Jun
17
Nous défendons des idéaux.

Enveloppés dans une robe , avocats, nous sommes innocents des conséquences des principes qui ne servent à rien pour résoudre les problèmes qu'ils ont engendrés.
On peut même s'en indigner en clamant qu'il faut persévérer puisque nous sommes le Sel de la Terre ou les gardiens du Temple des Droits.
Peu importe ce qui peut arriver car nous sommes du côté de l'idéal. Un peu comme les défenseurs de la paix face à la montée du nazisme. La hauteur de nos valeurs les rendent inatteignables et nous par le fait même. Comme la bienpensance a donné les pouvoirs à Pétain, nous ferons le lit des extrêmes au point même de pousser les électeurs excédés et exsangues à accepter leur coalition, que nous dénonceront s'ils sont d'extrême droite, et nous trouverons taisants s'ils sont d'extrême gauche.

Nous avons voulu l'indépendance de la Justice qui est le pouvoir régalien consubstantiel de l'autorité de l'État. Nos gauchistes avaient compris qu'il fallait donc l'abattre en lui retirant tous les leviers sur l'exercice de son pouvoir judiciaire.

Depuis "la Justice" montre son indépendance en faisant ce qu'elle veut sans que ses acteurs supportent la moindre responsabilité. Comment peut-on donner son indépendance à des personnes qui ne sont pas responsables de leur fin de mois et sont syndiqués ? C'est évidemment un aberration intellectuelle. Tout cela est une politique de gribouille pour laquelle on demande tout et son contraire.

Le Barreau avec l'indépendance de la Justice, dont il se plaint des conséquences, a perdu son contre pouvoir politique.

Mais pourquoi serions-nous coupables et responsables du résultat, parce que citoyens et acteurs au quotidien de la Justice ? Qui pourrait oser nous assigner ailleurs que devant le Tribunal de l'Histoire ? Et même ainsi, le Barreau aurait-il seul dans le concert donné par l'Orchestre de la doxa fait plus de bruit au point de couvrir son bruit ambiant et de se faire remarquer des historiens à venir ?
En fait, le Barreau qui a refusé courageusement depuis la loi de 1971 toutes les opportunités de faire évoluer son modèle économique, s'est fait tailler héroïquement des croupières par les notaires, les experts-comptables et a refusé glorieusement toutes les réformes, ne représente plus rien, ni politiquement, ni autrement, laminé sous le poids de ses choix économiques, discrédité par son conservatisme et son manque de vision. Nous répétons trop souvent que nous n'agissons pas par corporatisme comme n'importe quels grévistes de services publics pour être crédibles. Nous nous accrochons à l'indépendance de la CARPA, demain nous supplierons, face aux taux négatifs, la Caisse des dépôts de la substituer pour ne pas avoir à supporter les frais de gestion. Face aux conséquences de la pandémie du Covid-19 (qui va pousser beaucoup de confrères à partir en retraite plus tôt, faire renoncer d'autres à notre métier, provoquer la faillite de trop nombreux Cabinets), notre Caisse de retraite doit refaire ses projections, sachant qu'une augmentation des cotisations la pousserait dans le modèle honni que la réforme gouvernementale propose.
La perspective économique de la profession paupérisée déjà avant la période de confinement annonçait des difficultés à moyen terme. La période d'urgence sanitaire précipite notre affrontement avec la réalité, là aussi.
Je gage que nos candidats les plus brillants aux élections professionnelles ne manqueront pas de présenter des programmes pour des décisions qui ne sont pas de la compétence de nos institutions. Sans omettre de demander plus de moyens qui n'existent pas sans aggravation des déficits en faveur des empêcheurs de tourner en rond. Las, la Chancellerie a d'autres chats à fouetter. La remise en cause va s'imposer pour notre profession aussi cruellement que l'urgence des réformes à l'egard de l'ensemble de nos concitoyens pour retrouver les équilibres structurels de nos finances publiques et de nos dépenses sociales, dont personne ne veut entendre parler mais sur lesquels nous ne pouvons pas faire l'impasse. En attendant, nous allons pouvoir lire beaucoup de lyrisme sur fond d'ignorance des règles élémentaires de l'économie, manipulant les frustrations et instrumentalisant les fantasmes pour une Justice qu'une part non négligeable et honorable du Barreau voudrait concrètement maintenir dans le XXe siècle.

Si nous devons sauver la profession, ce sera par ses seuls efforts en entrant dans le 21e siècle, changeant nos rapports aux juges, à la puissance publique, en prenant conscience que les "legaltechs" sont déjà dépassées, le statut des collab' libéraux, un exception balzacienne.

La seule préoccupation des Ordres devraient être de faire respecter la déontologie et la confraternité. Strictement.

L'ENM est l'ENA de la magistrature comme Sciences Po. est devenue l'ENA du secteur privé. Pour pérenniser ces filières, il ne faut rien changer. Nos prébendiers sont prêts uniquement à invoquer la bêtise du discours économique de l'extrême gauche et agiter la peur de l'extrême droite, mais pas à se remettre en cause. Sauver l'ENA, l'ENM et "les corps intermédiaires" ne se confond pas avec l'intérêt général.

Voilà, je viens de vous donner quelques sujets de discussion pour vous faire des amis au Palais de Justice. Profitez-en. Songez aussi que la loi de Murphy est en France la seule qui nous gouverne.

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