Aug
25
Philippe BILGER & "LOVE"

Je ne savais pas que le film "Love" était sorti sur les écrans. Et puis comme mon blog est le 11ième blog juridique le plus lu cet été, j'ai voulu voir qui étaient les dix premiers. Je suis ainsi tombé sur le blog de Philippe Bilger que j'ai rencontré et entendu comme tout le monde dans différentes réunions publiques. C'est comme cela que j'ai lu son billet d'humeur rédigé sur la polémique née du classement du film "Love" interdit au moins de 16 ans, devenu sur le recours d'une association une interdiction aux moins de 18 ans. Ce qui a eu pour effet selon Philippe Bilger de faire de la publicité à ce film, ce qui était à ses yeux assez déplacé car de son point de vu, c'est un mauvais film en plus de cela trop long. Personnellement je ne partage pas toujours les opinions de Philippe Bilger, sauf sur  la légitime défense. Comme c'est encore les vacations et que le cinéma UGC Les Halles, qui possède 32 salles, est sur ma ligne de métro je me suis décidé à aller voir hier "Love" à  la séance de 14h25,  après avoir pris un verre de Guinness à  la terrasse d'un Pub irlandais, tenu comme il se doit par une personne d'origine peut-être pakistanaise, rue du Jour, en face des marches de l'église Saint-Eutache (j'aurais pu imiter la voix de Philippe Bilger, mais vous ne m'auriez pas entendu).
Arrivé malgré tout assez en avance j'ai assisté à  la sortie des spectateurs de la séance précédente. Une douzaine de personnes seules,  majoritairement des hommes plutôt âgés et mal portant, l'un portant encore ses lunettes 3D. C'est à ce moment que je me suis rendu compte que je n'avais pas donné à l'accueil mon bon d'échange d'une valeur de 1euro pour acquérir les fameuses lunettes.

Le film durant 2 h15 la séance précédente n'était que la troisième de la journée,  En revanche celle du début de l'après-midi avait attiré beaucoup de monde sans doute grâce à  la mauvaise critique de Philippe Bilger. Beaucoup de jeunes souvent en couple étaient venus remplir au 2/3 la salle numéro 5 de ce cinéma.  Celle qui porte le numéro 1 faisait salle comble vu la file d’attente avec "Mission impossible".

Philippe Bilger n'a pas apprécié le film "LOVE"au nom d’une vision artistique personnelle et d’une conception  assez moralisatrice de ce que doit être une oeuvre du 7ième art car la forme l'a privé semble-t'il du fond.

Je ne vous parle pas du contexte du récit pour m’en tenir à ce qui m’a semblé en être l’essence : C'est une histoire d'amour et de sexe passionnelle. L'amant qui est le récitant de cette histoire ne s'en remet pas. Tout le film est le récit de son addiction qui conduit à tous les excès. Cette passion amoureuse et sexuelle est, elle-même une drogue, qui le détruit comme celles qu'il a consommé pour la vivre et après pour supporter son état de manque qui le mine et resurgit violemment. Ce film est une description "neurologique" de cette passion qui est une forme de déréglement mental. Les partenaires dans leur immersion sont incapables (faute d'avoir vu un tel film) de gérer leur situation, la cause de leur séparation, leur rupture et ses suites. Les jeunes spectateurs qui ont vu ce film trouveront- ils  pour autant dans le souvenir de celui - ci, les mécanismes qui leur permettront de ne pas être détruit par la fin d'une violente ( par son intensité) histoire d'amour ? Il me semble que pour apprécier ce film, il faut être passé par cet enfer qui est proche de celui d'une sortie de drogue. Philippe Bilger y a peut-être échappé.  S'il est passé par là, il pourrait concevoir l'aspect pédagogique de ce film comme un roman, un essai philosophique, comme toute oeuvre  peut l’être.

La polémique à  propos de l'âge des spectateurs autorisés n'était pas illégitime. Faute d'expérience d'un vécu ce film peut être considéré comme un film, avec ses scènes de sexe, racoleur, qui choquera les plus inexpérimentés. Or elles sont utiles à l'appréhension  de la dimension de la passion. 

Pour le reste, ce que j’en ai à dire  me rappelle  le cas d'une chanson de Jean-Jacques Goldmann pour laquelle il explique qu'elle ne peut pas être comprise avant 50 ans. Ce en quoi il a raison.

La critique de Philippe Bilger me laisse à penser en ce qui concerne ce film que ce n'est pas une question d'âge. Quant à la durée du film elle m'apparaît être utile pour faire percevoir la profondeur de la douleur du manque et de la quête d'un espoir absurde. Ce n'est pas la première fois qu'un avocat n'a pas le même point de vue qu'un procureur. Ni la dernière. Mais ce n'est pas ici une question d'opinion ou d'analyse « sociétale » comme on dit aujourd'hui. . Il me semble qu'il est inutile de s'arrêter au contexte culturel dans lequel les protagonistes sont manipulés dans le scénario.  C'est un parti pris à mon avis de l'auteur qui avait besoin de faire parvenir au paroxisme son propos. A défaut d'excès et de marginalité la montée  en puissance et la déchéance du narrateur dans cet amour, ce qui inclut la sexualité, n'auraient pas été restituées dans toute leur violence. Il fallait trouver un moyen de montrer à  la fois l'intensité et la longueur  autant que le mécanisme de la douleur. D'où 2h15, la longueur du film illustre le naufrage progressif qui tourmente le personnage principal. Reste la relation au temps et au présent qui doit s'imposer à celui-ci comme une bouée de sauvetage dont il n'est pas certain qu'il trouve la force de se saisir. La dernière scène laisse la question en suspens. Personne ne peut souhaiter même à son pire ennemi la souffrance d'un amour perdu et pire une désillusion qui pourrait lui succéder. C'est l'objet du film que tout spectateur peut regarder sous un autre angle en fonction de sa sensibilité et son expérience. Et donc de passer à côté. Cela illustre l'impossibilité de transmettre une expérience comme il est impossible pour un aveugle congénitale d'appréhender une couleur. Il est presque impossible de se poser des questions sur ce que l'on ignore.

. C'est un peu comme quand vous entendez un juge d'instruction poser des questions dans une affaire de légitime défense. On se demande comment ramener tout le monde sur la planète réalité. Si vous ne savez pas ce qu'est une agression passer votre tour a-t-on envie de lui dire...
Ce film vous paraîtra d'autant plus beau si vous avez rencontrer un amour qui vous irradie. Vous avez une chance inouïe. Cultivez-la.
Et maintenant bonne séance en V.O. et 3D.

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