Jul
04
Notre profession d’avocat est en pleine recomposition.

D’abord parce qu’elle s’est montrée rétive à incorporer les Conseils Juridiques à leur métier.  Puis à se considérer comme composée d’entreprises, appellation pour des Cabinets jugée par trop mercantile. Ensuite elle nie encore la réalité d’un marché du droit. Mais comment pourrait-il en être autrement alors qu’elle a résisté au-delà du raisonnable contre la possibilité pour les avocats de faire de la publicité et du démarchage… Et qu’aujourd’hui encore il existe des répugnances consternantes de conservatisme contre l’idée même d’avocats en entreprise.

Cet aveuglement constant se double d’un sentiment las que les Ordres ne font pas respecter la déontologie assez rapidement et fermement, et que lorsqu’ils exercent leur mission c’est lieu de copinage, de prébendes et de favoritisme.  Notre Ordre parait se perdre dans des actions internationales de défense de la défense dans le monde tandis que le quotidien des confrères est de plus en plus difficile. L’incompréhension est totale.

En même temps il y a dans le monde deux mouvements généraux. L’un va vers la reconnaissance par les Etats, dans leur Constitution ; poussé par la jurisprudence des plus hautes Cours Suprêmes ; de l’Avocat indépendant, défenseur incontournable des justiciables. L’autre tend à dispenser les avocats d’adhérer à un Ordre, et d’étendre la protection qui leur est due à tous les juristes.

Et notre organisation professionnelle est redondante, dispersée et s’égaye dans des actions toutes à son honneur mais  hors de toute cohérence dans la méthode ou la stratégie, du moins largement en apparence.

Elle est redondante parce que forte de 164 barreaux, elle est chapeautée par la Conférence des Bâtonniers, qu’elle est représentée pour un peu moins de la moitié de la profession par le Barreau de Paris, qui enfourche tous les chevaux de bataille qui se trouvent à moins de 5 000 lieues à la ronde, et un Conseil National des Barreaux perdu dans un habit encore trop grand.

Ajoutons que le Conseil Consultatif des Barreaux Européens s’est arrogé le rôle de représenter les avocats du continent dont certains lui contestent la direction, et l’Union International des Avocats dont l’œuvre de droit comparé, les travaux préparatoires aux grandes réformes législatives et conventions internationales ne lui suffisent pas car on ne compte pas ses efforts également pour la défense des confrères menacés à travers le monde. Un  observatoire a été créé à cet effet avec également le Barreau de Paris.

Toutes les institutions génèrent des administrations, des technostructures et des dogmes. Chacun par la force des choses étend son pouvoir ou son apparence de pouvoir au-delà de ce qu’il ou elle devrait atteindre. Et tout cela donne un paysage confus, une politique de gribouille, un manque d’unité, de direction.

Faute d’un Barreau national, organisé de façon pyramidale, nous disposons d’un amas de superpositions qui s’est écrasé sous son propre poids auquel celui des egos s’ajoute et divise.

D’éminents confrères ont été élus pour représenter les avocats à la tête de leur Ordre, auprès de la CARPA, la CNBF, au sein de syndicats et d’organisations professionnelles diverses, dont ils sont devenus pour certains des permanents.

Ils ont une haute opinion de leur mission, souvent bénévoles, qui ne sont faites que de devoirs.

De sorte qu’ils sont persuadés trop souvent d’une légitimité et d’une autorité qui les portent à des niveaux où une remarque devient un grief ; une suggestion, une attaque personnelle ; une critique, une injure ; et une discussion vous rend l’objet d’un procès en sorcellerie.

On ne touche pas impunément au temple, à la robe devenue toge, et la haute idée que tous doivent, de façon unanime, se faire du rôle que s’est forgé  votre interlocuteur portant au-delà de toute attente l’élévation de nos institutions loin de la perception de la vie quotidienne des avocats dont beaucoup sont modestes, ou à l’opposé, ne doivent rien au métier tel que notre profession le conçoit.

D’où pour les premiers le sentiment d’une rancœur doublée de soupçons qui conduisent à l’expression de malveillances ou de ragots, et pour les seconds l’expression d’un mépris et d’un éloignement de nos institutions, ainsi que de tout ce qui tournent autour.

Tous appellent à plus de pragmatisme, de rigueur et d’humilité.

A titre principal, de façon générale, les confrères souhaitent, au-delà des fonctions statutaires comme par exemple l’établissement du tableau pour les Ordres, qu’ils se contentent, au moins mais pour bien le faire, de veiller à la saine application sans faillir de notre déontologie, de la qualité de la formation des avocats, d’un minimum de solidarité lorsqu’elle est nécessaire, d’assurer les bonnes relations avec les juridictions de leur ressort et une défense sourcilleuse du périmètre du droit.

Ce n’est qu’au prix d’un recentrage sur des priorités acceptées qu’il n’apparaitra plus que les candidats aux fonctions ordinales ne le sont pas que dans l’intérêt de leur carrière, aux yeux de ceux qui estiment que les réunions, les cocktails, les remises de médailles favorisent d’abord l’entre soi et ensuite l’autosatisfaction.

Si nous percevons bien que nos élus font beaucoup, leur communication reste déplorable. La publicité des réunions du Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris a disparu depuis le 24 mai. C’est uniquement pour des raisons de changement de prestataire, ce qui est totalement méconnu, et laisse donc à penser que la censure est revenue.

Les Etats Généraux de la Collaboration est une chance pour élever le Barreau de Paris autour du partage et du partenariat intergénérationnel plutôt que de rester dans la conception étriquée de « collaborateur libéral »  qui peut l’être que de nom. Que les "E.G.C." deviennent les Etats Généreux de la Collaboration en faisant du partenariat intergénérationnel  la base du développement des Cabinets !

Je gage que le rendez-vous ne sera pas manqué car souvenons-nous : « La vie est trop courte pour être petite » !

Cela vaut pour les confrères installés comme pour les collaborateurs.

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