Sep
13
On rit des nouvelles bêtises, mais pas comme avant...

parce que c'était de bon coeur et sans penser à mal. Nous habitions de grandes maisons. Elles réussissaient trois, parfois, pendant peu d'années, quatre générations. Des lopins de terre permettaient de la polyculture, un peu de vigne, des fuitiers, et d'élever une dizaine de vaches laitières. Elles avaient chacune leur nom marqué à la craie sur une ardoise au dessus de leur place dans l'étable. Les dernières s'appelaient Madeleine, Marguerite, Mercedes...Deux boeufs, l'un s'appelait Bijou...ils passaient la tonne chacun à la sortie de l'hiver et ne rentraient plus dans les brancards de la charette. Les premiers labours de printemps arrangeaient cela. Le dernier chien était un berger allemand qui a fait une carrière dans l'armée avec un cousin lieutenant dans l'infanterie. Tradition. Impossible pour les enfants de jouer à cache-cache avec ce chien, il les ramenait un par un. Puis ils sont entrés un peu près tous dans l'administration et sont partis. Bien entendu, il n'y avait pas l'eau courante, il y avait un établi, de vieux outils, quelques vieilles photos sous verre, et des lampes à pétrole. Le médecin de famille était celui du village et du canton. Il a accouché trois générations de femmes à la maison. Lorsqu'il a ouvert un lit de travail derrière son Cabinet, cette modernité a abasourdi tout le monde. Je lève mon verre aux derniers survivants de cette époque dispersés par les avions sur les cinq continents. Ma visite du musée de Philadelphie est virtuelle. J'ai un écran à résolution d'image inégalée. Le son est parfait. Le télétravail, le mariage pour tous, le célibat de la moitié des parisens au famille de un ou deux enfants, dont les grands parents finiront leur vie en institution... La dématérialisation, les robots, je sais que la génétique, le post-humanisme, la GPA, les naissances à partir d'embryons après la mort d'un ou des deux parents, l'abandon de tout rapport avec le droit romain, l'emporteront. On travaillait du matin au soir mais au pas des chevaux. On aiguisait la faux et les vaches n'étaient pas nourries avec des granulés même l'hiver. Les 35 h ont apporté le stress. Rien ne changeait. On se met à jour tous les matins et nous sommes à flux tendu comme nos nerfs soumis à l'immédiateté. La complexification est renouvelée quotidiennement. Ce qui sépare notre société en deux mondes et fonde une nouvelle aristocratie dans une démocratie où le Saint-Simonnisme n'est pas la philosophie dominante pour tous les scrutins et un avenir en recomposition permanente. Ma génération n'est pas nostalgique. Ce monde et nos jours sont extraordinaires, d'un luxe incroyable. Elle se souvient simplement qu'il y avait quatre saisons tranchées, s'émerveille d'écouter Vivaldi, et s'est habituée à avoir de l'eau chaude au robinet, et à la perte de l'usage du point virgule.

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Nom: 
Gilles Huvelin
Site: 
www.scphuvelin.com

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