Sep
07
"Les traitres"

Auteur: Ivan Rioufol, éditeur: Pierre Guillaume de Roux, publié en janvier 2000. 18 euros. Il a raison Ivan Rioufol. Son pamphlet est un essai journalistique à propos du mouvement des gilets jaunes; armé d'une plume alerte, vive; il décape. Quel style et quelle voix. Il découpe, hache et pulvérise les " traitres" qui nous gouvernent et il dénonce haut leur rhétorique et leurs procédés. Son constat est terrible et rien ne peut le démentir. Ses propos sur l'immigration et nos intellectuels peuvent difficilement de bonne foi être contestés sérieusement. Nos "élites" autoproclamées et cooptées jouent un jeu inconséquent et intrinsèquement dangereux avec des médias en plus complaisants. A ses yeux nous avons au pouvoir au sens large des politiciens imbéciles et malhonnêtes que les gens des ronds-points ne peuvent plus supporter. Sauf qu'il a historiquement tort. D'abord, de tous les temps, ceux qui nous ont dirigé ont rarement été des génies, et rarement des hommes d'État, notre pays a toujours été la proie de carriéristes et d'opportunistes, des financiers dont dépend l'investissement dans lequel s'immisce l'argent du crime, ou à côté duquel constamment de nouveaux réseaux sont créés pour parvenir aux mêmes fins, aujourd'hui les crypto-monnaies, notamment. Par ailleurs cette société de petites gens besogneuses constituant de tous les temps les bataillons et même les armées de "Jacques", a toujours perdu leur combat politique. Sans exception. On ne prendra pas deux fois la Bastille. Depuis, il y a eu les six semaines de Commune de Paris et Adolphe Tiers qui a sauvé deux fois la République, contre la  "populasse" montmartoise et contre le retour de la Monarchie. Oui, ce "petit" peuple, ces fédéralistes, ces girondins, issus de la Province de nos terroirs aux solides traditions a raison. Et c'est pour cela qu'il a aucun avenir parce que le bon sens ne l'emporte jamais. La "classe moyenne" a toujours servi de piétaille à la bougeoisie qui lui a confisqué toutes nos révolutions. Y compris la contestation de mai 1968 qui n'était pas vraiment un soulèvement populaire. Ce n'est même pas un combat d'arrière-garde que nos gilets jaunes ont entamé. C'est le chant du cygne d'une population qui est économiquement moribonde, étrillée, politiquement marginalisée dans sa paupérisation et sa culture. Aujourd'hui le carburant est beaucoup plus cher que lors du début de leur mouvement mais leur épargne ne s'est jamais si bien portée. Leur pouvoir d'achat a augmenté.  Les protestataires actuels du samedi leur ressemblent, mais c'est un mouvement entretenu anti pouvoir à qui de nouveaux slogans sont régulièrement fournis pour entretenir le feu de la contestation. Il a un effet repoussoir. Et même si en 2022 Le Pen l'emportait, ça ne changerait pas le sort des "petites gens" de la première ligne. Pour la bonne et simple raison que notre pays n'en n'a plus les moyens depuis des lustres. Il ne suffirait pas de réaliser une réforme jusqu'aux racines de l'État, il faudrait ramener le pourcentage global des prélèvements sociaux et fiscaux sur le PIB à 30%. Ce qui impliquerait aussi une réforme du périmètre par défaut de l'État qui permettent des économies massives pour redonner du pouvoir d'achat. Évidemment que c'est perdu d'avance. Déjà que les réformes des statuts des dockers, de agents de l'EDF et de la SNCF a consisté à les sortir du giron du droit public pour leur donner les mêmes garanties et avantages effectifs dans des accords d'entreprise et de branche pour éviter toute concurrence sociale, vous imaginez faire disparaître la fonction publique non régalienne ? Alors même que les promesses de supprimer l'ENA et l'ENM n'a conduit qu'au changement de nom de la première et à nommer à la tête du conseil d'administration de la seconde un avocat. C'est comme vouloir parier sur l'intelligence. C'est voué à l'échec. Donc rien ne changera tant que l'effondrement façon grecque, puis vénézuélienne puis le chaos libanais ne seront pas réalisés, puisque ce pays a tout fait pour se scléroser. Et même, le pouvoir ne reviendra pas pour autant au peuple, il sera entre les mains de mafias tenant des gangsters chargés de les incarner. C'est le retour de l'Albanie du temps de la Yougoslavie qui nous sera garanti. Le "néo" libéralisme international que le peuple des gilets jaunes maudit, c'est lui qui lui apporte l'eau potable au robinet et tout un confort qui ne lui serait aucunement accessible sans activer ses défauts les plus criants qui sont incontournables pour y parvenir. Refuser de le comprendre, c'est admettre que des rouges repeints en vert manipulants des ayatollahs "escrologistes" pour tenter de permettre à Poutine et autres dictateurs de "pays démocratiques" de faire rattraper dans tous les domaines les retards de leur société, auraient une autre préoccupation que de vivre en parasite sur le dos des libéraux qu'ils font profession de vomir. Ce sont des violonistes souvent professionnels de l'Orchestre Rouge anti libéral de ce siècle qui ajoutent constamment à notre paralysie des prétextes, des procès en sorcellerie et leurs virus idéologiques. La sincérité d'Ivan Roufiol n'est pas en cause. Je dis que sa vision tonitruante est parcellaire et oublie que ses indignations sont dans un contexte historique, économique, social, culturel qu'il omet ou qu'il rejette, dans les deux cas par une pirouette. L'avenir de notre société est sombre. Mais ce n'est déjà plus la même société dont nous parlons. Le combat avec les banlieues est commencée, l'État de droit dévoyé remis en discussion. Les temps, aussi déplorables sociologiquement ou culturellement parlant, ont été fondamentalement transformés par la technologie. Ce qui a changé depuis la fin des trente glorieuses, c'est l'absence d'une capacité de rebond économique par l'arrivée d'un nouveau champ d'expansion. Seuls les ordinateurs quantiques et la robotisation qui forgeront une société que nos esprits épicuriens et individualistes refusent, feront basculer toutes les théories dans un monde inévitable de contraintes et de confort dont les dictateurs chinois bâtissent le modèle technologique. On peut se rouler par terre, ca ne changera rien. La liberté recule devant la possibilité du moindre effort, la sécurité et une garantie d'un mode de vie consensuellement admis sur ces fondements. Sans remise en cause de notre collectivisme, il n'y a aucun espoir d'y échapper. Sans une révolution libérale, le retour des coups de pied aux fesses et de la méritocratie, c'est bien l'inaptocratie qui régnera au profit des plus médiocres qui ne réclament que confiscations, subsides, du pain et des jeux. Seule la responsabilité de ses fins de mois impliquant la disparition de toutes les formes de statut peut encore sauver la culture, les traditions et l'intelligence de ce pays. Seule le libéralisme rend au peuple ses capacités. Nulle part le règne de l'argent ne peut être abattu sans être remplacé par celui de la misère. Il n'y a pas de règne de l'argent sans banques. La seule question reste alors de savoir si nous voulons faire disparaître l'argent sale du crime organisé en faisant disparaître l'argent liquide et l'anonymat. S'y opposer est un acte de complicité pur et simple. Une telle opposition disqualifie tous les autres discours qui ne sont que des diversions pour permettre la pérennisation d'un système que l'on prétend dénoncer ou combattre, fait de trafics, de corruptions et de blanchiment. Ce système là, a besoin de désordres, de pauvreté et donc d'immigration incontrôlée pour exister afin de mettre la main sur son environnement économique et indirectement ou pas, politique. Choisissez votre camp. Lisez le livre d'Ivan Rioufol, il donne des sujets de réflexion à propos du pourquoi et du comment de l'état de notre société. Et rappelons-nous, c'est le pouvoir qui fait l'État de droit. Jamais l'inverse. La vraie question est de savoir à qui cet Etat de droit sert d'alibi et à quel fin. Ce qui revient à se demander à qui il profite. Des indices sont dans le livre.

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