May
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Les « Etats Généraux de la Collaboration » sont lancés !

Frédéric SICARD et Dominique ATTIAS, Bâtonnier et Vice Bâtonnière du Barreau de Paris ont décidé de prendre le problème à bras le corps en confiant à notre confrère Caroline LUCHE-ROCCHIA (MCO,  avocat "counsel" au sein du Cabinet GRANRUT (www.granrut)  le soin de piloter le processus du travail qui est entamé. J’ai été aimablement invité à faire partie de la première réunion de « think thank » ce mardi 10 mai en fin d’après-midi. La note de cadrage expose des exemples de thème de discussion, et met le doigt sur les questions de fond qu’un premier petit-déjeuner organisé par le Bâtonnier le 24 Avril dernier avec des collaborateurs ont fait clairement surgir. Les problèmes rencontrés par les collaborateurs sont aussi des problèmes des Cabinets qui les embauchent. Toutes les questions sont sur la table et toutes les contributions sont bonnes à prendre en considération.

La plateforme participative (avosidees.org) sera ouverte à partir de la fin du mois de Mai afin de permettre une contribution du Barreau de Paris sur les textes en vigueur. Des enquêtes qualitatives seront faites, les associations, syndicats et des personnalités clés seront sollicitées et un sondage sera également réalisé, afin d’avoir un retour d’expérience très large sur le vécu des relations collaborateurs/patrons.

Durant le Campus du Barreau de Paris, le 5 juillet sera organisé une séance plénière ainsi que deux ateliers qui permettront de servir d’illustrations et de références sur les rapports collaborateurs/patrons.

Les matériaux récoltés seront analysés pour définir  début Octobre 2016, les actions nécessaires pour résoudre les sources de conflits, et 2017 sera consacré à les mettre en oeuvre.

Personnellement, je salue l’action de Dominique ATTIAS, Karine LOUVET MIGNON et de Caroline LUCHE-ROCCHIA qui activent l’action des services de l’Ordre pour en faire une force de résolution des difficultés d’exercice rencontrés par tous dans notre métier, dont particulièrement à l’occasion des Etats Généraux, celles rencontrées par les jeunes confrères qui entrent dans la profession et exercent celle-ci comme collaborateur.

De mon point de vue la relation patron/collaborateur doit faire sa révolution copernicienne au moment où le marché du droit ne permet plus de s’installer seul et de créer son Cabinet en partant de rien.

A mon sens il faut faire le constat que les relations ont culturellement changées entre les générations dans leur rapport au travail, que le collaborateur n’est plus seulement un outil de production, et que l’avenir d’un jeune avocat ne s’inscrit plus à notre époque dans les mêmes perspectives que par le passé.

Il est patent que dans les Cabinets sans « Communauty Manager » (Directeur des Ressources Humaines en Français, mais ce n’est pas smart, ex Directeur du personnel, titre trop criant de vérité pour être conservé) il est plus difficile de gérer les frictions dans le travail.  Par ailleurs les collaborateurs dénoncent l’isolement dans lequel ils se trouvent en réalité confrontés pour résoudre les conflits. Ce qui est la porte ouverte aux abus des patrons autoritaires, indélicats, caractériels, etc…

Il n’est pas normal que les collaborateurs n’aient pas une boîte aux lettres électronique pour des signalements de comportements qui permettrait de repérer les Cabinets à problèmes qu’il serait possible d’aider ou de sanctionner.

Il serait pertinent que les Cabinets, qui faisaient autrefois l’objet lors de leur installation d’une visite d’un MCO pour s’assurer qu’un canapé n’était pas dans la salle d’attente, face l’objet de visite pour s’assurer du bon fonctionnement des relations de travail intergénérationnelles entre patron (s) et collaborateur(s). Contrôler les comptabilités c’est bien, contrôler que les principes essentiels soient appliqués au sein des Cabinets, aussi.

Le stress des patrons existent. Si dans les structures importantes, une absence peut-être gérée sans beaucoup de difficulté, il en va tout autrement lorsque dans un Cabinet individuel un(e) collaborateur (trice) n’est pas à même de remplir se tâche.

Il avait été envisagé par Frédéric SICARD et Dominique ATTIAS pendant la campagne au Bâtonnat de mettre en place une bourse de collaborateurs à même de fournir des suppléances. Dans ce domaine l’expérience de notre Confrère Arnaud LIZOP (Avocap | L'espace commun des avocats www.avocap.eu ) apporte une réponse qui peut servir d’exemple à notre Ordre.

J’avais aussi entendu parler de la nécessité de permettre aux jeunes avocats parents de pouvoir accéder à des garderies et/ou crèches à proximité du Palais de Justice. Sous la « Canopée » des Halles s’ouvre justement une structure d’accueil des enfants et il en sera de même dans les immeubles en cours de travaux de la « Samaritaine ». L’Ordre sera bien inspiré de se saisir de toutes les opportunités pour répondre aux besoins de nos jeunes parents et nous pouvons compter sur l’attention de notre Vice-Bâtonnière sur ce sujet également, y compris au sein ou à proximité de la future « MODA ».

S’il est évident que des soutiens psychologiques, des médiations, de la logistique sont autant de dispositifs nécessaires pour faciliter les relations patron/collaborateur, il faut aussi repenser l’idée même de leur relation figée dans le statut de la collaboration libérale ou d'un contrat de travail.

D’une part parce que les lois de 1971 et 2005 qui fixent le statut de la collaboration avec un avocat à l’exclusion de tout autre professionnel du droit constitue une entrave à la mise en œuvre de l’interprofessionnalité.

D’autre part, l’idée que celui qui détient la clientèle puisse se comporter en prébendier est dépassée depuis belle lurette.

Enfin, un Cabinet c’est du travail et un travail en commun pour un résultat qui est celui de tous.

Il est normal à mes yeux, qu’après une période de formation et de rémunération forfaitaire, un jeune confrère soit intéressé au résultat de son travail, dans les dossiers qui lui sont confiés, ou/puis  aux bénéfices du Cabinet.

Il doit devenir un partenaire, même s'il n'est pas (encore) un associé.

L’objet de la boîte à idées (avosidees.org) qui sera ouverte fin mai pourrait à mon avis porter  sur ce que doit contenir un contrat de partenariat qui peut s’inspirer du statut d’avocat «counsel », et de la charte de bonne conduite que de nombreux « gros » Cabinets d’avocats parisiens ont adopté, et pas (seulement) sur une réécriture des textes légaux en vigeur, qui n’est pas de la compétence de notre Ordre.

Le statut contractuel du jeune confrère, qui pourra être celui d’un avocat en fin de carrière aussi, ne sera plus un obstacle à l’interprofessionnalité.

Nous sommes au carrefour d’une nouvelle façon de concevoir, me semble-t-il, les relations entre les avocats.

Les Etats Généraux de la Collaboration est une chance exceptionnelle qui est donnée à la profession.

Sur 30 000 avocats et avocats honoraires du Barreau de Paris, 10 000 sont collaborateurs. Sachant que 5 000 confrères font les élections ordinales à Paris. Si un tiers des collaborateurs continuent d’être mécontents de leur sort, ils pourront, faute d’obtenir les réponses réclamées, renverser la table, ce que beaucoup de petits patrons ont également envie de faire.

Nous disposons de quelques semaines concrètement pour assurer l’unité du Barreau, intergénérationnelle,et  quelle que soit la taille des Cabinets.

Il faut avoir présent à l’esprit que l’avenir des petits Cabinets, qui est une opportunité pour l'avenir de nos jeunes confrères, est dans le regroupement. Pour cela il faut obtenir les moyens juridiques de le faire.  

L’interprofessionnalité est un objectif accessible, le regroupement aussi, à la condition pour chaque acteur de pouvoir donner congé sans pénalité financière. Ce qui implique la révision des baux professionnels et des baux commerciaux.

Là, le lobbying de toutes les professions réglementées est indispensable et soyons lucides, urgent.

www.huvelin-associes.fr

 

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