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Par gilles.huvelin le 18/01/16
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Ce qui peut concerner les professions du droit. D'accord ? Pas d'accord ? Un temps de réflexion: Le philosophe québécois Alain Deneault fustige un monde où, avec la transformation des métiers en "travail", le "moyen" est devenu la norme. Interview.

Propos recueillis par Victoria Gairin
Publié le 16/01/2016 à 12:14 | Le Point.fr
 
Alain Deneault  est docteur en philosophie et enseignant en sciences politiques à l’université de Montréal. © DR

« Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l'affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l'aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune bonne idée, la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres – il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé (...) : les médiocres ont pris le pouvoir. » Voilà qui est dit. Alain Deneault n'est pas du genre à mâcher ses mots. Docteur en philosophie et enseignant en sciences politiques à l'université de Montréal, auteur de nombreux ouvrages sur les paradis fiscaux et l'industrie minière, le penseur québécois s'attaque cette fois-ci dans La Médiocratie (Lux Éditeur) à la « révolution anesthésiante » par laquelle le « moyen » est devenu la norme, le « médiocre » a été érigé en modèle. Entretien.

Le Point.fr : Qu'entendez-vous par « médiocratie » ? Quelle différence avec la « médiocrité » ?

Alain Deneault : « Médiocrité » est en français le substantif désignant ce qui est moyen. « Moyenneté » ne se dit pas. Mais quelque chose distingue bien les deux termes. La moyenne renvoie à une abstraction – on parlera de revenus moyens, de compétences moyennes… – tandis que la « médiocrité » désigne cette moyenne-là en acte. Or il ne s'agit pas d'un livre sur la médiocrité, ni d'un essai moraliste ou moralisant, mais une tentative de comprendre une tendance, une dynamique sociale qui contraignent à une production moyenne. C'est la « médiocratie », le stade moyen hissé au rang d'autorité. Elle fonde un ordre dans lequel la moyenne n'est plus une élaboration abstraite permettant de concevoir synthétiquement un état de choses, mais une norme impérieuse qu'il s'agit d'incarner. Si nous sommes honnêtes, on est tous un jour ou l'autre moyens en quelque chose – on ne peut pas toujours être au maximum de nos capacités ! Le problème, c'est que l'on nous contraigne à l'être en toute chose.

Quand la médiocrité est-elle passée à l'acte ? Depuis quand les médiocres ont-ils pris le pouvoir ?

C'est arrivé progressivement. La division et l'industrialisation du travail – manuel et intellectuel – ont largement contribué à l'avènement du pouvoir médiocre. Au XIXe siècle, le « métier » devient « emploi ». Le travail, désormais standardisé, réduit à une activité moyenne avec des critères précis et inflexibles, s'en trouve dépourvu de sens. Ainsi, on peut passer dix heures par jour à confectionner des repas à la chaîne sans pour autant être capable de se préparer à manger chez soi, poser des boulons sur une automobile sans savoir réparer sa propre voiture ou bien vendre des livres et des journaux qu'on ne prend plus le temps de lire soi-même. La fierté du travail bien fait a donc tendance à disparaître. Marx l'explique d'ailleurs très bien dans son Introduction générale à la critique de l'économie politique lorsqu'il analyse que « l'indifférence à l'égard du travail particulier correspond à une forme de société dans laquelle les individus passent avec facilité d'un travail à un autre, et dans laquelle le genre déterminé du travail leur paraît fortuit et par conséquent indifférent. » On passe d'un travail à l'autre comme s'il ne s'agissait que d'un moyen de subsistance. La prestation devient moyenne, le résultat tout autant et les gens parfaitement interchangeables. Auparavant, chez La Bruyère, par exemple, le « médiocre » apparaissait souvent sous la forme d'un rusé, qui se faufile parmi des gens méritants et compétents. À sa suite, quoiqu'extrêmement différents, des auteurs comme Marx, Max Weber, Hans-Magnus Enzensberger ou Laurence Peter font état d'une évolution : le médiocre devient le référent de tout un système.

Un système qui exige avant tout de « jouer le jeu ». Selon vous, cette expression courante pourrait bien être le slogan de la « médiocratie ». Qu'entendez-vous par là ?

Cette expression désormais courante est elle-même assez représentative du problème puisque pauvre sémantiquement. Elle comporte deux fois le même mot sous deux formes différentes. Mais, sous ses dehors ludiques, inoffensifs et enfantins, son sens est bien plus grave. Le jeu serait d'abord un ensemble de règles non écrites et de procédures usuelles quoique informelles auxquelles on doit se prêter si on compte arriver à ses fins. Cela passe essentiellement par certains rituels qui ne sont pas obligatoires, mais marquent un rapport de loyauté à un corps, au réseau. Mais le revers de ces mondanités – soirées, déjeuners, ronds de jambe et renvois d'ascenseur – est violent. On tue symboliquement pour punir un manque d'allégeance au réseau, dans des contextes qui laissent aux plus forts une grande place à l'arbitraire. En fin de compte, cela génère, sans que l'on y prenne garde, des institutions et des organisations corrompues au sens fort, au sens où les représentants d'institutions perdent souvent de vue ce qui les fonde en propre, au profit d'enjeux qui n'ont rien à voir avec leur bien-fondé social et historique. Et la médiocratie gagne du terrain.

La figure qui incarne le mieux, selon vous, la médiocratie serait celle de l'expert. Or on aurait tendance à penser que celui-ci tire justement la société vers le haut. N'est-ce pas paradoxal ?

Le théoricien Edward Saïd a traité de front ce paradoxe en distinguant bien l'expert de l'intellectuel. L'expert, dans la configuration contemporaine, c'est trop souvent celui qui travaille de façon paramétrée, et qui déguise en connaissance des discours d'intérêts. Il est le représentant de pouvoirs qui l'embauchent portant les habits du scientifique désintéressé. L'intellectuel, au contraire, se penche sur des problématiques parce qu'il s'y intéresse en tant que telles, sans commanditaire particulier. L'expert ne se contente pas de donner son savoir à des gens afin qu'ils aient tous les outils pour délibérer : il érige une position idéologique en référent objectif, en savoir. À l'université, c'est une vraie question que doivent désormais se poser les étudiants : veulent-ils devenir des experts ou des intellectuels ? Si tant est que l'université, de plus en plus subventionnée par les firmes privées, soit encore capable de rendre possible ce choix. L'expertise consiste de plus en plus souvent à vendre son cerveau à des acteurs qui en tirent profit.

C'est-à-dire ?

Aujourd'hui, loin s'en faut, les étudiants ne sont plus à l'université uniquement pour acquérir un savoir en tant qu'il a une pertinence sociale. Ils passent nettement pour une marchandise eux-mêmes. L'institution se cache de moins en moins du fait qu'elle vend ce qu'elle fait d'eux aux entreprises privées et autres institutions qui la financent. Ce ne sont pas tant les groupes privés qui financent l'université que l'État qui leur livre l'université comme un pôle de recherche et de développement subventionné. À l'automne 2011, Guy Breton, le recteur de l'université de Montréal, affirmait que « les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises », ces mêmes entreprises (bancaires, pharmaceutiques, industrielles, gazières ou médiatiques) qui siègent au conseil d'administration de l'université. On se retrouve face à un isolement de la pensée critique. C'est l'autre versant du problème : on n'a jamais eu autant besoin de sociologues, de philosophes, de littéraires pour décrypter tel ou tel phénomène. Dès lors que les acteurs de ces sphères s'enferment dans des mondes hermétiques, ultra-spécialisés, on se trouve socialement privés de ce dont on a grand besoin : des recherches et une pensée dégagées des contraintes de la professionnalisation.

À l'origine de la médiocratie, vous évoquez la montée en puissance de la « gouvernance ». De quoi s'agit-il ?

Il s'agit du versant politique de la médiocratie. Dans les années 1980, les technocrates de Margaret Thatcher ont repris le corpus de la « gouvernance », d'abord développé dans la théorie de l'entreprise privée, pour subordonner l'État à la culture du secteur privé. Sous le couvert d'une meilleure gestion des institutions publiques, il s'agissait d'appliquer à l'État les méthodes de gestion des entreprises privées, supposées plus efficaces. Dans un régime de gouvernance, la gestion a pris la place de la pensée politique. Tout le vocabulaire traditionnel est renversé, on dit gouvernance pour politique, acceptabilité sociale pour volonté populaire, partenaire pour citoyen… On fait désormais du problem solving en recherchant une solution immédiate et technique pour répondre à un problème immédiat. Cette disqualification de la politique exclut toute réflexion fondée sur des principes, toute vision large articulée autour de la chose publique. C'est l'avancée du désert managérial : un ministère québécois a récemment embauché un « architecte en gouvernance d'entreprises ministérielles » qui devait « maîtriser l'approche client » et se savoir « propriétaire de processus ». Je doute que l'on se comprenne vraiment dans ces milieux. Il est dramatique qu'en nous privant de notre patrimoine lexical politique on efface peu à peu les idées et les grands principes qui nous permettaient de nous orienter publiquement. En ce sens, le terme « gouvernance » est représentatif d'une époque qui préfère les notions vides de sens, qui sont autant de participes présents substantivés : « migrance », « survivance », « militance »...

Si elle est liée, comme vous le dites, à l'économie de marché, comment résister à la « médiocratie » ?

Je ne vais pas faire du problem solving : il n'y a pas de réponse administrative et pragmatique. Mais il existe malgré tout de nombreux moyens de lutter contre cet état ambiant qui ne nous porte pas vers le haut. Résister d'abord au sens de résister au buffet, à la somme de petits avantages qui rendent mesquin. Revenir à des concepts forts pour penser les choses, ne pas laisser la langue pauvre du management nous fondre dessus, s'emparer de sa subjectivité, et retourner comme un objet de la pensée cette langue corruptrice?

La Médiocratie d'Alain Deneault, Lux Éditeur, 223 pages, 15 euro

Par gilles.huvelin le 15/01/16
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La période du changement d’année est aussi celle du changement de saison. Avec son lot de décès de personnes fragilisées par l’âge ou/et la maladie. Et bien sûr, alors que nous sortons de la trêve des confiseurs et des vœux, nous espérons plus de douceur dans un monde en ralentissement économique qui explique en partie la chute du prix du baril de pétrole qui peut entrainer un stagnation ou le début de décroissance à laquelle nos économistes n’ont pas cru. Que ce soit le dernier livre que Mathieu RICARD a co-écrit ou celui de Jean d’Ormesson, le propos est partout le même : Prenez du temps pour vous. Contentez votre Moi. Soyez doux avec vous-même et avec les autres. Tous nos philosophes en sont d’accord et cela depuis les temps antiques. Ce sont des propos universels qui n’ont jamais été aussi convaincants parce que l’époque est davantage au stress, à la compétition, dans un monde attristé. Pour autant, plus on parle d’une chose et moins c’est vrai. Exemple : l’étalement des vacances. Le discours a été constant en faveur dudit étalement jusqu’au moment où il a bien fallu constater que les vacances sont prises en periode estivale entre le 14 juillet et le 15 Août.

Les Etats-Unis nous annoncent dix ou quinze ans en avance, les mutations de notre propre société. C’est un peu comme la vitrine de notre avenir. Elle nous avait donné à voir toutes les formes de violences à laquelle nous sommes maintenant habitués. Une nouvelle forme nous arrive : celle gratuite et inhumaine de sociopathes qui ne savent pas comment et où trouver un alibi ou un mobile à leur rébellion, leur mal-être, leur marginalisation dans une société pour laquelle ils n’ont pas acquis les clés de l’intégration culturelle, intellectuelle, et donc professionnelle.En plus personne ne dit au jeunes dans les collèges et lycées les mécanismes qui peuvent les amener à devenir associaux et sociopathes. Il ne reste à tous ces jeunes marginaux de 15 à 35 ans qu'à  trouver une arme et un "motif" pour passer à l'acte.

Parallèlement de plus en plus de personnes diplômées se mettent en retrait de notre monde en compétition et fait de violences de toutes les formes. Ils acquièrent une sagesse, dont Mathieu RICARD est un exemple emblématique. D’autres, après un « burn out » décident de s’arrêter tout bonnement de participer à la folie quotidienne de nos activités habituelles et de s’imposer des contraintes sociales.

J’ai pu voir les derniers documentaires qui nous emmènent sur la côte nord-est des Etats-Unis, de New-York à la frontière Canadienne. Tout le long de la côte on trouve des personnes qui ont refusé de s’adonner à  la modernité débridée et ont fait le choix d'un métier tranquille, répétitif, indépendant, ou au sein de petites équipes amicales ou familiales,  dans des petits ports ou des villages côtiers. Ils travaillent douze heures par jour. Ils le font lentement, à leur propre rythme. Tout est simple parce qu’habituel, quotidien. Un peu musicien, un peu artiste mais surtout souriant et détendu. Curieusement l’Université de Yale, le M.I.T. ou HARVARD qui nécessitent une compétition acharnée pour y parvenir paraissent des havres de paix alors que New-York et Boston sont de véritables piles.

Il semble que les générations que nous appelons Y et Z sont entrain de décrocher de nos modèles. Encore à la marge, les héros de la réussite se sont convertis en cultivateurs de potagers sur les terrasses des immeubles pour restaurants de luxe.  

On peut ricaner mais ce décrochage qui existait depuis les années 1970 en Californie; pendant que le sénateur Mac Govern, libéral de gauche snobe et sifflotant faisait le pire score des démocrates à l’élection présidentielle américaine; gagne du terrain un peu partout : La vie personnelle avant celle au travail. Notre société explose en deux mondes : moins de personnes s’acharnent à travailler dans des métiers sous pression pour lesquelles la connaissance se renouvelle tous les jours. Mais ces métiers finiront par être pratiqués à l’américaine selon des pratiques américaines ( ce que nous voyons à la télévision dans des séries n’est pas représentatif ) et c’est comme cela que la « Commun law » s’imposera.  C’est le mode de vie qui impose la pratique et l’évolution du droit. Or malgré tout ce que nous montre la vitrine américaine nous empruntons les mêmes chemins avec les mêmes chaussures. L’acquisition de la sagesse n’a rien à faire là-dedans. Appliquer la règle de n'avoir aucun objet pour être libre et sage n'est pas utile dans notre vie urbaine de travailleurs libéraux. Répéter dix fois le mantra : «  je n’en ai pas besoin » n’est d’aucune aide sauf à décider de tout larguer en pleine audience pour devenir moine tibétain dans le nord de l’Inde.

-« Monsieur le Président, j’en ai ma claque de vos remarques sur le fait que l’intérêt de mon client n’est pas de demander un renvoi, voilà ma robe et les clés de mon Cabinet, débrouillez-vous avec… »

Notez que cela doit faire un bien fou…Et c’est mieux que de sortir un fusil d’assaut de sous sa robe.

Si j’écris cela, c’est que notre Ordre et le CNB ont, sans doute, conscience de devoir repenser le quotidien de notre vécu professionnel. La « ligne bleue » genre « SOS amitié » ne suffit plus. Vous pourrez me dire parce que vous avez le temps de lire ce blog et donc d’une exceptionnelle disponibilité que nous pouvons y réfléchir nous-même.  Sauf que ce métier est constamment la tête dans le guidon et beaucoup de confrères n’ont pas les moyens de prendre le temps, sans compter que ce n’est pas individuellement que peut se résoudre nos contraintes d’adaptation. Nous sommes à la croisée de deux époques et de deux mondes. Les bouleversements intellectuels, économiques et sociaux seront terribles alors que la période de conversion devant nous, se dévoile courte. La prise d'opportunités exige réactivité et prise de risques. Notre profession doit en trouver les moyens. Ou il faudra la quitter enfin libre d'aberrations pour s'adonner paisiblement à la restauration de meubles dans un bourg d'un coin du Jura où les lynx et les loups sont, parait-il, revenus.
Pour le reste souvenons - nous que les révolutionnaires sanguinaires étaient des sociopathes et souvent en plus des gangsters. Ils n'ont rien à envier aux dangereux islamistes radicaux actuels dont la révolte fondée sur leur déshérence ne rencontre qu'incompétence, ignorance et prévarication ou corruption.

Par gilles.huvelin le 15/01/16
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    L’arrêté du 23 décembre 2015 fixant le taux de l'intérêt légal pour l'année civile est paru au JO du 27 décembre 2015. Ce texte fixe les taux de l'intérêt légal, pour les créances des personnes physiques n'agissant pas pour des besoins professionnels d'une part, et pour tous les autres cas, d'autre part. Ceux figurant dans l’arrêté seront ainsi applicables au premier semestre 2016. Ce taux est fixé pour le premier semestre 2016, pour les créances des personnes physiques n'agissant pas pour des besoins professionnels à 4,54 % et pour les autres cas à 1,01 %