gilles.huvelin

Par gilles.huvelin le 28/07/08
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Quelle époque formidable !

Actuellement les bailleurs et les agents immobiliers ont décidé que le loyer d'un local de bureau doit être fixé à 10 % de la valeur de l'immeuble.

Sur les Champs-Elysées le prix du mêtre carré est à 10 000 euros, le prix du loyer toujours au m2 est de 1 000 euros. Dans les quatiers avoisinants les immeubles sont vendus a 7 600 euros le m2...et le loyer est fixé à 760 euros...et ainsi de suite : vous pouvez vérifier.

Peu importe la commercialité des lieux loués.

Il y a de mon point de vue fort à parier que l'année 2009 sera favorable à une meilleure prise en considération des réalités économiques que les investisseurs immobiliers institutionnels et les intermédiaires commissionnés font semblant de ne pas voir.

De la même façon je suis amené à constater que les mêmes acteurs n'ont pas voulu comprendre les leçons de la dernière crise du marché immobilier de bureaux. Ah, chronique amnésie quand tu nous tiens...

J'espère que cette fois ils seront sanctionnés et qu'aucune mesure ne sera prise pour les sauver. La dernière fois alors que les patrimoines immobiliers de bureaux auraient dû être liquidés les pouvoirs public et la Cour de Cassation (avec le fameux arrêt qui distinguait passif exigible et passif exigé), ont tout fait pour éviter l'effondrement du secteur.

Normalement ce ne devrait plus être possible au nom de la formule bien connue :

"Ne leur pardonner pas car ils savent ce qu'ils font".

Par gilles.huvelin le 25/07/08
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Dépêches JurisClasseur - Actualités

Jeudi 24 juillet 2008

Affaires 24/07/2008

Adoption définitive du projet de loi de modernisation de l'économie

Le projet de loi de modernisation de l'économie a été adopté en commission mixte paritaire le 23 juillet. Il comporte 175 articles divisés en cinq titres (V. JCP E 2008, act. 226 ; JCP N 2008, act. 548 ; JCP A 2008, act. 565 ; Dépêches JurisClasseur, 19 juin 2008, 897).

Les dispositions visant à « mobiliser les entrepreneurs » (titre I), créent un statut d'auto-entrepreneur, simplifient l'acte de création d'entreprise et renforcent la protection de l'entrepreneur individuel et de son patrimoine personnel. En outre, les délais de paiement sont réduits à 60 jours. La loi élimine également les conséquences financières brutales pour l'entreprise à l'occasion du franchissement des seuils de 10 et 20 salariés. Elle simplifie le fonctionnement des EURL et des SAS en permettant aux premières d'alléger leur publicité légale et en offrant aux plus petites des secondes la possibilité de ne plus faire certifier leurs comptes par un commissaire aux comptes. Elle privilégie les PME innovantes pour les marchés publics.

La loi contient des dispositions visant à « mobiliser la concurrence comme nouveau levier de croissance » (titre II). Est définit un nouvel équilibre des relations commerciales, permettant la libre négociation des prix entre fournisseurs et distributeurs. Le texte facilite l'implantation de grandes surfaces en relevant le seuil d'autorisation des surfaces commerciales de 300 à 1 000 m2. Il répartit plus équitablement la pression de la taxe d'aide au commerce et à l'artisanat (rebaptisée Tascom) et augmente les crédits du FISAC (Fonds d'intervention pour les services, l'artisanat et le commerce) à 100 millions d'euros par an.

En outre, est crée une nouvelle autorité administrative indépendante, l'Autorité de la concurrence, disposant de pouvoirs d'investigation, de décision et de sanction accrus par rapport à l'actuel Conseil de la concurrence. Le régime des soldes est également assouplit: les commerçants pourront organiser selon leur choix deux semaines de soldes complémentaires par an.

Pour « mobiliser l'attractivité au service de la croissance » (titre III), le texte facilite l'installation du très haut débit en fibre optique et l'élaboration d'offres adaptées sur le téléphone mobile.

S'agissant de « mobiliser les financements pour la croissance » (titre IV), le texte généralise la distribution du livret A dans tous les réseaux bancaires qui le souhaitent en renforçant son rôle d'instrument de financement de la construction de logements sociaux. Le Gouvernement est habilité à prendre par voie d'ordonnances des mesures de modernisation de la place financière française, de réforme du droit financier, de création d'une autorité unique des normes comptables et de transposition de directives communautaires.

Le titre V du projet de loi prévoit l'application de la loi outre-mer par ordonnances et entreprend d'améliorer les voies de recours contre les « perquisitions » fiscales et administratives.

Source

Projet de loi Sénat, 23 juill. 2008, TA n° 139

Min. Économie, industrie et emploi, 23 juill. 2008, dossier de presse

Par gilles.huvelin le 23/07/08
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Résumé des chapitres antérieurs :

Les banques américaines ont titrisé leurs créances hypothècaires pour s'assurer des liquidités aux fins notamment de réinvestir sur des marchés plus porteur en respectant les ratios de liquidité.

Les fonds de pension ont acheté les titres avec une décote et confiants dans l'économie américaine, ils ont considéré réaliser un bonne affaire, d'autant plus qu'ils ont pu les transformer en véhicules boursiers. Des surplus de liquidités ont pu ainsi se recycler en achat en bourse de ces titres.

Lorsqu'au bas de la pyramide les milliers emprunteurs subissant le ralentissement de l'économie américaine face au commerce mondialisé n'ont pas pu payer leurs mensualités, les fonds qui n'ont aucune marge structurelle de manœuvre les ont poursuivis en justice, expulsés et ont mis en vente les biens immobiliers, ce qui aux Etats-Unis est plus rapide à faire qu'en Europe pour ne pas parler de la France. Nous sommes là en Mai 2007...

Personne n'alerte les petits porteurs. Il y a bien des articles dans les journaux financiers qui sont lus que par une partie infime de la population. Les dits articles se contentent d'ailleurs à l'époque de décrire la scène sans commentaire et surtout sans vouloir prévenir de l'inévitable effet de dominos qui va s'en suivre.

L'effet boule de neige a été relativement rapide : perte d'activité des entreprises de construction et de second oeuvre qui ont déposé leur bilan, accroissement du chômage, chute du marché immobilier faute de rebond économique dans le contexte international malgré la chute du dollar qui parallèlement entraîne pour le marché américain un surcoût des matières premières et des importations. Le nombre de défauts de paiement des emprunteurs hypothécaires passent de quelques dizaines à des centaines de milliers entraînant la défaillance d'entreprises locales toujours plus nombreuses dans le sillage et ainsi de suite.

Les liquidités produites par la titrisation des créances hypothécaires investies en bourse de façon spéculative n'ont pas permis de refinancer le marché.

Les fonds de pension ont perdu tout ce qu'ils ne voulaient pas au grand dam de leurs adhérents et des retraités, ces derniers se trouvant immédiatement avec une perte de pouvoir d'achats voir sans ressources, certains fonds ont littéralement disparu ou ont été achetés par d'autres dans des conditions financières dramatiques.

Les banques américaines ont appelé à l'aide la Banque Fédérale Américaine et le Congrès a demandé au Trésor de nationaliser les fonds fédéraux constitués pour l'achat de titres car leur valeur en bourse avait disparu.

Au lieu de prendre des mesures d'ordre public pour aider les emprunteurs hypothécaires en accordant moratoires et échelonnement de dettes et baisse des taux, les autorités américaines font le choix de sauver les institutions financières en réinjectant des liquidités dans le réseau bancaire.

Les institutions financières qui avaient acheté sur les marchés des titres hypothécaires convertis en obligations ou autres véhicules boursiers continuent d'essuyer de lourdes pertes.

L'ensemble des valeurs boursières bancaires ont dégringolé entrainant une chute des indices et provoquant des ordres de ventes pour permettre aux opérateurs trouver de nouvelles liquidités.

L'ensemble des banques pour respecter les critères et les ratios de liquidité et de sécurité (accord Bâle 2) ont bloqué le crédit, ce qui entraîne l'étranglement du marché immobilier également en Europe et de l'économie en règle générale et le ralentissement de la consommation qui soutenait artificiellement l'activité.

La montée des cours des matières premières est une cause du redémarrage de l'inflation mais il est hypocrite de ne pas souligner que tous les Etats endettés sont bien contents d'éponger leur énorme dette grâce au retour de l'inflation, ainsi que les institutions financières, comme tous les débiteurs.

Les créances perdent leur valeur, l'épargne fond comme neige au soleil, les revenus du travail perdent leur pouvoir d'achat, l'activité est ralentie d'autant, le chômage ne s'accroît pas mais beaucoup sont obligés d'accepter de petites activités et des jobs précaires...déjà les avocats allemands sont autorisés à exercer un second métier pour faire vivre leur famille, la tension est au maximum.

Il s'en suit une crise politique généralisée : Le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne fait capoter la ratification de la nouvelle organisation de prise de décisions européenne. En France un Parlement pléthorique est incapable de justifier son existence : Il apparaît qu'en fait il ne contrôle rien des dépenses de l'Etat, n'est pour rien dans l'élaboration du budget de l'Etat, qu'il submerge la nation de lois inapplicables ou ineptes dont la Cour de Cassation n'a que faire, élaborant de son coté le droit applicable.

L'administration se refuse aux réformes fondamentales en créant des usines à gaz pour toute réponse à la moindre velléité de modernisation. Les syndicats qui ne sont représentatifs que dans la fonction publique refusent la diminution drastique indispensable du nombre de fonctionnaires et bloquent toute discussion au nom de la défense de l'emploi dans le contexte économique décrit. La suppression des départements se heurte à l'opposition des énarques qui pourvoient les postes du corps préfectoral, impossibilité de diminuer par deux le nombre des régions pour les rendre cohérentes économiquement, culturellement et socialement. La réduction des déficits des dépenses de l'Etat devient impossible tandis que les collectivités territoriales embauchent des fonctionnaires à tour de bras et augmentent leur dette déjà conséquente ainsi que leur fiscalité. La palme reviendra-t-elle à un Maire (vert) d'une commune de 5 500 habitants qui engage un chef de Cabinet... ?

L'émotion populaire conduite par l'extrême gauche méne à la dissolution d'un parlement budgétivore dont les membres disposent d'un statut privilégié exorbitant avec notamment un régime de retraite luxueux et un parachute doré scandaleux en cas de non réélection.

La VI ième République est un temps proclamée par référendum : la nouvelle Assemblée élue n'a pour objet que de voter l'impôt puisqu'en définitive c'est uniquement ce qu'elle a toujours fait avec constance, les députés sont payés avec des jetons de présence; la Cour de Cassation qui depuis fort longtemps ne dit pas le droit mais fait la loi devient Cour Souveraine et rend ouvertement des arrêts de réglement qui en plus de la plus large diffusion habituellement connue sont publiés au Journal Officiel, le pouvoir exécutif règne....

C'est le retour du roi sur une simple constatation : Dans tous les pays européens où la situation économique et sociale va bien et dans tous les cas mieux qu'en France il y a un roi, et là ou demeure des tensions régionales la monarchie incarne l'unité. Tout va mieux dans les monarchies, et pour cause : pas de système majoritaire divisant le pays en deux, une majorité relative suffit pour gouverner. Plus de faux débats dogmatiques pour tenter d'avoir 50,01 % des voix afin de prendre le pouvoir. Plus personne ne peut se battre pour mettre les doigts dans la confiture : la place est prise par le roi. Le retour au pragmatisme s'impose à quiconque veut gouverner.

L'Assemblée s'énerve et réclame le contrôle de la loi et donc de la Cour Suprême qui continue à faire n'importe quoi comme au temps des anciens Parlements qui ont provoqué la révolution. Les magistrats isolés politiquement sont exilés séparément en province et remplacés par des Officiers de Justice nommés par les députés et leur activité est placée sous contrôle de l'Assemblée Nationale qui en échange continue de voter les ressources budgétaire du gouvernement.

La justice n'est plus irresponsable car elle n'est plus indépendante: elle est sous le contrôle des représentants du peuple...et donc de la Nation,enfin.

Un cri sélève :"Louis XVI, reviens, tout est pardonné..."

Et à ce moment là je me suis réveillé, le nez sur ma revue de jurisprudence.

Les rêves sont parfois idiots.

Par gilles.huvelin le 22/07/08
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(NDLA : cet article est "daté". Depuis il y a eu le décret du 1er Octrobre 2010 qui résout à mon avis dans le bon sens toutes les questions. Par ailleurs le RPVA qui viendra à s'appliquer aux procédures orales en permettra une application plus dynamique. Reste que cet article par avance me semble-t-il- permet de répondre à toutes les nouvelles dérives de la pratique auxquelles ont peu s'attendre: protocoles de procédure ou futurs arrpets de la Cour de Cassation...)

Le Rapport Guinchard et la procédure orale:

Devant l'urgence des réactions nécessaires, j'avais trop rapidement réagi à la publication du rapport Guichard.

Après une note d'humeur dont la forme et le fond étaient inappropriés, je vous propose ci-dessous la compilation d'une critique dudit rapport Guinchard, de 2 commentaires et d'une réponse de ma part, puis deux articles antérieurs sur la jurisprudence de la Cour de Cassation à propos de cette fameuse procédure orale. Depuis ce sont ajoutés des commentaires intéressants à mon sens car il me conforte dans l'idée que le volonté de se détourner de la procédure orale est une opinion à courte vue.

A un moment où les avocats déclarent se "constituer" et non comparaître dans une procédure orale et déposer des "conclusions" alors qu'ils ne doivent déposer que des écritures; mais après tout la Cour de cassation fait pire dans ce domaine comme nous le constaterons plus loin; il m'apparaît nécessaire de faire le point

Cet article n'est pas seulement la reprise d'anciennes notes. C'est une compilation actualisée faite pour amorcer une discussion de fond à propos de la procédure orale face aux propositions de la Commission Guinchard.

Victor Hugo disait " Cela est rude et il faut avoir fait des études". J'en veux particulièrement à ceux qui ont abordé le sujet depuis des lustres en ignorant ce dont ils parlaient. Ceci dit faisons preuve d'humour : ils le mérite bien, ainsi que notre courroux...

Présent habituellement aux audiences des tribunaux de commerce de Paris, Nanterre, Bobigny et Créteil, la partie du rapport Guinchard concernant la procédure orale dont je vous livre ci-dessous le texte a retenu mon attention. Voilà pour un début serein...

Avant d'en discuter les termes plus loin je tiens à dire que je suis assez scandalisé que l'Ordre des Avocats du barreau de Paris ait trouvé bon d'approuver le rapport Guinchard en huit jours sans consulter les praticiens qui ont appris la nouvelle en lisant le Bulletin du barreau ! ...Voilà pour la note d'humeur.

D'abord et bien naturellement le texte du rapport qui concerne notre sujet :

"SECTION 1 - L'amélioration de la lisibilité de la procédure orale

Bien que toutes les juridictions civiles d'attribution connaissent des procédures orales, il n'existe aucune disposition commune à ces procédures. Les dispositions propres à chaque juridiction ont même perdu leur cohérence et leur lisibilité du fait de multiples modifications parcellaires. Il est nécessaire de rendre plus lisible cette procédure, ce qui conduit la commission à formuler des propositions générales (§1), ainsi que des propositions propres au tribunal d'instance (§2).

§ 1 - La création de règles communes à toutes les procédures orales

La commission préconise d'insérer un socle de règles communes à toutes les procédures orales dans les dispositions générales du Code de procédure civile.

À cet effet, deux règles relatives aux débats devraient être insérées dans ces dispositions générales du Code de procédure civile.

D'une part, nonobstant l'oralité de la procédure, le principe de la contradiction doit conduire à interdire de retenir une affaire en l'absence d'une partie qui justifie par courrier parvenu avant l'audience d'un motif légitime lui interdisant de comparaître.

D'autre part, il convient de définir les règles générales applicables en matière de procédure orale, constituant un cadre qui, décliné pour chaque juridiction, permettrait la prise en compte des écritures d'une partie dans la procédure orale.

§ 2 - La clarification de la procédure applicable devant le tribunal d'instance

La procédure en vigueur devant le tribunal d'instance et la juridiction de proximité a été modifiée en profondeur à plusieurs reprises, lui faisant perdre sa lisibilité et sa cohérence. La modernisation des compétences du tribunal d'instance doit s'accompagner d'une refonte intégrale des règles de procédure, tout en en conservant les grands traits.

Outre la tentative préalable de conciliation, qui devrait être remaniée dans le cadre de la revalorisation de la conciliation en matière civile (cf. supra 1e partie, titre 3, chapitre 1), la procédure aux fins de jugement devrait être réorganisée sur un mode chronologique (introduction de l'instance, déroulement de la procédure et jugement). La mise en oeuvre de cette recommandation améliorerait la lisibilité de la procédure, en mettant en facteur commun les règles procédurales qui n'étaient jusqu'à présent prévues que dans la procédure sur assignation, mais que la jurisprudence étendait, à juste titre, à l'ensemble des procédures devant le tribunal d'instance et la juridiction de proximité.

SECTION 2 - Le développement et la consolidation des échanges écrits dans la procédure orale

Il est nécessaire de prendre en compte les écritures des parties, dans un souci d'accessibilité mais également à l'effet de renforcer la sécurité juridique des parties.

La commission recommande que la prise en compte des écritures se fasse à un double niveau : par la fixation d'un cadre général (§ 1) pouvant être décliné devant chaque juridiction (§ 2).

§ 1 - Un cadre général permettant la prise en compte des échanges écrits

La commission préconise d'assouplir les conditions d'échange et de comparution des parties et de conférer aux écritures de ces dernières un véritable statut procédural. L'insertion de dispositions générales dans le Code de procédure civile relatives à la procédure orale serait ainsi l'occasion de déterminer les modalités selon lesquelles les écrits pourraient être pris en compte dans cette procédure, le cas échéant sans comparution physique de leur auteur.

Ce cadre rappellerait que lorsque la procédure est orale, les parties présentent verbalement leurs prétentions et les moyens à leur soutien mais peuvent également se référer aux prétentions et aux moyens qu'elles auraient formulés par écrit. Il ajouterait que les parties peuvent être autorisées, en vertu d'une disposition réglementaire particulière, à formuler leurs prétentions et leurs moyens par écrit, sans se présenter à l'audience.

§ 2 - Une prise en compte des échanges écrits déclinée dans chaque procédure orale

Ce cadre général pourrait être décliné devant chaque juridiction, en fonction des besoins propres à chaque type de procédure.

La commission propose ainsi, pour le tribunal d'instance qui relève de sa compétence, que, lorsque le juge, à la première audience, ne parvient pas à concilier les parties et constate que l'affaire n'est pas en état d'être jugée, il puisse, avec l'accord des parties, organiser les conditions selon lesquelles les échanges devraient avoir lieu et dispenser les parties qui respectent ces conditions de comparaître à chacune des audiences successives du procès civil, voire à l'audience de plaidoirie. Dans ce cas, la date des écritures des parties serait celle de leur communication soit par lettre recommandée avec demande d'avis de réception soit par notification directe entre avocat. Le jugement rendu dans ces conditions serait contradictoire."

Et sur ce, discussion:

Le rapport Guinchard sur la procédure orale est un résumé de la jurisprudence de la Cour de Cassation dont je vous donnerai pour loin ma critique argumentée. Nous pourrions dire que rien ne change sauf qu'il s'agit de consacrer des dérives absurdes.

La procédure orale est la plus sûre qui soit. Pour la bonne et simple raison c'est que les parties doivent être présents aux audiences ou, au pire, représentées. Les écritures sont déposées et (devraient être) communiquées à la barre du tribunal à l'appel de la cause. Les pièces devraient être remises au contradicteur de la même façon.

Dressons le tableau de la situation :

Comment en sommes-nous arrivés aux conclusions du rapport Guinchard ?

L'article 871 du CPC me convient très bien en ce qui concerne le déroulement des procédures devant le Tribunal de Commerce. C'est le seul texte applicable. Clair et simple...et puis la Cour de Cassation sans jamais se référer à ce texte a commencé a faire une jurisprudence dont elle a le secret du genre comment rendre l'accès de ses contemporains au paradis plus difficile ?

D'où l'emprunt à la procédure écrite, ce qu'il ne fallait surtout pas faire.

Ici le rapport Guinchard envisage carrément la procédure postale. La procédure ressemblerait à celle existante devant le Tribunal administratif. Pourquoi pas ? C'est si simple la procédure orale, alors comment faire compliquer ?

C'est très simple : Vous avez une procédure ancestrale qui fonctionne bien. Vient l'heure des normes anglo-saxonnes ou ISO etc... qui exigent des écrits pour toute chose et n'importe quoi alors que l'on ne parle que de dématérialisation.

Et puis la Cour de Cassation décide de répondre à des pourvois sans tenir compte ni du texte ni de la pratique qu'elle ne connaît pas plus d'ailleurs que les Chambres Commerciales des Cours d'Appel.

En effet des parties voir des avocats ont trouvé bon d'écrire aux tribunaux au lieu de se déplacer ce qui n'a pas été sanctionné. Résultat il a été tenu compte des absents et pris en compte des écritures qui n'ont pas été déposées à la procédure contradictoirement.

Tout le monde oublie que les écritures déposées dans une procédure orale ne peuvent être des conclusions car elles ne sont pas des actes de procédure. Ce n'est que leur reprise lors de la plaidoirie que les écritures sont prises en considération. En clair normalement c'est un outil de travail : Cela fait avancer le débat contradictoire. Il a été soutenu que le fait de déposer des écritures revenaient à faire acter de conclusions qu'il n'est pas possible de dicter au greffier. C'était un premier abus: Il n'y a pas de conclusions orales actées à la procédure: Ce n'est pas admis par le C.P.C.et il est facile de s'en convaincre car il suffit de se rapporter au seul article qui définit la procédure orale devant le tribunal de commerce, l'article 871 du C.P.C.

Lors de l'audience de plaidoirie, la partie fait référence à ses écritures qui comportent ses moyens, ses demandes additionnelles, reconventionnelles etc...dont le juge rapporteur doit de ce fait tenir compte.

C'est pourtant simple. Trop sans doute. Mais c'est aussi beaucoup d'exigence: La procédure orale c'est une discipline, une présence aux audiences, de la méthode et de l'organisation. Tout ce que notre époque déteste.

Aussi la Cour de Cassation après avoir dit que les écritures étaient des conclusions au moment de leur dépôt auprès du greffe a admis qu'il était normal d'écrire au tribunal et de lui adresser ses conclusions sans comparaitre à la condition d'être présent ou représenté à l'audience de plaidoirie.

Souvenons-nous qu'un Président du Tribunal de Commerce de Paris, Monsieur GRANDJEAN décida d'imposer les formes de la procédure écrite pour les écritures déposées dans les instances devant son Tribunal en finissant de nier le sens et la portée de l'article 871 du C.P.C. et des lustres de jurisprudences issues d'une époque où les juges de la Cour de Cassation ne se prenaient pas pour le législateur.

La notification des écritures devenues par magie conclusions se fait toujours cependant par tradition manuelle: procédure orale oblige. Nous ne sommes pas loin de l'aberration.

Mais cela faisait joli dans le décor: Le Tribunal de Commerce pouvait se prendre pour un T.G.I. commercial. A tel point que certains esprits chagrins ont posé la question pourquoi conserver des Tribunaux de Commerce ?

En passant tout le monde oubliait définitivement que le seul acte de procédure dans une procédure orale c'est l'assignation.

Les "écritures" déposées à la procédure ne pouvaient pas être des conclusions beaucoup de parties et d'avocats n'avaient pas conscience des conséquences que cela avait normalement sur les interruptions de prescription, les appels en garantie entre les parties au procès, la chronologie des exceptions à soulever avant les défenses au fond.

Et bien la Cour de Cassation a fini par dire que les écritures étaient des conclusions avec les mêmes effets procéduraux qu'en procédure écrite.

La confusion entre procédure orale et écrite est arrivée à son comble. C'est uniquement de la responsabilité de la Cour de Cassation qui a violé l'artcile 871 du C.P.C.

Pas question de revenir en arrière ce serait déchoir. Donc il était urgent de cancériser le système avec de nouveaux développements jurisprudentiels et doctrinaux ( voir supra).

Un fois que c'est devenu complexe et peu sûr, il devient comme d'habitude urgent de demander un rapport pour proclamer qu'il faut faire quelque chose pour sécuriser tout cela...alors qu'il suffit seulement d'appliquer l'article 871 du C.P.C. en ce qui concerne les tribunaux de commerce.

Trop tard: personne ne veut en entendre parler pour la bonne raison que personne ne peut alors justifier l'articulation de la jurisprudence avec le libellé simple du texte, seule compte la réflexion de la commission et l'importance du rapport qui vient d'être déposé.

Résultat de toute évidence : nous allons réformer comme d'habitude pour couvrir les errements de la Cour de Cassation.

Nous ne savons pas vraiment pas pourquoi mais ce n'est pas l'objet du débat. L'important c'est de permettre aux juges de la Cour de Cassation, aux auteurs de doctrine, aux rédacteurs de rapports, aux fonctionnaires de la Chancellerie qui souvent n'ont pas plus vu un Tribunal d'instance ou de Commerce qu'un justiciable ou une entreprise de se justifier.

Il suffirait souvent d'accepter de retourner aux sources, de faire l'effort de retrouver les définitions et de ne pas faire dire n'importe quoi aux mots pour éviter les dérives et surtout accepter de revenir aux textes existants.

La voie qui mène en enfer est pavé de bonnes intentions. Pour le juriste la voie de l'enfer est pavée d'arrêts de la Cour de Cassation qui en plus sont commentés par des auteurs éminents qui passent leur temps à faire entrer des chevilles rondes dans des trous carrés ou l'inverse en nous affirmant que c'est une pratique cohérente.

Et, cerise sur le gâteau : mon Ordre professionnel a exprimé son accord avec le rapport Guinchard.

Et là je suis manifestement colère. Il y a de quoi. Mais qui connait la matière pour voter une résolution favorable au rapport Guinchard sur la procédure orale ? Si sur une question que je connais sur le bout des doigts je peux avoir des doutes sur les compétences des organes représentatifs j'en arrive à penser que sur les autres sujets qui me sont moins familiers il en va de même.

Je le répète : Il n'a pas plus sûre que la procédure orale. Evidemment cela exige je le répète de la méthode, de la discipline et d'être présent. En plus il faut suivre ses procédures et être à jour, pas question de remettre au lendemain une audience. Bien entendu cela n'est pas dans l'air du temps c'est tellement mieux d'envisager de permettre de faire n'importe quoi n'importe quand. Je le dis parce qu'en l'état des choses rien n'est prêt ni même concevable pour passer devant les juridictions dites d'exception à un régime bâtard de procédure à la fois orale et écrite. Et je m'en explique ci-dessous en détail.

Pour mieux cerner la pratique actuelle de la procédure orale vous pourrez lire ci-après un commentaire que j'ai rédigé en réponse à l'un de nos confrères ( il s'est révélé par la suite qu'il s'agit d'un justiciable échaudé par une pratique mal comprise du déroulement de l'audience- voir commentaires supra complètement en fin d'article) qui évoque sa préférence pour la procédure anglaise: Nous verrons que les craintes exposées dans le rapport Guinchard en cas d'absence involontaire d'une partie à l'audience relèvent du fantasme.

Mais voyons les commentaires reçus sur le rapport Guichard avant cette compilation:

J'ai reçu 2 commentaires, c'est tout de même peu sur un sujet aussi brûlant et j'en ai rédigé donc un en réponse car la question de la sécurisation du débat contradictoire est mal comprise voir complètement éludée.

Petite réflexion...

Par caroline.legal le 18/07/08 - 12:26

Procédure orale = dispense du ministère d'avocat,

Proposition GUINCHARD: plus besoin d'aller plaider le dossier, les écritures suffiront.

Peut-on réellement se passer de l'avocat ?

@ Maître Legal

Par Saraswati le 21/07/08 - 12:39

Oui, il est possible de se passer d'avocat (dans certains domaines) à condition bien sûr d'avoir une bonne connaissance du droit. La procédure écrite ne devrait pas être incompatible avec la dispense du ministère d'avocat. En fait on devrait laisser le choix au justiciable, car c'est aussi cela le véritable accès au juge. Personnellement, lorsque je le peux, je préfère porter mes litiges devant les juridictions britanniques, procédures écrites, pas besoin de se déplacer, rapidité de la procédure (et ce même avec l'étape de conciliation obligatoire).

J'ai répondu comme suit :

Procédure sur mémoires

Par Gilles Huvelin le 21/07/08 - 15:04

"Why not ?"

Je veux bien que nous entrions dans une époque nouvelle mais doit-elle l'être par principe et devons-nous changer ce qui assure la sécurité des justiciables et le bon déroulement des procès pour adopter un processus qui aura du mal à s'appliquer ?

Les propositions du rapport Guichard nous engagent dans une voie périlleuse.

A mon avis il y a des objections purement techniques mais celles-ci peuvent être dominées à terme :

Devant les juridictions françaises les procédures sont très nombreuses même si indéniablement le nombre de procès a fléchi: Plus de 90 000 instances de tous les genres arrivent par an devant le Tribunal de Commerce de Paris par exemple.

Je ne vois pas comment le greffe et les juges peuvent traiter autant d'affaires aussi rapidement que maintenant hors la pratique de notre procédure orale qui n'a pas démérité sur ce point quand nous pouvons comparer l'efficacité des juridictions consulaires par rapport aux T.G.I. !

Ce n'est pas dirimant: Il suffira d'engager plus de moyens.

Plus grave est la sécurité du procès:

Comment garantir le débat contradictoire dans des procédures sans representation obligatoire des parties par un avocat inscrit soumis à une déontologie sauf à prévoir que le juge devra pointer les mémoires et pièces annexées et les comparer avec ceux reçus par les autres parties lorsqu'il examinera la cote procédure de leur dossier ?

En matière pénale en France, et pour faire court, disons que l'avocat de l'une des parties va commander auprès du greffe les copies utiles à son dossier. Concevoir cette solution dans toutes les procédures orales n'est pas un progrès. Si nous concevons qu'il revient aux greffes à réception des mémoires des parties d'en faire des copies et de les transmettre aux autres parties cela n'est concevable que devant les juridictions dont le rôle est faible. Bien sûr, il faudra faire face aux frais qui devant les juridictions consulaires sont par provision à la charge du demandeur.

Entre avocats comment s'assurer de la bonne transmission des actes de procédure que deviennent les écritures élevées au rang de conclusions ? Il faudra procéder par recommandée avec A.R. et joindre à l'exemplaire destiné à la juridiction l'avis d'envoi et de réception. Impossible de faire autrement : Les notifications par voie éléctronique ou par fax ne sont pas des moyens légaux admis par la jurisprudence, y compris celle de la Conseil d'Etat ( voir l'article de M. Serge DEYGAS sous l'arrêt du C.E. 2ième et 7ième ss-sect. du 3 mars 2008 N°278168, Laporte et a.: JurisData n° 2008-073184 in Revue mensuelle Prcédures LEXISNEXIS JURISCLASSEUR MAI 2008 page 30 N°162) car non fiables.

Je suis bien plus inquiet à propos de la disparition même de la présence des parties devant le juge-rapporteur envisagée par le rapport Guinchard. J'y reviendrai plus loin après avoir traité la question de l'absence d'une partie à une audience de procédure:

L'absence d'une des parties à une audience est un faux problème déjà résolu par la pratique et il me semble inutile de légiférer sur cette question comme le suggère le rapport Guinchard :

Le justiciable absent sans motif à la première audience sur une assignation régulièrement délivrée est évidemment défaillant. Si une décision de condamnation intervient sur le siège c'est qu'il s'agit d'un dossier de recouvrement simple pour un faible montant et pour lequel d'évidence aucune contestation sérieuse n'a jamais été évoquée ou n'est possible en considération des pièces présentées. Le Tribunal examine les dossiers et le renvoi devant un juge rapporteur intervient dès que la moindre difficulté apparaît, ce qui implique une nouvelle convocation du justiciable.

Je ne connais pas de décision de condamnation intervenant à l'encontre d'une partie absente en cours de procédure faisant droit à son adversaire présent à la barre : Les règles déontologiques, le bon sens et l'humanité commandent cette solution et par ailleurs, l'aurions-nous oublié, le juge veille au respect du contradictoire. Si une caducité de la demande devait intervenir, elle n'est jamais prononcée à la légère et le demandeur défaillant peut dans un délai de quinze jours demander par simple lettre le rétablissement de la cause auprès du greffe en exposant le juste motif de son absence. En cas de simple radiation administrative par application de l'article 381 du C.P.C. aucun motif n'est demandé à l'appui de la demande de rétablissement.

Il suffit de se reporter aux dispositions du C.P.C., ce que les rédacteurs du rapport Guinchard ont omis de faire, et de connaître le déroulement des procédures orales, ce que les auteurs du projet de réforme ignorent ou pratiquent mal de toute évidence, à mes yeux.

Puisque j'aborde le déroulement de la procédure je suis amené à faire quelques remarques que le rapport Guinchard me semble imposer:

Ne parlons pas davantage de la capacité d'absorption des greffes pour s'interroger sur le bien fondé d'une procédure sur mémoires (écritures et pièces) devant les juridictions dites d'exception. Il suffit d'imaginer la montagne de papier qui va leur parvenir, ou de mails qu'il leur faudra réceptionner et imaginons le travail de nos Cabinets dans ces conditions: Nous savons tous que s'il est toujours actuellement possible de faire comprendre à un juge que les nécessités du dossier imposent un calendrier de procédure adaptée. Mais qu'en sera-t-il au regard des rigidités annoncées par les protocoles de procédure en cours d'élaboration ou déjà en application lorsque ledit calendrier sera établi hors la vue des avocats, puisqu'il n'y aura plus d'audience de procédure ?

L'objectif du rapport Guinchard comme d'ailleurs des protocoles de procédure actuellement mis en vigueur est de permettre à une partie de déposer un dossier et de ne pas venir le soutenir devant le juge-rapporteur.

L'écrit dans les matières purement techniques que recouvrent par exemple des pans entiers du droit administratif, je le conçois bien notamment lorsque la poste fonctionne.

Il en va autrement de mon point de vue dans le domaine du droit commercial.

Bien souvent une affaire se présente comme un tableau de Vasarelli: Selon l'endroit où votre oeil se pose il vous est possible de voir autre chose que ce qui vous est d'abord apparu. L'analyse des faits, des conventions et des usages professionnels sont sujets à explications et à une perception que le mémoire écrit ne traduit pas. Encore faut-il un débat contradictoire pour faire apparaître les contradictions.

Or le rapport Guinchard prévoit qu'il conviendra de tenir compte des éléments que les parties absentes auront fait parvenir au tribunal sans qu'elles soient contraintes de comparaître pour plaider.

Savons- nous où nous allons ?

Le débat autour de la procédure orale fomenté par la jurisprudence, la doctrine et le rapport Guinchard m'évoque ce que disait un Préfet au XIXième siècle à propos de la presse : "Elle invente, suscite puis crée l'évènement puis le rend inévitable".

Est-ce un procédé assez intelligent et un débat raisonné pour autant ?

Savons-nous vers quoi nous allons en voulant changer de pratique ? Bossuet avait dit quelque chose dans le genre : "Il ne sera pas pardonné à ceux qui se plaindront des conséquences des événements qu'ils ont appelés de leur voeux".

Vous voulez une procédure sur mémoire : d'accord mais ne venez pas vous plaindre de ses rigueurs et rigidités ainsi que des surprises que vous aurez en lisant les jugements en vous apercevant que des arguments ou des pièces ne vous sont pas parvenus, quoique l'on en dise tous les intervenants ne sont pas sérieux voir dignes de confiance, ou que le juge qui n'a pas pu vous faire de rapport préalable de sa perception du dossier, ne vous a permis de percevoir qu'il n'avait pas compris un litige ou la règle de droit applicable.

J'exagère ? Je rappelle que le but ultime des protocoles de procédure et du rapport Guinchard est de faire disparaître la plaidoirie pour arriver à des jugements sur dossiers. Nous savons par expérience que lorsque le demandeur ou le défendeur est absent à l'audience du juge-rapporteur l'audience est tronquée, il n'y a pas de débat et le juge s'arrête assez vite sur les "évidences". Lorsque le juge se retrouvera seul devant ses dossiers suis-je certain que son travail s'en trouvera facilité et qu'il y trouvera plus de plaisir à l'affronter ?

Gardons-nous d'estimer que la présence humaine n'est plus nécessaire pour trouver un attrait à une tâche aussi noble soit-elle.

Tant que la procédure reste orale les risques d'incompréhension et les loupés de transmission sont exclus ce qui n'est pas toujours le cas en procédure écrites devant le T.G.I.. Je m'en explique plus loin.

Je vous invite à la lecture ci-dessous de deux articles antérieurs remaniés et complétés concernant des arrêts de la Cour de Cassation et des commentaires doctrinaux : ils annonçaient je crois assez bien ce qui est entrain de se passer et illustre fort bien de mon point de vue cette présente introduction :

L'écrit dans la procédure orale (1)

Par gilles.huvelin le 30/08/07

Mots-clés : conclusions, la procédure orale, procédure

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L'oralité des débats rejoint la procédure écrite. Ce n'est pas nouveau mais la dérive s'accélère sur le fondement de la seule jurisprudence.

Autrefois les choses étaient simples: Dans une procédure orale les écrits n'étaient pas des conclusions. Ce n'étaient pas des actes de procédure. Le seul acte de procédure c'était l'acte introductif d'instance. La Cour de Cassation a fini par dire le contraire. A partir de là examinons le dernier avatar de la jurisprudence en matière de procédure orale.

Rappelons que deux arrêts de la chambre Sociale de la cour de Cassation rendus le 14 mars 2007 ( N°05-43.351. FB+B+R+I, Moginot c/ Assoc. Accompagnement , promotion, insertion Provence (APIP) : Juris-data N°2007-038099 et 05-42.379, FS P+B+R, Lapierre c/ Sté générale de protections industrielles : Juris-data n°2007-037943 ajoutent aux dispositions des articles 401 du NC.P.C. et 516-1 du Code du Travail sous le visa de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui à mon avis n'en demandait pas tant...

Nous savons depuis longtemps que les arrêts de la Cour de cassation n'ont pas tous la même importance en fonction du niveau de diffusion et de publication. Il y a une hiérarchie de fait qui va de la décision prise en raison des circonstances (exemple celle qui décida que la détermination de la cessation des paiements d'une entreprise ne devait pas tenir compte des dettes exigibles mais non exigées) à l'arrêt de règlement qui modifie fondamentalement un point de droit.

Nous sommes dans ce cas de figure : Dorénavant, il est possible à une partie dans les procédures orales prud'homales d'adresser au greffe de la juridiction ses conclusions en leur donnant ainsi la date de leur réception par le dit greffe. Reste qu'il subsiste l'obligation pour cette partie de soutenir à l'audience de plaidoirie ses moyens.

Ce qui vaut pour la procédure prud'homale doit logiquement s'appliquer aux procédures commerciales comme à toutes les procédures orales. Mais rien n'est moins sûr car il nous faut attendre un arrêt clair dans ce sens de la Chambre Commerciale. Reste que la tendance selon laquelle l'écrit empiète sur le territoire de la procédure orale est manifeste : Un désistement formulé par écrit prend effet à cette date nonobstant l'oralité de la procédure ainsi que cela a été approuvé tant par la Chambre sociale (Juris-data 2005-028452 ) que par la 2ième Chambre civile (Juris-data n°2006-035394).

Naturellement rien n'est dit par la Cour de Cassation à ce stade sur ce qui doit être fait pour s'assurer que la partie adverse connaît les conclusions ainsi adressées au moment où elles arrivent au greffe en dehors des audiences, donc du respect du contradictoire, voir même de l'opposabilité de la date du dépôt...Il me semble "clairement "sous-entendu qu'à partir du moment où le greffe de la juridiction reçoit les conclusions d'une partie, elles sont par le fait même opposables à l'autre partie puisqu'elles seront reprises dans l'exposé oral de la concluante.

La pratique du dépôt des écritures à l'audience orale contradictoire et publique de procédure des Tribunaux de Commerce peut paraître assez dangereuse en pratique mais il est dans les faits rare que la transmission à un contradicteur d'une copie d'écritures s'égare car les intervenants à la barre du Tribunal sont très souvent des Cabinets habituellement présents. Une fois acté le dépôt des "conclusions" il est présumé selon la jurisprudence contestable à mon sens et sans aucun fondement de texte que les "conclusions" sont connues du contradicteur. Reste qu'en procédure orale la clôture des débats n'existe pas avant les plaidoiries. Il est donc loisible de s'apercevoir au cours de l'audience devant le juge rapporteur ou de plaidoirie devant une formation collégiale d'un loupé dans la transmission des écritures si par impossible cela arrive et de voir l'affaire renvoyée.

Ce n'est pas le cas devant le T.G.I. et vous pouvez très bien plaider sans vous être aperçu avant la clôture qui est toujours antérieure à votre prise de parole, de la non distribution effective d'un acte à votre toque ou à celle de votre contradicteur, voir auprès du greffe si votre Cabinet n'a pas songé à vérifier que l'exemplaire "Tribunal" vous revenant normalement ne vous est pas parvenu en retour.

L'article 871 du Code de Procédure civile dit simplement que lorsqu'une partie a déposé des écritures il peut s'y référer lors de ses explications orales. J'ajoute conformément à la jurisprudence originelle que la date du dépôt des écritures ne devrait pas être prise en compte puisqu'elles ne sont pas un acte de procédure.

Le lecteur intéressé par l'évolution de la procédure orale pourra se reporter à un intéressant commentaire des arrêts visés plus haut rédigé par Monsieur Hervé Croze, agrégé des facultés de droit et avocat, paru dans « La Semaine Juridique » Edition Entreprise et Affaires, N°31-34 du 2 Août 2007 -page 18-1976.

L'auteur permettra sans doute au praticien du quotidien des audiences des tribunaux de commerce de ne pas partager l'appréciation selon laquelle ces décisions « ébranlent heureusement dans ses fondations » les procédures orales. L'abandon des principes par le mélange des genres n'est pas une méthode de travail.

Le respect des principes et des définitions sont l'assurance de la sécurité des procédures. Ce n'est vraiment plus le cas de mon point de vue du seul fait de la Cour de Cassation qui a décidé de rendre dangereuse la procédure orale par ignorance.

Ce qui assez intéressant c'est bien de constater qu'en même temps les magistrats du T.G.I. souhaitent de plus en plus voir les avocats aux audiences de procédure...et demande de recevoir comme le demande les juges rapporteurs des juridictions consulaires les dossiers de plaidoirie avant l'audience fixée pour entendre les exposés des avocats. Il est maintenant prévu que les audiences de plaidoirie seront devant le T.G.I. inter-actives, calquées sur la pratique des juges consulaires.

L'écrit des parties dans la procédure orale (2)

Par gilles.huvelin le 19/12/07 - 08:40

Publié sur gilles.huvelin

Mots-clés : procédure, procédure orale

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Je recommande à tous les praticiens des tribunaux dits d'exception la lecture de l'article de Monsieur Christian Gentili, Maître de conférences à la faculté de droit de l'université Jean Moulin ( Lyon III) publié sous le titre ci-dessus dans le numéro 12 du mois de décembre 2007 dans l'édition "PROCEDURES" des revues JurisClasseur.

Un fois de plus nous pouvons constater grâce au travail de cet auteur que la jurisprudence et les textes applicables sont en désaccord et que le mélange des genres qui n'est pas une méthode de travail reste une méthode de pensée pour les magistrats de la Cour de Cassation.

A force de mélanger les définitions ou de les ignorer avant rendre ses décisions force est de constater que la Cour de Cassation ne sait plus ce qu'est une procédure orale....J'attends le moment où elle ne se souviendra plus de ce qu'est une procédure écrite.

En conclusion :

Au lieu de désavouer la Cour de Cassation en rappelant les textes existants et réclamer leur saine application le rapport Guinchard a préféré ajouter aux errements de notre Cour souveraine en proposant la légitimisation de la mise en place d'un régime procédural bâtard entre procédure orale et écrite comportant la possibilité de dépôt de conclusions par la poste, ainsi que l'absence des parties tant aux audiences de procédure qu'à l'audience de plaidoirie. C'est une nouvelle boîte de Pandore !

Ceci dit tout est un éternel recommencement et un jour la procédure orale sera à nouveau révolutionnaire, à la mode, et tout le monde la trouvera parée de tous les avantages. Il suffira d'apprécier la dématérialisation, l'économie de moyens, la convivialité et un goût pour la simplicité et l'efficacité.

Par gilles.huvelin le 18/07/08
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Monsieur le Bâtonnier,

J'ai appris avec stupéfaction en lisant le bulletin de l'ordre du barreau de Paris n°28 de ce 15 juillet que le Conseil avait décidé d'approuver le rapport GUINCHARD notamment en ce qui concerne la sécurisation de la procédure orale.

Vous voudrez bien trouver sur mon blog en cliquant sur l'adresse ci-dessous l'article que j'avais consacré le 4 juillet* sur cette question.

Benoîtement je considérais que notre Ordre consulterait par exemple les praticiens de la procédure commerciale, comme cela pour savoir ce qui se passe dans la pratique et le pourquoi du comment. Et bien non.

Après avoir modifié mon article je vous l'adresse.

Je suis manifestement en colère. Il y a de quoi. Mais qui le sait pour voter une telle résolution. En résumé, le Conseil sur cette question se moque du monde. Si sur une question que je connais sur le bout des doigts je peux faire ce constat j'en arrive à penser que sur les autres sujets qui me sont moins familiers il en va de même.

Finalement le Conseil de l'Ordre ne se comporte-t-il pas autrement que notre Gouvernement ou notre Parlement ?

Pourriez-vous pendant les 18 mois de votre Bâtonnat restant vérifier que les MCO s'arrêtent de penser et qu'ils consultent la base qui a les mains dans le cambouis avant de faire des rapports et des projets de résolution ou finalement de faire que le Conseil procède comme nous le souhaiterions de tout gouvernement lorsqu'il prétend simplifier la vie des entreprises : Qu'il s'arrête de travailler sur des problèmes qu'il ne connaît pas.

Les postures sont des impostures.

Je vous remercie de votre attention.

Recevez, Monsieur le Bâtonnier et cher confrère, mes meilleures salutations

Gilles Huvelin

Avocat au Barreau de Paris

* je l'ai depuis remanié complété et refondu car je me suis aperçu que ce qui est une évidence pour moi ne l'est pour peu de lecteurs si j'en crois les réactions reçues. L'article en question intitulé "La procédure orale et le rapport Guichard" est donc réécrit en date du 22 juillet 2008. Ce qui m'a permis de corriger d'inombrables coquilles et fautes d'inattention commises pour avoir voulu réagir dans l'urgence. J'ai également moins fulminé contre mon Ordre professionnel en me rendant compte à quel point les fondements de la procédure orale étaient ignorés et la pratique méconnue.

Par gilles.huvelin le 18/07/08
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Ce Lundi 14 juillet 2008 notre Confrère Yves Neveu est décédé.

Ancien Agréé près du Tribunal de Commerce de Paris, fidèle à la tradition, c'est une figure du barreau qui disparaît.

Inutile de rappeler à ceux qui l'ont connu ses qualités professionnelles, son humour et son rire qui resteront dans notre mémoire.

Ses obsèques auront lieu le 21 juillet à 10 heures 30 en l'Eglise Saint Sulpice à Paris.

Il est coutume de dire que personne n'est indispensable. Les dictons populaires sont des mensonges faits pour nous consoler. Les êtres qui nous aimons nous sont indispensables et demeurent irremplaçables lorsqu'ils nous quittent.

Par gilles.huvelin le 04/07/08
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Depuis la loi de 1971 il était envisagé de permettre aux différents professionnels du droit et du chiffre de créer des structures communes au sein de SCM par exemple, et certains avaient même imaginé dès le départ que l'avenir serait de pouvoir fonder des SCP interprofessionnelles offrant aux entreprises et justiciables tous les services juridiques et comptables nécessaires au sein d'une seule structure.

J'ai longtemps espéré les décrets d'application qui permettraient cette petite révolution intellectuelle.

A l'époque le barreau a refusé toute évolution et a fait preuve d'un conservatisme resté particulièrement virulent jusqu'à maintenant au nom de principes mal compris et mal appliqués servant d'alibi au protectionnisme de praticiens dominant la répresentation de la profession.

Je peux témoigner qu'ayant voulu faire mon stage d'avocat chez un expert-comptable commissaire aux comptes je me suis entendu dire que c'était impossible parce qu'il n'y avait qu'une salle d'attente commune "...et puis vous n'allez pas faire votre stage avec un auxiliaire de justice mineur". A l'époque les Commissaires aux comptes payaient leurs satagiaires beaucoup mieux et de loin que les membres du barreau qu'il fallait pratiquement payer pour avoir l'honneur de travailler avec eux lorsque vous sortiez de l'université.

No comment.

Aujourd'hui je ne suis pas mécontent de la démarche du Président de la République qui est membre du barreau de Paris. Nous sommes lui et moi de la même génération et il est possible qu'il se soit heurté un temps à ce comportement particulièrement frileux pour ne pas dire plus de certaines professions.

Aussi il m'est agréable de porter à votre connaissance, ci-dessous une dépêche du jurisclasseur qui pose clairement la bonne question: Allons nous...

Vers la création d'une grande profession du droit ?

Le président de la République a confié, le 30 juin à Maître Darrois, la présidence d'une commission chargée de réfléchir à une réforme de la profession d'avocat, avec comme objectif la création d'une grande profession du droit.

Dans sa lettre de mission, le chef de l'État demande à la commission, d'ici le 1er janvier 2009, de « dégager les lignes d'une réforme en profondeur de la profession d'avocat ».

Plus généralement, la commission devra formuler des propositions sur une réforme des structures d'exercice des professionnels du droit « destinées tout à la fois à favoriser la concurrence et leur compétitivité interne et internationale et à améliorer la qualité des services rendus aux usagers ».

Le président indique qu'il est notamment nécessaire de « donner aux cabinets d'avocats français les moyens de leur développement face aux cabinets anglo-saxons ». Certaines pistes pourraient être explorées telles que la constitution de cabinets pluridisciplinaires ou le recours à des investissements extérieurs pour assurer le développement de structures efficaces et adaptées à la compétition internationale.

Le chef de l'État met, en outre l'accent sur « l'éparpillement des compétences » difficilement compréhensible pour le justiciable. S'appuyant sur l'exemple du divorce qui peut faire intervenir un avocat, un avoué en appel, un huissier, un notaire, il estime ainsi qu'une « simplification s'impose ».

Enfin la commission est chargée de proposer des modalités de régulation et de gouvernance de cette nouvelle profession et/ou des professions existantes en vue de « favoriser la confiance du public français et étranger dans notre système juridique ». Une réflexion sur le système d'aide juridictionnelle est également attendue.

Prés. Rép., 30 juin 2008, lettre de mission

Source : Dépêches du Jurisclasseur

Par gilles.huvelin le 01/07/08
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Les 65 propositions de la commission Guinchard

La commission Guinchard a remis au garde des Sceaux, le 30 juin, un rapport comportant 65 propositions visant à simplifier les procédures civiles et pénales (JCP G 2008, act. 67).

23 propositions sont relatives à l'organisation judiciaire, 8 à l'accès à la justice et la procédure et 34 à la déjudiciarisation et à l'allégement des procédures.

Le rapport préconise notamment la simplification de l'articulation des contentieux civils de première instance, d'une part, par intégration des juridictions de proximité dans les tribunaux d'instance, mais rejette l'idée d'une fusion des trois juridictions civiles de première instance en un tribunal unique. Le TGI, à ressort territorial constant, se concentrerait, d'autre part, sur 3 grands blocs de compétences :

- le bloc familial avec une compétence du JAF renforcée par la création d'un « pôle famille » qui connaîtrait de la tutelle des mineurs, des liquidations et du partage des indivisions conjugales ;

- le bloc pénal avec la création d'un pôle pénal au sein de chaque TGI et la disparition des tribunaux de police (création d'une chambre compétente en matière contraventionnelle) ;

- le bloc des affaires civiles complexes (immobilier, saisies immobilières, en matière successorale, fiscale et baux commerciaux et professionnels) avec l'extension à la procédure d'injonction de payer.

La commission prévoit également le regroupement de certains contentieux au sein de juridictions spécialisées, en particulier : la création d'un pôle civil « diffamation et injures » dans chaque TGI ; une juridiction unique pour le contentieux des brevets d'invention ; un TGI par ressort de cour d'appel pour connaître, notamment, des contentieux en matière de propriété intellectuelle, des juridictions spécialisées en matière d'adoption internationale, des pôles « grandes catastrophes en matière de transport ou grandes catastrophes liées à un risque technologique ».

En outre, le rapport recommande le maintien de la procédure de divorce par consentement mutuel devant un juge mais selon une procédure allégée et un coût régulé ou tarifé. L'idée d'une déjudiciarisation de cette procédure avait été abandonnée par le chef de l'État le 27 juin.

La commission met également l'accent sur l'évolution vers une régulation des honoraires d'avocats (barèmes indicatifs en particulier en matière de pensions alimentaires ou d'indemnisation du préjudice corporel, etc.), ou à défaut un tarif maximum fixé par l'État (JCP G 2008, act. 454).

Les autres recommandations concernent notamment : la création d'audiences de proximité en matière familiale ; la sécurisation des procédures orales ; les recours en matière de tutelle portés devant la cour d'appel ; le recours obligatoire à un avocat en matière de baux commerciaux et professionnels.

Enfin, la commission propose un développement de la transaction et des procédures allégées. En matière civile, il s'agirait du renforcement de la conciliation et de la médiation, et la création d'une procédure participative de négociation assistée d'un avocat. En matière pénale seraient développées des procédures pénales simplifiées avec notamment l'extension du domaine d'application de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité à tous les délits quelle que soit la peine encourue.

Source DEPECHES DU JURISCLASSEUR

rapportant le discours du Ministère Justice, 30 juin 2008.