May
13
L'Europe et le sens de l'histoire

Je ne peux parler que pour moi et un petit groupe d'étudiants. Je me souviens que cette jeunesse espérait beaucoup de l'Europe. Nous appelions de nos voeux une Europe qui ait un sens commun pour tous les européens, une Europe, forte économiquement intellectuellement conquérante, capable d'autorité morale et de se faire respecter. Elle ne pouvait-être, à nos yeux, que fédérale, pour atteindre ces buts. Nous étions dans les débuts des années 70. Salazar était encore au pouvoir au Portugal. Nous contribuions à aider; du moins nous le pensions en bons romantiques; Mario Suarez à échapper à la police politique de la dictature portugaise lors de son exil à Paris. Depuis, nous avons déchanté. La Commission européenne se chargeait de la courbure des bananes, du taux de cacao dans le chocolat, de la couleur du fil de terre; les nouveaux entrants dans l'Union étaient de véritables enclumes politico-économiques, et parmi eux, la Grande-Bretagne ne faisait pas mystère qu'elle adherait à l'Europe pour y faire entrer le Commonwealth et pour paralyser les institutions de l'Union tout en profitant d'un maximum d'aides notamment pour les infrastructures routières en Écosse. Les égos des politiciens et la défense des apparences ont bloqué toute évolution qui puissent permettre de faire accéder l'Europe à une organisation démocratique non supranational. La mise en place d'un espace économique commun et une monnaie en partie commune faisaient espérer un nouveau souffle qui donnerait un nouvel espace politique et une plus grande efficacité à l'Union tout en libérant chaque Etat d'une chape de plomb technocratique selon le principe de subsidiarité pourtant réaffirmé. Ensuite, nous avons eu le sentiment très vif que les gouvernements et les politiciens européens s'abritaient derrière les nationalismes, la lourdeur bureaucratique de l'administration bruxelloise, et l'apparente inefficacité du Parlement européen, pour entretenir la détestation de l'Europe. La crise grecque révèla que l'Union était composée sciemment de bric et de broc qui empêche toute évolution globale positive pour mettre sur pied , ne serait-ce qu'une politique économique, de défense et de politique étrangère commune. La domination de l'Allemagne sans contrôle du Parlement a conduit à la mainmise de Berlin sur le secrétariat général de l'administration de l'Europe. Toute une génération est encore aux manettes qui défendent leur pré carré soutenu par leur entre soi. Bouger les institutions risquerait de remettre en cause leur pouvoir ou leur influence. Le verrou essentiel est la BCE. Tant qu'elle n'aura pas la même fonction que la FED aux USA, la politique européenne économique et la capacité pour l'euro d'être une vraie devise de réserve qui s'impose dans les échanges internationaux ne pourront exister. Ne rien modifier dans ce domaine fondamental revient à maintenir un couvercle en fonte sur l'Europe et favorise exclusivement la plus forte entité économique en Europe, et en l'espèce, c'est l'Allemagne, qui d'ailleurs empêche toute modification des règles monétaires, et financières.
Lancer des programmes qui fédèrent les compétences et les moyens européens sans pouvoir s'appuyer sur une autorité politique européenne est consternant. Certes tout ce qui fédère en Europe les énergies et les compétences démontre peu à peu toujours plus la nécessité d'un pouvoir fédéral européen. Reste que les acteurs politiques européens et nationaux ont d'abord intérêt à profiter de la rente qu'offrent l'immobilisme et le conservatisme des institutions. Le problème est donc de se débarrasser d'une génération en place. Et ça va encore prendre du temps. Sachons qu'un gouverneur d'un État des USA a plus de pouvoir que nos chefs de gouvernement face à leur Union respective et qu'il en est de même de l'autonomie des parlements. L'organisation supranationale européenne est plus contraignante que l'Etat fédéral américain pour chacun de ses membres. Pour l'électeur, se libérer de l'Union Européenne supranational, rigide, qui a ses pesanteurs, ses incapacités, ses faiblesses, c'est opter forcément pour l'Europe fédérale qui structurellement laisse plus d'espaces aux parlements et gouvernant locaux pour la gestion de la vie quotidienne des citoyens. A défaut de se doter d'une constitution européenne qui fédèrera maintenant une partie ou la totalité à terme, les états de l'Union, l'Europe continuera à ne pas pouvoir s'opposer aux méthodes commerciales et aux visées politiques des USA et de la Chine, ni s'opposer aux pressions y compris militaires de la Russie. Maintenant, tout le monde doit savoir que sauter le pas, c'est l'accès à l'indépendance à l'égard des super puissances et acquérir la force et les moyens de faire du commerce avec elles, à égalité.

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