qui incarna en 2015 le mécontentement de confrères exaspérés par ce qu'ils percevaient du fonctionnement de l'institution ordinale, fit un score plus qu'honorable avec peu de moyens en raflant 20 % des votes au premier tour de l'élection du Bâtonnier. Il fût l'arbitre du second tour. Son message était clair: l'Ordre ne pouvait pas continuer à ignorer la distance qui le séparait de nombreux confrères.
Notre brillant Confrère Frédéric Sicard, pour qui j'ai fait campagne, a eu l'idée de concevoir la création d'une mission d'Ombusdman au sein du Barreau de Paris. La République a le Défenseur de droits (rôle qui aurait dû être tenu par les 60 000 avocats de France si la profession avait fait son boulot !) instauré bien après malheureusement  que tous les pays modernes se soient pourvu d'une institution semblable. Toutes les institutions financières et entreprises commerciales ou industrielles de renom, autant que les services publics, ont fait le choix de créer un service client capable de faire remonter les doléances des clients ou des usagers et d'intervenir pour trouver des solutions amiables.
Le sort de nombreux collaborateurs qui s'estimaient lésés dans leur vie professionnelle, les critiques des procédures disciplinaires ou l'absence de réaction du Barreau face à des attentes alléguées  de ses membres, alors que le nombre considerable d'abstentions aux scrutins ordinaux faisait apparaître un malaise patent, mais mal cerné. 50 % d'abstention, plus 20 % de voix "contre le système" interpelleraient n'importe quel observateur.
L'idée de notre confrère Frédéric Sicard qu'il proposa à la fois à Jean-Louis Bessis et aux électeurs emporta l'adhésion du faiseur de roi et de l'électorat.
Pour les électeurs du Bâtonnier élu sur ce programme notamment qui rallia  les électeurs de notre Confrère Jean-Louis Bessis, il y avait deux évidences au soir de son élection: nous aurons un Ombusdman et il était évident que ce poste devait revenir d'abord à Jean-Louis Bessis qui incarnait la contestation de l'Ordre établi.
Les électeurs ont été trahis.
Ils l'ont été par des membres du Conseil de l’Ordre.
D'abord pour des querelles de personne, beaucoup ne voulant pas entendre parler de Jean-Louis Bessis et de quoique ce soit qu'il put proposer de ce fait.
Il faut avoir vu la vidéo du Conseil de l'Ordre de l'époque pour avoir présent à l'esprit la violence de l'opposition à la personne même de Bessis.
Le fait que le Bâtonnier fut fraîchement élu grâce à cet ajout à son programme par les électeurs qui ont voté Jean-Louis  Bessis au premier tour,  n'est pas discutable, mais cela n'a pas dessillés des MCO, ni notre confrère Pierre Olivier Sur, Bâtonnier sortant qui a fait une déclaration dont la teneur a conduit à la censure de sa diffusion.
Ils se sont jeté dans la faute politique en rejetant toute idée de recadrage possible de leur légitimité institutionnelle d'élus ou même de la possibilité de leur faire parvenir dans un cadre institutionnel, des doléances.
A y regarder de près avec le recul, je ne suis pas certain que ce n'était pas le but unique recherché par Jean-Louis Bessis en fin politique qu'il est, mais on ne prête qu'aux riches...ce qu'il n'est pas par ailleurs matériellement, et qu'en ne faisant pas jouer son imperium, je me suis posé aussi la question de savoir si notre Bâtonnier dont l'intelligence est indiscutable, n'a pas souhaité parvenir au même résultat pour une raison tout autant stratégique. Je crois en définitive qu'il ne s'attendait pas à voir une telle opposition se cristalliser alors même qu'il avait fait officiellement le choix de la démocratie ordinale.
Je me fais peut-être des idées a posteriori. Passons.
La réalité est que le rejet du projet Bessis/Sicard a été très mal pris. Je m'en suis fait l'écho dans un article assez véhément publié sur Linkin et mon blog à l'époque.
Les dernières élections du Bâtonnier qui prend ses fonctions au 1er Janvier 2018 me donne raison.
Nous avons eu encore 50% d'abstention, rien de nouveau en cela, la moitié du Barreau n'a rien à faire d'un Ordre à la fois lointain et qui a des préoccupations élitistes qui intéressent toujours les mêmes 3000 confrères que l'on retrouve à l'année dans les réunions et festivités.

La nouveauté c'est que les 11 500 confrères participants au vote du 1er tour de l'élection du Bâtonnier 2018 se sont partagés exactement en deux.
50% ont voté pour "les trois candidats anti - système" qui ont chacun récolté sensiblement 1/3 des ces voix contestatrices, dont Jean-Louis Bessis qui a, grosso modo, malgré les boules puantes et toujours aussi peu de moyens, gardé son électorat.
Si la prochaine fois la contestation n'a qu'un candidat, il sera élu au premier tour.
Il y a plusieurs raisons à cela.
D'abord parce que nos confrères parisiens estiment que les dépenses de l'Ordre  (40 000 000 € prévues pour 2017) sont pharaoniques, peu claires, et ne les concernent pas.
Ajouter qu'une crise économique persistante et le changement du marché du droit laissent 30% des confrères parisiens sur le talus sans que le Conseil de l'Ordre laisse penser qu'à part une psychothérapie il n'a rien à partager avec eux, bien que des propositions répétées en pure perte existent pour les sortir de l'ornière de l'activité individuelle ou des accidents de la vie tout en aidant les plus jeunes à se faire une place sous un statut qui les sortirait rapidement de la "collaboration". Bref, il est possible que le Conseil pour vivre heureux ait décidé de ne rien voir, rien entendre et ne rien dire qui pourrait le déranger dans son bonheur...
Un Ombusdman, c'était la possibilité d'avoir un interlocuteur et de prendre du recul tout en s'interrogeant sur son action en acceptant une forme extérieure de regard sur soi.
Le Conseil préfère l'entre-soi.
Dans ce contexte, la Moda à 70 000 000 € HT acheté en VEFA (sous le Bâtonnat précédent) qui laisse des questions en suspens, reste scandaleuse autant qu'inutile pour beaucoup. Ça s'ajoute au reste.
La querelle que notre confrère Jean-Louis Bessis a jeté en pâture confirme dans l'esprit de chaque avocat éloigné des MCO et ceux psychologiquement écoeurés du système ordinal qui se perpétue en dehors de leurs préoccupations, qu'il est bel et bien verrouillé à son unique profit.
Comment prétendre le contraire lorsque que le Bâtonnier qui vient d'être élu sur la nomination d'un contre-pouvoir est désavoué par la majorité du Conseil de l'Ordre ?
Pour ces confrères, force est de constater que globalement le Conseil de l'Ordre outre qu'il ne supporte pas manifestement, et il suffit de revoir la vidéo du Conseil qui a rejeté de façon épidermique le rapport de Bessis, de remise en cause de son action et encore moins de son fonctionnement, laisse aussi à considérer surtout qu'il se garde violemment l'accès aux pots de confiture.
Il est clair pour les électeurs déçus que le mode de fonctionnement ordinal relève de façon avouée par le retocage de Bessis, de l'entre-soi édifié en système de gouvernement tandis que la cooptation des chefs successifs du Barreau au sein des Cabinets d'anciens Bâtonniers soutenus par les troupes à pieds de syndicats subventionnés semble la règle.
L'Ordre donne l'idée qu'il ne se réformera pas et qu'il doit être dynamité si on veut changer quelque chose ou l'ignorer définitivement  parce qu'il est désespérant d'en attendre quoique ce soit pour progresser dans ce métier confronté à des défis d'autant plus profonds que les conservatismes ordinaux ont d'abord protégés de fait "les grosses structures professionnelles".

Autrement dit pour 50% des confrères parisiens qui votent pas ou plus et 50% de ceux qui votent contre l'Ordre tel qu'il se perpétue, soit au total 75% du Barreau, la réclamation de Jean-Louis Bessis démontre bien la duplicité de l'Ordre établi.
Je ne vois pas d'autre objectif à son pavé dans la mare qui passe une fois de plus pour un marigot vu la couleur nauséabonde des ronds dans l'eau.

Notre confrère Frédéric Sicard avait dit au Conseil de l'Ordre que son vote négatif contre Jean-Louis Bessis  était une faute.

Il avait raison. Le rappel est violent mais mérité.

Maintenant le Conseil de l'Ordre largement renouvelé va devoir penser autrement l'image qu'il renvoie et faire une oeuvre de refondation politique.
Quels sont les vrais problèmes des confrères et quelles sont les actions pragmatiques à mener ?
On les connaît en réalité très bien sauf à être aveugle, sourd, le faire exprès ou être une institution représentative.

Le changement de mode de penser passera par une auto-critique lucide, que le Conseil de l'Ordre établi a bien été incapable de concevoir le concept même, lors du début du Bâtonnat de notre confrère Frédéric Sicard.

Le Conseil tiendra une séance en Septembre a-t'il été annoncé sur "l'affaire Bessis".

Donc rendez-vous en Septembre pour savoir si quelque chose change sur notre planète ou si on continuera de ronronner dans l'eau tiède qui déborde.

Commentaires

Nom: 
Gilles Huvelin
Site: 
www.huvelin-associes.fr

a donné un interview à la Gazette du Palais que vous pourrez retrouver sur mon compte tweeter, qui explique parfaitement qu'il n'y a pas d'affaire Bessis / Sicard.
Des membres Conseil de l'Ordre seront déçus.

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