May
08
Paris vaut bien un coup de gueule...

Être responsable d'une "ville monde" est certainement un lourd travail. C'est certainement aussi complexe en considération de la législation et du millefeuille qui pèsent sur la gestion d'une collectivité territoriale et de la tutelle autant que de la concurrence de l'Etat, des égos, postures et dogmes.
Cependant il y a des réalités qui font que n'importe quel habitant lambda ne peut comprendre spontanément et même après mûres réflexions des décisions ou des situations qui paraissent violemment absurdes. J'en veux pour preuve ce que le commun des mortels ressent en regardant le "haut le coeur" de la Place de Clignancourt qui a été redessinée. Peu ou pas de mobilier urbain supplémentaire, ni de végétation, mais de larges surface d'asphalte et un mât. En haut, un grand coeur rouge tourne doucement et clignote à la nuit tombée. Coût, 650 000 euros. Stupéfaction. En plus il y a dans le quartier Clignancourt des SDF que cet argent aurait permis de loger. Pendant ce temps, des associations sont subventionnées pour aider ces SDF à se maintenir dans la rue. C'est quoi cette politique de gribouille ?
Pourquoi, dans ces conditions, entendons-nous alors chaque hiver tout le monde protester contre le manque d'abris ?
Quel est le sens des priorités qui anime nos décideurs ? Un programme de construction d'oeuvres monumentales le long des boulevard des Maréchaux et de la ligne du tramway T3bis devrait coûter 11 millions d'euros et plus. Ne parlons pas des 6 milliards du projet de budget pour les JO dont Paris n'a pas le premier euro...alors que nous avons plusieurs milliers de sans-abri dans la Capitale.
Il m'est répondu qu'il n'est pas possible de contraindre les clochards à quitter leurs conditions. Ce qui n'était pas le cas autrefois lorsque le délit de vagabondage existait et que les "bleus" les emmenaient à Nanterre. En tout état de cause, c'est bel et bien un choix et une responsabilité politique, celui de l'autorité notamment.
Et c'est à mon sens la marque de notre époque. Quelque soit le sujet.
Chacun prend sa part de responsabilité comme il l'entend mais je constate que le marqueur de notre époque est le problème de l'autorité, dans tous les domaines de notre actualité depuis plusieurs décennies. Quelque soit le sujet, le sens des priorités est commandé par la démission de l'autorité.
La consommation de l'alcool, comme du tabac, sur la voie publique ne devrait plus être autorisée pour des raisons évidentes de salubrité et d'ordre public, au même titre que la consommation de cannabis et du crack. Le prix pour la Santé publique en vaut la chandelle. Mais entre prévention et dissuassion, la sanction effective n'existe pas dans ce domaine comme pour le reste. Paris est la ville où je vois des gens déposer ou jeter des détritus sur les trottoir, pratiquer l'affichage sauvage, pisser contre les murs, cracher ou se moucher par terre.
Derrière ce tableau, il y a le choix constant de la facilité. Le pouvoir politique est démagogique. Ne pas reprimer, c'est une façon d'acheter la paix sociale, et la complaisance envers des comportements inacceptables ici, est une façon de ne pas affronter des populations dans des quartiers. Ainsi des vendeurs à la sauvette ont matériellement leur point de vente constant Place de Clignancourt, mais pas seulement bien sûr, ce n'est qu'un exemple, sans que la mairie ou la police nationale ne fassent respecter la loi. À la barbe des commerçants qui paient patente, en déposant leurs détritus sur la voirie, sans contribuer à quoique ce soit. Là où vous avez des vendeurs même plus à la sauvette, vous avez des gardiens de mur et des traîne savate, des petits trafics, de la prostitution, des rackets. Il ne suffira pas d'avoir une vraie police municipale comme à Rome. Il faudra des sanctions promptes et effectives. Celles-ci dans notre loi ont pour but la réinsertion et la réhabilitation. La protection de la société n'est pas mentionnée dans notre Code Pénal comme but de la sanction. Vous imaginez les conséquences philosophiques sur le fonctionnement de notre Justice, la Police, mais qui se préoccupe des conséquences sur notre société dans son quotidien ?
Il en va de même intellectuellement en ce qui concerne deux autres sujets qui préoccupent officiellement nos élus municipaux: l'environnement, donc la biodiversité, et les transports publics.
Sur le premier chapitre, nous ne cessons d'entendre parler de plus d'espaces verts à Paris. Mais il n'y a aucune politique volontariste de créer des parcs dans la Capitale. Ce qui impliquerait des mesures d'expropriation. Nous voyons bien qu'à chaque fois qu'un espace constructible se libère, il n'est pas planté d'arbres. Il n'y a ni friche, ni bosquets ou taillis dans Paris. Les arbres sont rognés, décapités au nom du principe de précaution, dès fois qu'une branche tomberait. La Petite Ceinture, voie ferrée appartenant à la SNCF, est désaffectée depuis des lustres, n'est pas transformée pour autant en promenade plantée. Les terrasses des cafés sont régulièrement balayées pour lutter contre la prolifération des pigeons et concrètement les oiseaux n'ont rien pour se nourrir dans la ville. Il n'y a plus d'insectes nulle part. Ceux qui peuvent se souvenir des papiers tue mouche couverts d'insectes et des pare-brise des voitures que l'on lavait à chaque arrêt à une station service, comprennent ce que je dis. Le sort des oiseaux ou des petits vertébrés qui peuplent les planches de nos livres décrivant nos jardins des années 50 est scellé: On ne les voit plus. Ceux qui subsistent sont de moins en moins nombreux. Concrètement, cela perturbe qui ? Plus on parle d'un sujet et moins on en fait. Comme nos édiles ne parlent que d'environnement et de biodiversité, la conclusion est vite tirée. C'est la même chose que pour les sans-abris. On en parle beaucoup mais ce n'est manifestement pas une priorité, comme nous l'avons vu. Nos pouvoirs publics n'en sont pas ou ils sont peuplés d'hypocrites. En ce qui concerne les transports publics, on est dans l'aberration des contradictions. Après avoir entretenu un retard de plus de quinze ans sur Tokyo qui a éradiqué les moteurs gasoil de façon ferme et progressive en dix ans, aucune mesure de circulation réglementée dans le centre de la ville n'a été prise alors que cela est fait dans toutes les capitales du Nord de l'Europe, Londres et Rome étant par ailleurs des exemples emblématiques, depuis longtemps dans ce domaine. Pour chaque sujet, je constate l'absence de volonté de prendre une décision , de fermeté dans l'exécution, d'autorité pour faire respecter les choix politiques dont on ne fait que de parler. A très grands frais, parce qu'il a fallu notamment le réaliser sur les remblais des fossés des fortifications de Paris, le tramway progresse autour de Paris, doublant les voies ferrées désaffectées de la Petite Ceinture de la SNCF, service public non encore privatisé, qui ne sont pas réhabilitées pour autant pour le transport de marchandises ou des messageries. Elles sont à l'abandon. Depuis des dizaines d'années. Ces incohérences qui perdurent sont dignes du pire régime bureaucratique communiste. Le meilleur exemple du n'importe quoi pour le parisien est la gestion de la circulation. Depuis plusieurs années de nombreux travaux sont réalisés avec pour seul objectif d'entraver la circulation automobile, qui pénalise en même temps la circulation des utilitaires des entreprises, des taxis, ralentit celle des bus, de la Police, des pompiers et des ambulances, ce qui est un comble. Tout cela parce que l'on n'a pas osé prendre carrément une mesure d'interdiction des voitures dans le coeur de la Ville et/ou une mesure de limitation de circulation dans Paris. En fait cette politique est celle de l'improvisation et des demies mesures faute d'avoir su anticiper. Il fallait, il y a plus de 20 ans repenser l'urbanisme et de ce fait avoir du courage, repenser les transports en commun, dont la pollution est plus de dix fois supérieure sous terre qu'en surface, interdire le diesel, et aérer la Ville. Résultat de la gestion à la petite semaine ? Non seulement les grandes artères et les portes de Paris, les autoroutes d'accès sur Paris, sont surchargées, voire pour ces dernières bloquées, mais les petites rues de la Capitale sont aussi trombosées aux heures de pointe. Le calme et la quiétude les ont quitté, et elles ont gagné en pollution quotidienne.
Y-a-t'il un sujet sur lequel nous pouvons constater une véritable volonté d'appliquer des solutions qui ne soient pas uniquement verbales et dogmatiques mais pragmatiques et effectives ? Finalement qu'est-ce qui a animé une forme d 'incurie de notre classe politique pendant 80 années de collectivisme rampant, 45 ans de déficits pas seulement budgétaires cumulés et 16 ans de balance des paiement de plus en plus négative sans discontinuer ? L'incompétence ? Sa prise d'otage par la bienpensance d'une gauche irresponsable ? La corruption ? La lâcheté face aux corps intermédiaires paralysant le secteur public et menaçant constamment le pays de leurs grèves aux fins de racket social permanent ?
Maintenant que le pays et notre Capitale croulent sous plus de la moitié du Pib consacré à la redistribution sociale qui plombe notre économie, faut-Il continuer à ne pas réformer de fond en comble notre État, ses dépenses courantes, ses impôts, son système social, son organisation territoriale hallucinante, et arrêter d'investir dans des œuvres d'art dispendieuses à côté des SDF enroulés dans leur "sac à viande" ?! Ce sont des procédés de dictatures des satellites soviétiques qui nous sont imposés: ils se font plaisir. Soyons clairs: si le secteur privé était géré comme le secteur public, ne serait-ce seulement, ses personnels, il aurait déposé son bilan. Maintenant, ça suffit. Il faut permettre en France, le "spoil system" si on veut éviter les statu quo et le confortable immobilisme qui laisse l'administration s'auto-gérer et pérenniser sa vision de la société, tout en se maintenant en ménageant les choux et les fleurs, et ne jamais rien décider en considérant que la bonne gestion, c'est avant tout l'application du sacré saint principe: "pas de vague". Il faut en finir avec les écoles nationales "chausse pied", qui donne une carrière à vie à des personnes qui sortent de l'Université pour entrer directement dans l'administration. Le statut de la fonction public doit disparaître. Il faut des contractuels, des personnels issus du privé avec beaucoup d'expérience de terrain. Le droit public qui est l'émanation de la main mise de l'Administration sur l'Etat doit être remis à plat pour que ce dernier retrouve des marges de manoeuvre, des capacités de réaction, et d'efficacité. En parlant de Paris au quotidien, on se rend compte que c'est toute notre société qu'il faut réformer.
Le coup de balai qui doit virer cette classe politique issue de la mentalité de la période qui nous a plombé pour longtemps notre économie et notre structure étatique est loin d'être terminé.

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