Dec
17
Ordres, solidarité et CNBF.

En 2019, 25% des avocats déclarent un revenu représentant ensemble 3,9% des revenus nets de tous les avocats ; 50% des avocats déclarent un revenu inférieur à 46.119 €, 25% des avocats déclarent un revenu cumulé égal à 76% des revenus nets déclarés par tous les avocats. Ces chiffres émanent de la CNBF. D'après ses actuaires les réserves de la Caisse qui sont d'un peu plus de 2 milliards 200 millions permettent de garantir le versement de la retraite de base jusqu'en 2044 et jusqu'en 2054 pour le regime complémentaire. La durée de service de la retraite à ses bénéficiaires est en moyenne de 16 ans. Quel est alors l'intérêt de garder des réserves qui garantissent le versement des pensions pendant 24 ans pour la retraite de base et pendant 34 ans pour le regime complémentaire ? A quoi sert l'autonomie de la gestion de la CNBF si elle conduit à laisser le pouvoir d'achat des pensions s'éroder davantage chaque année ?
En même temps, elle a versé des aides aux avocats dans une situation encore plus critique qu'en 2019 du fait de la pandémie. Au nom de la solidarité, la gauche du Barreau n'a pas plus de problème avec l'argent des autres qu'en dehors du Barreau, la Caisse de Retraite dont ce n'est pas l'objet, a semé la manne. L'argent magique, ce sont ses réserves et les réserves sont des cotisations. Je considère que la solidarité doit peser sur les Ordres. Certainement pas sur les institutions dont ce n'est pas la raison d'être. Ce qui n'engage que moi. Retenons au passage que les avocats perçoivent une retraite de base de 1 450 euros bruts avant retenues à la source des cotisations sociales et des impôts, à condition d'avoir validé 166 trimestres ou d'avoir atteint l'âge de 67 ans. Et la retraite moyenne brute perçue par un avocat est de 2 125 euros (le dernier montant connu publiquement est de 2017). La pension moyenne de droit direct tous régimes confondus des retraités résidant en France s'établit à 1 504 euros bruts mensuels. En tenant compte des prélèvements sociaux, la pension moyenne s'élève à 1 382 euros nets avant impôts. La population des retraités de la profession n'est donc pas la privilégiée que la CNBF nous dit. Pire, si on considère qu'en 2012 (dernière statistique nationale disponible) la retraite moyenne des cadres du privé s'élèvait à 2 718 € par mois pour les hommes et 2 126 € pour les femmes, soit une moyenne globale autour de 2 400 euros bruts. Très loin de celle reçue par les avocats par conséquent, même en comparaison avec les chiffres de la CNBF 2017.
Pour les cadres supérieurs le montant moyen est de 2 700 euros. Les avocats retraités en sont encore plus loin. La solidarité de la Caisse pourrait dans ce contexte aller à ses retraités et elle pourrait avant que la réforme intervienne, disposer de ses réserves en les reduisant à la garantie de la seule durée moyenne de service de ses pensions. Même en passant de 16 ans comme cela était le cas en 2019 à 20 ans, il resterait une marge considérable utilisable pour cesser de laisser le pouvoir d'achat des pensions s'éroder chaque année comme c'est le cas depuis leur liquidation. Inacceptable politique de gribouille sur fond de jeu de bonneteau où il est constitué des réserves avec les cotisations de ceux qui n'en profiteront pas à l'avantage de ceux qui ne contiseront pas assez, les mêmes à qui les cotisants d'hier doivent verser des subventions sur les sommes qu'on a déjà décidé de leur confisquer. Tout cela pour maintenir la tête hors de l'eau à un modèle économique périmé, alors même que les cotisations devraient augmenter de 30% avant de doubler si la CNBF voulait verser des pensions comparables au reste du secteur privé moyen alors même qu'elles devraient être au niveau de celles des cadres supérieurs. Pour parvenir à un objectif assez lamentable, elle fait de l'effet de l'inflation, celle du ticket de caisse de votre supermarché et donc de l'érosion du montant de ses pensions, une variable d'ajustement pour la fixation du prix du point de la retraite complémentaire et une ressource du financement de la retraite de base. Tout cela pour ne pas avoir le courage de dire à 20 à 30% de la profession qu'elle doit se réformer ou l'être. Et cela se fait aux dépens des autres, ce qui est la règle du socialisme collectiviste bienpensant.
Dans ce contexte, on comprend mieux l'acharnement à maintenir le système actuel contre un changement de paradigme qui responsabiliserait la profession.

Décidément, la responsabilité est un gros mot. Et le courage, un effrayant défi. Il y a une part de démission dans tout cela. Elle contribue à la clochardisation rampante qui progresse dans l'ensemble du pays.

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