Jun
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Sylvie• et ses voisins

(•le prénom a été changé comme il se doit) L'histoire est banale. Nous pouvons en lire régulièrement dans les tabloïds anglais et nos journaux populaires. Seulement, lorsque vous connaissez la personne concernée et que vous la voyez dépérir au fil des semaines, c'est autre chose que de lire un article de Presse en tenant une feuille de journal. Elle habite dans un H.L.M. bas de gamme dans une vieille cité d'une banlieue que les journalistes qualifient de pourrie lorsqu'il se fait tard et qu'il n'est pas nécessaire d'utiliser des euphémismes politiciens. Elle gagne peu d'argent. Son salaire est juste un peu au-dessus du smic mais elle ne fait pas un plein temps pour un job de bureau que les nouvelles procédures et le numérique ont vidé de son opportunité. Son employeur est une structure paternaliste dont les ressources ne dépendent pas de l'efficacité. Elle passe son temps à tailler des bavettes avec les visiteurs et au téléphone avec ses enfants en stage, au chômage ou en interim, parfois en CDD, au téléphone. Elle n'a plus rien d'autre à faire que rendre de menus services, d'orienter les personnes, de distiller quelques renseignements. L'organisation qui l'emploie l'a gardée parce qu'elle a arrêté ses études trop tôt et pas de formation, qu'elle est mariée à un handicapé qui ne retrouve pas de travail depuis de très nombreuses années, à la suite d'un accident du travail, qu'ils ont deux enfants et qu'au moment où son poste n'avait plus aucune de raison d'être, elle était trop âgée pour trouver une autre place. Habitant trop loin, elle n'a jamais accepté de se former en dehors des heures de bureau à l'époque où son travail était effectif et à plein temps. Des cas de ce genre, il y en a partout. Y compris dans de fragiles Cabinets d'avocat. Son employeur ne l'a pas licenciée.Tout le monde sait que les employeurs sont des salauds. Un jour quelqu'un lui expliquera qu'elle a été "placardisée". Son HLM a changé peu à peu. Son mari et elle sont maintenant les seuls blancs de la cage d'escalier où le taux de chômage est au moins le double de la moyenne nationale. La sociologie des habitants a changé deux fois ces dernières années. Les enfants plus nombreux et plus mals polis jouent encore plus bruyamment dans les escaliers, les paliers et les couloirs sont délibérément squattés et sont lieux de palabres interminables ou de disputes sonores . Des voisins écoutent ou font violemment de la musique qui n'est pas de chambre, à pas d'heure. C'est souvent un bruit de fiesta dans l'immeuble avec des allées-venues jusqu'à tard dans la nuit. L'appartement au-dessus du sien est transformé en cuisine sauvage africaine qui fournit de jour et de nuit des restaurants ou des traiteurs, des fêtes de famille. Des bassines de plats vont et viennent bruyamment, les livraisons ont lieu en bas de l'immeuble depuis une camionnette qui sert de lieu de stockage. L'immeuble embaume de ce commerce qui laisse des traces partout. Mais entre les graffitis sur les murs et d'autres dégradations diverses on peut simplement glisser dessus. S'ajoute la consommation locale de haschich, ses dérives et conséquences et de la prostitution occasionnelle ou pas. Elle voulait simplement pouvoir dormir. Elle a protesté. Elle a retrouvé sa voiture rayée, sa boite aux lettres cassée. Elle s'est plainte auprès de l'organisme de HLM. et une tentative de conciliation a eu lieu. Les voisins ont dit qu'ils feront attention. Après quelques jours tout à recommencé. Elle a retrouvé sa voiture avec les pneus crevés. La mairie et la police sont aux abonnés absents. Sa porte a été taguée. Personne ne donne suite à ses plaintes. L'idée, c'est qu'elle craque et aille habiter ailleurs encore plus loin. Les offices de HLM semblent se réveiller. Après des années de laxisme afin d'avoir la paix, nous sommes informés que 80 expulsions pour troubles de voisinage sont envisagées en France. Dérisoire. Ce sont des immeubles entiers qu'ils faudraient vider. Évident, quelqu'un dira dans son dos qu'elle est raciste. D'ailleurs elle raconte à qui veut l'entendre qu'elle n'en peut plus mais qu'elle n'a pas les moyens de déménager. Mais que voulez-vous qu'on y fasse !

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