May
21
Les indiens, les avocats et la Frontière.

Plusieurs fois les indiens ont tenté de se coaliser contre les espagnols, les français, les anglais, puis les colons européens, puis contre les américains, puis contre les États-unis. Ils défendaient leurs terres, leur mode de vie, leur rapport à la nature. On oublie que les tribus se combattaient et que les guerres entre nations autochtones ont toujours existé.
Les bonnes consciences du 21e siècle, qui ne supporteraient pas un camp de roms près de leur domicile, ont beau jeu de dire que les indiens avaient raison de résister contre la perte de leur liberté, le déferlement de la modernité et des populations qui envahissaient leur pays. Sauf que tout cela n'était pas le problème ni du 17e siècle ni des deux siècles suivants.

Et la bataille de Little Big Horn, sur le déroulement de laquelle il y a plus d'écrits que sur celle de Waterloo, fut la première défaite de l'armée américaine avant le Vietnam et bien que survenue exactement cent ans après la naissance des U.S.A., elle resta, à tous les points de vue, sans lendemain. Sitting Bull fit du Cirque avec Buffalo Bill avant de se faire assassiner au Canada le 15 décembre 1890. Geronimo, exilé dans une réserve de Floride,vendit des colifichets aux touristes en se moquant d'eux et apprit à conduire une voiture. Il mourut finalement le 17 février 1909 (la même année que Red Cloud) à Fort Still en Oklaoma. La dernière charge de cavalerie a eu lieu en 1907 contre des Apaches. Ce n'est pas si loin. La "frontière" n'était plus parce que les indiens étaient tous dans des réserves, vivant dans des taudis, alcoolisés et drogués, grâce aux subsides de l'État fédéral, gérés par le Bureau des Affaires indiennes. Les moins mal lotis ouvrirent des casinos, purent laisser exploiter contre royalities leur sous-sol et vivent encore de la crédulité des touristes. Beaucoup des survivants des épidémies, de la famine et des massacres, participèrent assez tôt dès le 17e siècle au processus de colonisation, aidé par les conflits inter tribaux, puis à la société américaine dont il est dit qu'un quart de sa population actuelle aurait un aïeul indien.
Même Crazy Horse avait fini par accepter d'être éclaireur pour l'armée US contre les Nez- Percés, qui résistèrent avec courage et détermination dans leur longue marche pour la liberté, avant qu'il fût tué sur un quiproquo sur fond de cabale, de jalousie et de suspicion. On se crorait au Barreau de Paris.
Le cheminement de la destruction des indiens fût complexe, long et ne fit l'objet d'aucun état d'âme de la part des institutions americaines avant la fin du 20e siècle. American Horse ou Chef Joseph, pour ne parler que de ceux-là parmi tant de leaders héroïques, ont mené un combat glorieux mais radical au nom d'un idéal qui n'avait pas d'avenir, entrainant leur peuple à leur perte.
En 1973, deux cents Sioux Oglalas, les armes à la main subissent un siège de 71 jours à Wonded Knee, face aux FBI. Ils auront deux tués et échapperont de nuit aux forces américaines composées de deux milles hommes disposant de mitrailleuses et de blindés. Comme quoi la présence des caméras des télévisions auraient certainement empêché les massacres du 19e siècle.

Les avocats n'ont cessé d'avoir raison en se faisant les chantres des droits de l'homme, les défenseurs de l'individualisme contre la société. Ce combat intellectuel qui a tourné au dogmatisme depuis la chute du mur de Berlin, a été récupéré et instrumentalisé comme une arme de guerre politique par le militantisme qui les manipule, dès la déroute intellectuelle de Sartre devant Raymond Aron, à qui il concéda que les droits de l'homme ne devaient pas être sacrifiés sur l'autel du communisme. Depuis ce moment, les anarcho-collectivistes de toutes les obédiences se servent des droits de l'homme pour justifier d'une part, leur droit de nuire au nom de la défense sociale du peuple qu'ils sont seuls à détenir la légitimité auto- proclamée d'incarner et d'autre part, la destruction de la nation par définition raciste, xénophobe et fasciste. Plus le Barreau s'est appauvri économiquement plus il a demandé des aides, des abaissements de charges, un taux de TVA réduit et plus il s'est radicalisé dans une guerre "polititocarde" d'escarmouches. Il a mené tous les combats d'arrière-garde contre la transformation et modernité de la société. Certains ont duré longtemps. Je n'oublie pas, par exemple, que nous avons fait grève en 1976 contre le divorce sans juge. Concrètement depuis la loi de 1971 le Barreau s'est opposé à tout et à son contraire, selon le gouvernement en place pour défendre un idéal du métier fantasmé. Ainsi cinquante ans après cette loi, le décret permettant les Sociétés Civiles de Moyens interprofessionnelles n'a pas encore été pris.

Je me souviens que notre excellent confrère Jean-Claud Kross, que certains ont connu magistrat à Chartres puis à Paris, m'a dit un jour qu'il avait toujours perçu l'avocat dans son Cabinet comme un indien dans son tipi.

C'était bien vu. Et le parallèle ne s'arrête pas là. Les indiens se sont opposés à l'inexorable avancée de la frontière de la civilisation. Les avocats s'opposent à l'avancée de la frontière technologique sur leur conception de l'espace privé et des libertés qu'ils conçoivent contre l'intérêt général oppresseur.
Les uns n'avaient pas le moyens de concevoir un autre modèle économique de civilisation, les autres le refusent. L'opposition au Décret "DataJust" qui veut mettre en place une banque de données de références en matière d'indemnité de dommages corporels pour les magistrats est à ce sujet emblématique de la posture des avocats.
Finalement, l'extinction est toujours une question d'adaptation possible ou pas et n'est pas non plus qu'une question de volonté.
Indiens ou avocats, aucune promesse ou engagement n'ont jamais été tenus. Les uns et les autres ont été ou se sont conduits à leur perte en contrepartie d'aides et de soutiens insuffisants et temporaires. La liberté ne se monnaye pas. Rester sur la vague de l'évolution ne se subventionne jamais. En perdant de vue ces réalités économiques et politiques, l'indépendance et l'adaptation qui ne relèvent que des capacités de chacun des acteurs, deviennent rapidement inaccessibles.

Les jeunes ont des idéaux et sont crédules, sensibles aux symboles et à la manipulation des dogmes ou d'appels à la révolte. Les jeunes cons sont pour les indiens. Les vieux sont cyniques et sont dubitatifs, car l'expérience est passée par là. Ils croient au pragmatisme et à l'application du principe de réalité. Ils ne croient plus aux formatages des esprits que l'on veut nous imposer.
Les vieux cons sont pour la Cavalerie.
Puis lorsque l'on accède à la sagesse, vient le moment de penser comme les vieux chefs indiens ou les rois en exil.

Les avocats se tirent des balles idéologiques dans les pieds tous les matins. Ils ont demandé l'indépendance de la Justice qui est le droit régalien consubstantiel de l'autorité de l'Etat et s'étonnent aujourd'hui des conséquences.

Le Parlement de Paris s'est emparé du pouvoir sous Louis XVI, la prise de pouvoir par nos juges contemporains est la conséquence de notre naïve bienpensance d'une conception de la Justice voulue par le Barreau.

Par le fait même, les avocats ont perdu leur rôle politique de contre-pouvoir.

Le seul test d'intelligence valide selon Idriss Aberkane est la capacité de survie dans la nature et pour les groupes, l'intelligence collective, c'est d'être capable d'éviter l'éradication. Pour les avocats c'est de réussir cela dans le monde de la technostructure, de l'avalanche des normes, du digital et des robots, avec une économie où les revenus sont laminés par les prélèvements sociaux et les impôts, en épousant des modes de travail et de vie qui s'américainisent.

Commentaires

Nom: 
Gilles Huvelin

des tuniques bleus
https://t.co/G9sxqs6Yam

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA