May
13
Le fait minoritaire nous gouverne

Les minorités mènent le monde. Elles renversent la table. Elles bousculent les habitudes les mieux ancrées. Les mouvements viennent rarement des majorités même si nous avons pu constater dans l'histoire des périodes de mutations économiques et par conséquent culturelles et sociales de son seul fait. Il y a bien sûr des formes de synergie entre la majorité et les minorités. Elle est le terreau peu commode parfois de novateurs, elle est aussi la raison d'être de ses opposants. Certains inventent des améliorations et d'autres ne savent que puiser dans la constance et la durée des autres, les ferments de leur impatience et la promotion de leur contestation.
Tout cela est connu mais les mécanismes d'un régime constitutionnel adapté à cette réalité sont peu explorés. Le débat entre la nécessaire affirmation d'une majorité par le vote anonyme mais obligatoire pour tous les citoyens est souvent compensée par un scrutin proportionnel et les scrutins dits majoritaire uninominal ou à deux tours sans répartition proportionnelle des sièges ne donne la victoire en réalité qu'à une majorité relative, qui n'est que la plus grande minorité exprimée. Le fait que les électeurs aient choisi le candidat qu'ils pensent être le moins mauvais fait dire que l'élu est encore plus minoritaire que le résultat brut des urnes fait apparaître. Si la majorité est conservatrice et peu encline à se réformer selon une définition, peut-être plus abusive que nous le pensons, il existe, et pas forcément qu'en son sein, des minorités très conservatrices. Celles qui se dissimulent en prétendant faire partie des progressistes, selon une dialectique sclérosée et même figée, usent de procédés de soviets, si ses prés carrés sont entamés. Plus les minorités sont petites, plus elles sont bruyantes et plus elles peuvent devenir violentes. Plus elles se radicalisent, plus elles usent des artifices d'une révolution qu'elles invoquent comme acquise à l'opinion qu'elles prétendent incarner. La rhétorique comme les manipulations, qui vont de pair avec leurs menées, sont des moyens bien connus. La victimologie en fait partie.
Toutes les agitations et toutes les discussions sont le fait de minorités d'autant plus exacerbées qu'elles sont marginalisées et elles poussent leur chant du cygne d'autant plus fortement, soit, au contraire, elles sont celles de personnes qui réclament des libertés nouvelles ou des champs d'expression ou encore la possibilité de réalisation, autant d'espaces qui n'existent pas spontanément dans la société. Mais il ne faut pas s'y tromper, c'est la majorité qui paie ses impôts, travaille, arrive à l'heure, qui permet d'avoir des écoles, des hôpitaux, et permet aux pouvoirs régaliens de l'Etat d'exister. Cette majorité est toujours composite mais elle a une cohérence globale qui fédéralise tous ses acteurs anonymes du quotidien, sans lesquels, elle se déliterait et avec elle, la société dont elle est porteuse.
Elle peut se lasser d'avoir à supporter les agressions permanentes de minorités, culturelles, sociales, politiques, dont les médias parmi lesquels je mets les réseaux sociaux, lui rebattent les oreilles.
Entre son ras-le-bol qui la pousse à une remise au pas de chacun et la nécessité d'avoir un gouvernement qui ne peut pas correspondre aux objectifs de tous, cette majorité peut à la fois le temps d'un scrutin ou plus durablement, exprimer son désir de voir remis en perspective ses fondamentaux avant toute chose, comme une part d'elle-même peut vouloir, en même temps, une politique volontariste contre des pesanteurs et des conservatismes. Face aux minorités multiples qui lui semble gangrèner sa société, la majorité peut exprimer des choix que l'on pourrait juger trop hâtivement contradictoires. Ceux-ci donneraient aussi, des résultats électoraux minoritaires, ajoutant à la confusion de la perception de ses choix pour le plus grand bonheur des médias comme des manipulateurs politiques. N'oublions pas que ces derniers, ne représentent qu'eux mêmes et que le fait qu'ils soient mis en scène ou ont accès aux médias, qui ne représentent personne, ne leur confère aucune légitimité.

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