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"Le Président de la République est venu dans mon quartier."

"Le Président de la République est venu, "à l'improviste" selon son escorte, avec un convoi de sécurité lourdement armé, rue Letort 75018, ce 1er mars 2021, jour à marquer d'une pierre blanche, à l'angle de la rue Esclangon où un tas d'ordure endémique a miraculeusement disparu. Il a demandé "Comment allez-vous ?", ce qui revient à toucher les écrouelles et la vacuité du milieu de l'après-midi et du petit square voisin, lui a expliqué qu'elle en a marre des restrictions. J'adore. Ça fait cinq jours que le quartier est nettoyé d'une façon indécente et soudainement les SDF,les mendiants, les trafiquants et contrebandiers, les ventes au déballage, ont disparu de la Place de Clignancourt. On n'a pas été jusqu'à contraindre la SNCF à vider la Petite Ceinture des tas d'ordures, c'est en contrebas, et invisible en passant en voiture.

Le Coeur Rouge et à 650 000 euros, on est dans le 18e arrondissement,
au bout de son mat s'en est mis à tourner à nouveau et même à clignoter. Il faudrait que le Président revienne tous les deux jours ou mieux qu'il habite ici.

Dans une période où les « incivilités » ne sont plus supportables ni pour le public, ni pour les autorités parisiennes ; notamment à l’approche des J.O. pour lesquels la Capitale, qui est l’une des plus sales de la planète (23ième au classement 2015), voudrait donner la meilleure image possible au monde et doit conduire à une vraie réflexion nos élus, le tableau est dans la réalité du quotidien, déplorable.

Il suffit de consulter les réseaux sociaux pour lire les commentaires excédés des habitants du nord de Paris dont les photos sont des illustrations consternantes de la situation de saleté repoussante de la voirie dans de nombreux secteurs et quartiers. Le problème n’est pas nouveau, mais comme toujours lorsque l’on ne traite pas immédiatement une question, elle devient un problème et l’éradiquer devient d’autant plus difficile. Pendant longtemps, la municipalité n’a pas voulu pour des raisons idéologiques autant que politiciennes, se doter d’une police municipale, ni réprimer des actes dégradants et répugnants. L'expulsion systématique de campements de fortune étant intellectuellement également scandaleuse aux yeux des idéologues, la situation devenait cauchemardesque.

Les inscriptions sur les murs que ceux de moins de 40 ans n’ont pas connues, rappelant l’interdiction d’afficher, d’uriner ou de cracher par terre sous peine d’amende, ont disparu à une époque où ces rappels étaient devenus inutiles.

Que s'est-il passé depuis ?

Comme me le disait un conseiller municipal excédé mais pourtant d’une majorité bienpensante: « Ce n’est pas utile de les rétablir car ils ne savent pas lire ».

La prise de conscience des autorités tardive de la Ville face à une situation qui a d’autant plus vite dégénérée qu’il n’y avait pas de réponse immédiate, a d’abord été une campagne de sensibilisation pour laquelle il n’y avait pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’elle serait sans effet à l’égard d’une population qui avait adopter un comportement par habitude ou culturelle, pour appeler un chat, un chat, comme de cracher ou de se moucher entre les doigts en envoyant le produit par terre parfois ostensiblement par pure provocation. Dans un second temps, la Municipalité a menacé de sanction. Sur tous les camions de la voirie on a vu fleurir des affiches annonçant une amende de 68 euros pour tout mégot jeté par terre, campagne largement relayée par la Presse, notamment gratuite et distribuée dans le métro. Cette campagne de communication qui se voulait dissuasive est apparue, faute d’effet, comme un moyen de faire croire que la Ville faisait quelque chose, s’est doublée d’une action d’instruction civique dans les écoles et collèges ainsi que sensibilisation auprès des commerçants distribuant des repas à emporter dont les emballages se retrouvaient un peu partout. Sur ce dernier point un résultat positif est à saluer. Mais ce n'est que moins pire. Pour le reste l’absence d’une répression effective faute d’agents en nombre suffisant sur le terrain n’est pas le seul paramètre à prendre en considération. Elle se montre inefficace lorsque la verbalisation concerne des personnes sans adresse connue, sans papiers ou insolvables, ce qui conduit les agents verbalisateurs à s’adresser uniquement aux contrevenants apparemment accessibles à la sanction, c'est à dire identifiable et solvable. J’ai pu admirer ainsi trois agents entourant longuement un quidam de type caucasien, Boulevard d’Ornano, qui avait laissé tomber un ticket de caisse en marge d’une poubelle…à 300 m de vendeurs même plus à la sauvette qui répandent leurs cageots et emballages un peu partout.

Parallèlement…pour ne pas dire en même temps, la municipalité a mis en place une politique de recrutement d’agents et rendu plus efficace le nettoyage de la voirie. « Ce n’est pas que les comportements qui ont changé mais on nettoie davantage » se plaignait un contribuable. Comme d’habitude, l’autorité politique traite les conséquences et pas les causes : elle ramasse les détritus et ne les empêchent pas de tomber par terre. Il y a une possibilité de se défausser sur les commerçants à qui il est possible d’imposer de nettoyer le trottoir devant leur boutique, café et brasserie sous peine d’amende, qui là, pour le coup atteindrait immanquablement leur cible.

Amis électeurs, bienvenus.

Evidemment, le retour des sanctions physiques à coups de trique par une police de rue est moralement exclue et il ne sert à rien de réclamer le retour de la peine du pilori par la même occasion. Comment s’en sortir ?

L’idée qui reste politiquement correcte serait sous réserve du tollé que cela peut provoquer chez les idéologues de l’Empire du Bien, une peine de privation de liberté de 24 ou 48 heures en Commissariat, décidée par un O.P.J., pour toute infraction de voirie constatée en flagrant délit par un A.P.J. doté d’une caméra portée, ce qui n’exclurait pas une amende alternative et au montant pénalisant pour ceux qui peuvent aider à combler le déficit budgétaire de la Ville.

Ce dispositif existe aux Etats-Unis depuis longtemps pour des petites infractions. Bien sûr en cas de refus de plaider coupable devant l'OPJ le justiciable est l'objet d'une comparution immédiate devant un juge. Pourquoi pas nous ? Vraisemblablement par culture du laxisme et pour ne pas avoir intégré au-delà de la tolérance zéro, la nécessité de la sanction prompte et certaine face à une délinquance qui mine la cohésion sociale parce qu'elle fait partie de notre quotidien. Pendant ce temps, la Police municipale pourchasse les automobilistes et la Nationale regarde ailleurs. Cette même pas délinquance, au sens du Code Pénal, n'est pas digne de leur attention. Pour les délits, il faudrait intervenir en flagrance et pour ce faire il faudrait avoir des policiers dans la rue. Et un Parquet qui fasse comparaître en comparution immédiate au lieu de relâcher les mis en cause connus habituellement des services de police dans la nature, les laissant rejoindre les multirécidivistes au casier long comme le bras avec l'épaule.

Évidemment que je suis pour le rétablissement des galères, comment voulez-vous qu'il en soit autrement ?

Le non port du masque et les attroupements dans nos secteurs de traine savattes et de gardiens de mur, consommateurs et dealers de cannabis, sont autant de foyers épidémiques, mais n'intéressent pas plus que les vendeurs ostensibles de cigarettes aux mineurs. Et cela alors que notre Président bien aimé a annoncé une génération née en 2000 de non-fumeurs en 2030. Qui se moque de nous ?

De toutes les façons la répression ne serait que traiter qu'une partie des conséquences des causes dont nous n'avons toujours pas le droit de parler. Parce qu'il faudrait constater la faillite des dogmes, de l'Éducation, des autorités et se poser des questions, ce qui exigerait des remises en cause bien trop cruelles pour les responsables jamais coupables, les assurés de ne jamais se faire virer ou les perpétuellement recasés.

Tout va bien, le Président est venu par un bel après-midi printanier sous un doux soleil. Les rares arbres sont en fleurs. J'imagine qu'il est content. Ceux qui ont fait un "selfie" avec lui, aussi.

Ce 2 Mars le soleil est resté, la rue Letort a gardé une propreté inhabituelle, peut-être pour la relation que des journalistes feraient après avoir interviewé des témoins du passage de "Jupiter". Les habitués du bas de la rue reviennent peu à peu. Comme ailleurs dans le reste du quartier qui redevient une poubelle et une pissotière."

La tentation de l'Ecosse vaut celle de Venise. Et vive la Reine.

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