Mar
28
Voyage autour de ma Chambre.

"Voyage autour de ma chambre" fût publié anonymement à Bruxelles en pleine Révolution française (1794) par Xavier de Maistre, frère du penseur contre-révolutionnaire Joseph de Maistre. Lecture bienvenue en ces temps de confinement !

 

Pour accompagner la lecture, je conseille un Quincy, accompagné de rillettes de sardine ou un Martini blanc avec quelques olives !

« Au moment de la rédaction de ce récit, Xavier de Maistre, né d’une famille de Savoie, est alors militaire, assigné à résidence pendant quarante-deux jours à Turin, pour une affaire de duel interdit. Tel un dandy qu’il n’est pas, il décrit sa mise en quarantaine avec beaucoup de légèreté, y voyant l’occasion de se découvrir lui-même. Détestant la ligne droite, il privilégie le voyage en zig-zag dans un local exigu. Malgré son intention de gagner sa porte en diagonale, il rencontre son fauteuil en chemin : "je ne fais pas de façon, (…) c’est un excellent meuble qu’un fauteuil. Il est surtout de la dernière utilité pour tout homme méditatif."

Car son texte est une ode à la méditation, un plaidoyer pour l’indécision, une critique des planificateurs : même dans un espace contraint, l’imagination choisit de vagabonder, la mémoire nous joue des tours. Une chambre, si petite soit-elle, recèle des potentialités inconnues. Chacun des objets qui y a pris place devient une source de réflexion et de rêverie.

De Maistre écrit bien avant le romantisme officiel, mais toutes ses composantes sont déjà là : goût pour l’intimité, plaisir de se découvrir comme individu, capacité à l’imagination. Il ne veut pas "suivre les idées à la piste, comme un chasseur poursuit le gibier" mais "cultiver une âme ouverte à toutes sortes d’idées, de goûts et de sentiments." Ce Voyage autour de ma chambre se veut ainsi, de manière ironique, un manuel pour apprendre à faire voyager son âme toute seule, pour ainsi "doubler son existence".

Dans sa balade confinée, De Maistre décrit successivement son lit, "meuble délicieux", "théâtre qui prête à l’imagination", nettoie le cadre qui renferme le ravissant portrait d’une femme autrefois désirée, rapporte son dialogue avec son domestique, décrit sa chienne Rosine dont l’affection lui semble plus sincère que celle de nombreux amis qui se sont détournés de lui. Notre noble prend ainsi "des leçons d’humanité de (son) domestique et de (son) chien."

Xavier de Maistre est un homme de culture et peut donc disserter sur la musique de son temps, sur le talent du peintre Raphaël. Mais c’est surtout en frôlant sa bibliothèque qu’il peut décliner sa culture classique, depuis le "Paradis perdu" de Milton jusqu’aux personnages de Virgile. Un rêve lui permet même de faire dialoguer Platon, Périclès et Aspasie qui se moquent des étranges coutumes des femmes et des hommes des Lumières. Mais l’auteur du Voyage… ne se laisse pas impressionner par ces augustes critiques et y fait montre des curiosités des lettrés de son temps, comme la lecture des voyages de Cook qui conduisent bien plus loin que les murs de sa chambre turinoise.

Il doit pourtant la quitter un jour. Et ce jour-là, après quarante-deux nuits sans pouvoir en sortir, Xavier de Maistre célèbre les vertus de l’imagination, qu’il doit pourtant abandonner pour retourner aux affaires.

Ce texte ironique et léger est une parodie des récits de voyage qui ont remporté tant de succès avant la Révolution. Mais ce n’est sûrement pas la raison principale de son succès au XIXème siècle. Promeneur solitaire, Rousseau avait accompagné la naissance du moi au XVIIIème. Promeneur en chambre, Xavier de Maistre choisit un autre chemin pour conduire au même but : se penser comme un individu.

Pourquoi le lire encore aujourd’hui, alors qu’une bonne part des références convoquées et que le contexte des guerres révolutionnaires et de la chute de l’ancienne aristocratie, qui conduira de Maistre à s’engager pour le Tsar, nous échappent ?

Parce qu’il nous dit combien nous ne regardons plus notre décor quotidien, attiré par un monde extérieur constamment en expansion. Parce que, malgré l’aristocratisme distant et désagréable parfois de son auteur, malgré la description d’un monde disparu, fait de domestiques et de duels, il nous rappelle que "le plaisir qu’on trouve à voyager dans sa chambre est à l’abri de la jalousie inquiète des hommes". »

(Emmanuel Laurentin)

 

Bonne lecture, bonne dégustation, bon confinement et prochains partages à venir !

 

Mots-clés: 

Commentaires

Conseil de la Faculté de médecine de Marseille quand on n'a pluis qu'un seul rein et qu'il faut veiller  à son bon fonctionnement
 

Nom: 
Gilles Huvelin
Site: 
scphuvelin.com

Merci Bernard,
Prends soin de toi.
Amities,
Gilles

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA