Sep
14
Le Dalaï Lama, le Bâtonnier, les associations et les syndicats...

L’enseignement philosophique du Dalaï Lama qu’il a donné dans l’Amphithéâtre de la Maison de l’Avocat ce 14 septembre 2016, sera marqué d’une écharpe blanche, celle qu’il a remis à son vieil ami, notre confrère Robert Badinter. Comment faire pour changer soi-même pour changer le monde, était la question de fond à laquelle très simplement ce moine bouddhiste est venu nous donner une réponse universelle. Je gage que sortis de cette conférence, nos confrères et les magistrats présents emportés par le quotidien donneront le même exemple que ceux qui assistent à la messe de Saint-Yves. C’est donc avec le sourire aux lèvres et la conviction que mon prochain est mon ami que je médite et m’édite les réflexions que le vécu du Palais m’a offert généreusement ces derniers jours.

En effet, malgré le temps un peu passé et la leçon donnée magistralement par Sa Sainteté, je suis encore sidéré d'avoir entendu, pendant deux heures au cours d'une réunion de Colonne, pour réponse  par deux M.C.O. à toutes les questions, que le Bâtonnier n'avait pas la compétence matérielle ou les moyens , ou l'autorité pour résoudre les problèmes exposés.
Il s'agissait du respect d'un protocole de procédure, du fonctionnement du RPVA après la réforme de la postulation devant la Cour en matière prud'homale, de l'accès au futur TGI, de l'Aide Juridictionnelle, la charge des cotisations URSSAF, du RSI, du sort de la bibliothèque de l'Ordre, du stationnement des avocats dans Paris, de l'accès au Palais de Justice dans l'île de la Cité... et la même reponse tombait  comme s'il s'agissait du temps qu'il fera demain..."Il n'y peut rien."

Vrai.

Cela dépend qui de l'autorité du président de la juridiction, des ministères de la justice et du budget, voir les deux, de la Mairie de Paris, de la  Préfecture de police , selon la question.  Évidemment. A chaque fois la réplique venant de la salle était la même:" Quelle est l'action de l'Ordre ? " Et la même réponse -"Que voulez - vous faire ?" Personnellement je suis pour une barricade dans la galerie de la 1ère Chambre de la Cour d'appel, car il faut faire preuve d’humour et comme je le rappelle souvent , plagiant le Colonel LASSALLE : «  Un avocat qui n’est pas mort à 30 ans est un Jean foutre. » …je sais de quoi je parle. Alors pourquoi pas la rédaction d'un cahier de doléances  tant les raisons de la mauvaise humeur des avocats sont nombreuses, cela fait joli et l’exercice de psychothérapie de groupe ne peut apporter que sérénité et apaisement ?

Concrètement, le rôle des avocats dans le fonctionnement de la justice est-il si méprisable qu'ils sont devenus des alibis démocratiques symboliques sans importance ? Et qu’en bien même cela serait vrai, posons-nous la question : aujourd’hui, combien sont les avocats pratiquant la barre des tribunaux sur 26 400 avocats à Paris ?

Coincé entre le mur de l'autorité publique et le conservatisme professionnel de syndicats que peut faire un bâtonnier au-delà de ses fonctions régaliennes ordinales ? N’est-il pas, en quelque sorte une sorte de Doge de notre métier ?  Au-delà des oripeaux du pouvoir dans son apparence et celui que nous lui accordons par déférence filiale, que peut-il bien entreprendre pour l’évolution de notre métier face aux défis les plus ordinaires ?

Certaines de nos organisations professionnelles, et pas des moindres, sont contre tout. Un médiateur pour faciliter les rapports avocats /Ordre ? L'interprofesionnalité ?  Réformer la collaboration libérale au profit d'un partenariat aux honoraires dans les dossiers et/ou les résultats des Cabinets ?  L'avocat en entreprise ?  Un barreau national ? La profession unique du droit ? Les activités accessoires de l'avocat, notamment le commissariat au droit, mais pas que cela ...?
Les réponse est toujours: non.
Ils sont contre parce que cela viderait le pré  carré de chaque syndicat et encore plus celui de ceux qui les dirigent au même titre que de presque tous ceux des coteries d'où sortent ceux qui deviennent Bâtonniers ou veulent le devenir.Heuresuement il y a de lumineuses exceptions. Mais en gros, il va falloir attendre que cette génération passe et pour tout dire qu’elle meure, pour qu'une nouvelle génération habituée à des idées qui ne seront pas nouvelles, les adoptent par habitude de les côtoyer. Ainsi avance le monde. C'est partout pareil, en politique comme en matière scientifique ou culturelle, les idées nouvelles doivent infuser. Cela explique bien des retards pour apporter à tout problème, une amorce de réponse, généralement la plus emprunte du plus grand conservatisme possible.
L’inaction est le propre de l’homme. L’adaptation une contrainte. « Gouverner, c’est prévoir » n’est qu’une belle formule incantatoire.
Notre profession comme l'Etat ne se reformera que dans le chaos.

En attendant, ce sont les blocages de syndicats, refuges de toutes les peurs, de tous les conservatismes, et des conformismes, ce qui les justifient, voir les sauvent qui sont en cause. Ils peuvent d'autant plus perdurer ainsi qu'ils assurent les élections des MCO autant que des représentants au CNB, par la cooptation ou le scrutin de liste. Comme en politique, pas de parrainage  pas d'élection et si un candidat  indépendant est élu c'est parce qu'il est assez conforme à l'idéologie dominante bienpensante de la profession qui a aussi sa pensée unique autorisée et obligatoire, un poil condescendante.
Le « Bât.' » au meilleures idées, élu au suffrage universel par tous et pour tous est voué à passer sous des fourches caudines  tout au long de son mandat car c'est le Conseil de l'Ordre qui gouverne. Or les syndicats y sont très largement représentés.  Au point d'imposer qu'ils sont indispensables en menant des missions que finalement l'Ordre leur laisse faire, leur délègue, et subventionne. Les challengers à l'élection au Bâtonnat appellent toujours à l'aide les syndicats qu'ils flattent pour s'assurer de leur appui en sous-main, qui peut-être décisif, lorsqu'ils n'ont pas fait déjà le choix du mieux placé du fait de leur agitation médiatique sur les réseaux par lobbyistes interposés
Mais combien de confrères du Barreau de Paris sont encartés et à jour de leur cotisation dans chaque syndicat ?
C'est semble-t-il un secret bien gardé qui n'est pas divulgué aux avocats même lorsqu'il s'agit d'entendre et voir voter les subventions grâce aux vidéos des séances du Conseil de l'Ordre. De toute évidence, la transparence, c'est bien mais il faut pas en abuser. Je suis beaucoup plus positif à l'égard des associations professionnelles qui font beaucoup d'efforts pour faire progresser le métier de leurs membres. Mais il ne faut pas non plus exagérer. Elles sont aussi la protection ou et la promotion d’abord de ceux qui parlent en leur nom.

« Allez , c’est dans le jeu de rôle après tout, me direz-vous, c’est ainsi que tout ne se fait pas et il faut bien  des postures pour rendre les apparences plus acceptables », me disait il y a peu un esprit caustique qui se veut décapant.

 J’ai une tendresse particulière pour mes amis qui donnent tant de leur personne et de leur temps pour la profession car ils sont de la meilleure bonne foi qu’il est possible face à des questions qu’ils est toujours plus difficiles à trancher lorsque l’on a en charge les responsabilités. Qu’ils sachent que si la critique, qui est toujours aisée à l’égard des institutions et de la somme des individualités, à laquelle je me livre par provocation autant que par jeu, ne retranche rien à l’affection que je porte à chacun.

Et me rappellant les propos de l'Invité de notre Barreau, je souhaite à tous, le bonheur qui est à notre portée et qu'il ne faut pas laissé passer. Le reste est sans doute second.

C'est sans doute aussi pour cela que les associations sportives, culturelles ou ludiques ont tant d'importance pour permettre à notre Barreau de garder des liens conviviaux en marge de nos activités professionnelles, et préserver une confraternité parfois mise à mal.

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