Mar
06
"Non, mais enfin, vous comprenez..."

Oui, je comprends. D'abord à  l'automne un chat Garfieldesque appartenant à une voisine qui donne sur le jardin observait les oiseaux sans espoir d'en attraper un. Un matou gris,blanc et roux à la queue annelée venait de l'immeuble voisin lui rendre visite. Les compères déambulaient benoîtement entre les arbustes. Un chat de gouttière dit européen compléta le trio qui occasionnellement patrouillaient chacun de leur côté en regardant papillons et sauterelles en sautant mollement derrière eux. Un beau matin d'automne, un chaton chétif au yeux vert vînt miauler de faim devant ma baie vitrée au lever du store.  Évidemment je réunis les reliefs du dernier repas et un peu de lait pour calmer sa faim. Le même scénario se répétant dès potron minet chaque jour, je fis l'acquisition par facilité de sachets et de croquettes pour félins parisiens. Rapidement je dus gendarmer pour que le chaton efflanqué ne me passe pas entre les jambes pour entrer dans mon salon. Je passe sur le fait qu'il mangeait avec avidité toute variété de sachet de la nourriture pour chat qui vous lève le coeur dès leur ouverture au petit matin, mais ne touchait pas aux croquettes. Pourtant je remplissais consencieusement d'eau fraîche régulièrement une écuelle posée au milieu de la pelouse à mi-distance du fond du jardin et de ma terrasse. Tout le monde venait s'y baigner: pigeons ramiers, merles et moineaux; et s'y abreuver, les chats en premier.  Fort de ce succès j'installais dans les abrisseaux une maison chargée tous les trois jours de graines et un support pour des boules de graisse mêlée de céréales à qui la gente à  plumes fit fête. Un chat adulte noir au yeux vert comme le chaton, laissant penser à  une parentèle, se présenta avec le rejeton qui ne prenait ni poids ni taille. Je doublais le ravitaillement,  observant que les chats des voisins se faisaient plus rares, mettant sur la fraîcheur arrivée  leur discrétion. Si je pus écouler des croquettes grâce au nouveau venu, je n'allais pas les garder dans le placard éternellement,  je remarquais que deux pies faisaient un sort au reste de la soucoupe des que les matous vagabondaient, et participaient aux ablutions dans la "piscine". Le chaton venant régulièrement tentait toujours d'entrer dans l'appartement et je racompagnai le filou plusieurs fois dehors. Il se fit accompagner ou était suivi dorénavant par deux chats tout comme lui mais plus timorés et adultes. Puis survint un autre semblable.  Rien de grave pour le renouvellement des provisions. Les oiseaux étaient moins empressés dans le jardin et je remarquais de façon olfactive que mes hôtes félins avaient pris soin de transformer mes jardinières en garde robe. Ma voisine ayant le même désagrément répandit citrons en tranche et bicarbonate  de soude parmi ses plantations. Ce qui devaient éloigner les félins me laissa constater que leur digestion en était facilitée. Ma voisine en tout point adorable et cultivée retraitée de l'éducation nationale me confia: "Vous comprenez, ce n'est pas possible tout ces chats, on ne sait même pas d'où ils viennent, ils déterrent mes plantations, grattent au pieds des rosiers dans le jardin, et pissent partout, c'est une infection, mais qui les laissent vagabonder comme ça ? Il y avait un que je  nourrissais de temps en temps, maintenant il y a en a quatre de plus... Ça ne peut pas durer..." Cette confession me fit percevoir que mon affamé de chaton mangeait à tous les râteliers et me jouait habilement une comédie tout en cherchant à se faire adopter. La résistance s'organisa sur notre terrasse. Ma voisine finit par utiliser un répulsif qui ne fût pas d'un grand secours pour protéger ses pots et mes jardinières. Je déposais mon obole de  nourriture dont je réduisis les portions plus loin et je ne renouvelais pas l'approvisionnement lorsque nom stock fut fini. La troupe de chats réclama. Tour à  tour, en groupe, matin ou soir, matin et soir, mais nous avons tenu bon. Après  quelques jours,  où ils passaient que pour boire, désoeuvrés,  ils disparurent du jardin. L'hiver laissa les chats de la  copropriété auprès des âtres et les oiseaux dans le jardin se montrèrent moins soupçonneux. Maintenant, j'attends que quelqu'un vienne me dire quelque chose à propos du sort de ces chats que les propriétaires ont laissé divaguer et se multiplier à charge des riverains. Pour le reste la Ville de Paris a mis partout des panneaux pour signaler que si l'on aime les pigeons il ne faut pas leur donner à manger, et explique à cette occasion très bien pourquoi. Cela est transposable aux chats. Il suffit de le faire.

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