gilles.huvelin

Par gilles.huvelin le 31/08/18
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J'ai aimé travailler et j'ai beaucoup travaillé. J'aime écrire. Un écrivain écrit pour soi. J'ai beaucoup écrit pour mon seul plaisir. Je n'en fait pas grand cas. La transparence ne me paraît pas devoir être absolue. Je ne crois pas avoir grand chose à cacher même si au cours d'une vie nous ne pouvons pas être tous fiers de toutes nos actions. Cependant j'ai des opinions et des pensées que je souhaite garder pour moi. Et en les adaptant à mon parcours, vous avez reconnu en ces mots, ceux que disait en substance Jean d'Ormesson. J'ajoute comme lui: j'aime la vie. J'ai aimé, passionnément. Il est évident à mes yeux que nous suivons un peu près tous la même parabole de l'existence. D'abord nous apprenons puis nous croyons que nous pourrons nous servir de ce qui nous a été enseigné. Nous avons cru modestement, non pas changer le monde, mais avoir une conduite qui soit un exemple de ce qui nous paraissait proche d'une forme de bien fondé social en aimant les arts, en lisant beaucoup les bons auteurs et en étant démocrate. Bien sûr, nous nous sommes souvent trompés. Nous en avons eu conscience trop tard. Et puis peu à peu nous nous apercevons que notre monde ne fonctionne pas en dehors du jeu de conventions dont il faut avoir simplement les codes. Que toute idée de vouloir faire bouger les choses est condamnée plus vite que celle qui favorise l'implacable immobilisme fomenté sous les habits d'un progrès qui se paie de mots pour ne rien changer. Assez vite la mesure de la médiocratie aristocratique de notre classe politique fait que vous êtes conduit à considérer que la démocratie est fondée sur le choix d'esprits assez étroits qui font semblant de gouverner, faute pour les rares qui en auraient la volonté de trouver le soutien des corps intermédiaires subventionnés dont les prébendes sont fondés sur le conservatismes du plus grand monde d'irresponsables, sachant par ailleurs que les médias ont un niveau de conscience ramené au taux de l'audimat. Vous finissez rapidement par douter de l'intelligence collective puis de celle de vos contemporains. Vient le moment où vous ne savez plus si vous avez affaires avec des gangsters ou avec des imbéciles, au profit de mafias. Je croyais que les gens le faisaient exprès, puis je me suis rendu compte qu'ils faisaient ce qu'ils pouvaient. Ma vie en a été changée. "Je suis devenu gentil un peu par indifférence, je ne donne plus de conseil, et si je parle beaucoup, c'est pour me cacher. Je suis devenu spectateur d'un monde" qui feint d'ignorer sa perte par une démographie galopante et sa courte vue sur chaque chose, donnant à ceux qui ont le droit de nuire, toujours au nom des principes les plus élevés le soin d'imposer les modes de penser et leur détestation notamment des contraintes pour l'intérêt général. La tentation de Venise vous prend par la main. Car soyons juste, notre société s'invente des excuses: ni le néo-libéralisme, ni le socialisme existent, c'est un vocabulaire de polititocards complexés. Reste que "Libéral" est une injure chez nous, tandis que "communiste" demeure un compliment auréolé par la Révolution. Mais le communisme a engendré partout et de tous les temps la misère et les dictatures les plus effroyables. Le libéralisme a toujours apporté la liberté et le progrès pour la santé, l'éducation, ainsi que le développement de la solidarité que permettent les bénéfices, là où les collectivistes préfèrent les déficits et la pauvreté qu'ils engendrent. L'effort, la responsabilité, gardent mauvaise presse face à la prise en charge collectiviste. Au delà, c'est du baratin d'éditorialistes en mal de copie. Nous savons que les communistes au pouvoir confisquent les fonds publics et la liberté. L'économie libérale est la pire à l'exclusion de toutes les autres, comme la démocratie est le pire système politique à l'exclusion de tous les autres. Rien n'est parfait dans le monde de la matière vivante. Nous pouvons nous fatiguer assez vite de défendre la lucidité et le pragmatisme contre les dogmes, ainsi que les symboles réducteurs de tête et les slogans qui les véhiculent. La dernière idée de génie est de faire croire que l'écologie peut prospérer sans être rentable, et sans un marché solvable, tout en garantissant un développement social. Encore la quadrature du cercle. Il n'y a plus qu'en politique que l'on peut avoir le culot de prétendre y parvenir. Je suis sûr que si dieu devait m'apparaitre après ma mort, qui est aussi inéluctable que la vôtre, il me dirait que j'ai bien fait de ne pas croire en lui. Venise est encore le dernier refuge d'une civilisation perdue et j'aime m'y promener hors des quais et des canaux parcourus par les touristes, encore, me direz-vous, dans les pas de Jean d'Ormesson, que décidemment nous pouvons retrouver partout car nous avons tous un peu de lui en nous. "Ne vous enfermez pas dans les musées." disait-il. Il avait raison. A le relire, l'âge venant, je n'arrive pas à lui donner tort y compris sur Venise. De la même façon il m'est difficile de dire le contraire d'Albert Camus à propos de cette citation: "Le temps qui nous reste à vivre est plus important que toutes les années écoulées." Et d'un autre auteur dont je n'ai pas retenu le nom, je garderai, cette merveilleuse réflexion: "Nous avons le choix entre être heureux ou avoir raison."

Par gilles.huvelin le 09/08/18
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Médiapart a publié le 31 juillet dernier un interview de Madame Elsa Johnstone, juge d’instruction et membre du syndicat de la magistrature et de la revue « Délibérée », avec, pour accroche, sa citation : « Il n’y aura sans doute plus d’audiences. », ce qui parait un titre très provocateur. Sans dire que déjà il est quasiment impossible de rencontrer une Juge de la Mise en Etat, et jamais un Conseiller de la Mise en Etat, ni écrire que les audiences de plaidoirie sont de plus en plus réduites aux dépôts de dossiers. Les magistrats sont débordés ? Normal, les taux d'intérêts légaux sont moins chers que ceux des découverts ou des prêts bancaires. Quant aux dommages-intérêts alloués, ils sont dérisoires et certainement pas dissuassifs. 

Nous n'avons plus les moyens des fonctions régaliennes de l'Etat. Il est donc important de savoir comment nous pourrions encore disposer de ceux que les conséquences de la mise en oeuvre de nos principes exigent ? Ne chercher pas de réponse dans cet article de ce magistrat, la question n'est même pas évoquée, car il se doit d'être au-dessus de ces viles contingences.

Mais je suis absolument enchanté de constater que les magistrats prennent la mesure des réformes qui sont imposées à la Justice de notre pays. Celui-ci après 72 ans de communisme larvé dont 44 ans continus de déficits accumulés tous azimuts et pas seulement budgétaires, et 15 ans successifs de balances commerciales négatives qui succédent à la destruction de notre industrie au nom de la lutte contre le « travail nuisible », n’a plus les moyens de ses fonctions régaliennes. La question est donc de savoir comment peut-on trouver ceux pour faire face aux conséquences de principes dont l’application a pour but de maintenir les conservatismes et la sclérose d’une fonction publique prébendière. En fait, comme vous le pensez bien, l’article élude toutes ces questions bassement matérielles pour en poser d’autres qui contiennent dans leur formulation les réponses les plus dogmatiques et démagogiques possibles.

Insidieusement, ainsi, notre juge se demande s’il ne faudrait-il pas inventer « d’autres scénarios plus vertueux et désirables » au moment de l’I.A., des algorithmes et du neuro-droit ?" Sans rien proposer, mais en laissant penser que le gouvernement manque d'imagination.

Ensuite l’éminent magistrat formule l’interrogation du sort des professions judiciaires qui vont survivre ou disparaitre avec la dématérialisation et la déjuridiciarisation qui pointent leur nez dans l’archaïsme de notre Justice. Tant que les avocats se voyaient seuls menacés par l’Intelligence Artificielle et les algorithmes, le propos n’intéressaient pas les magistrats. Le fait que le Barreau se voit déjà imposer un RPVA et une plateforme de recours qui leur transfèrent la charge des greffiers tout en lui ménageant des complexités absurdes et des pièges de pure forme, ainsi que des délais courts aberrants, les magistrats n’avaient cure de son sort.
Depuis que tout le monde en dehors de la magistrature réclame que le recrutement des juges se fassent dans les rangs des juristes expérimentés de la société civile et non plus à la sortie de l’ENM dans laquelle des étudiants entrent sans jamais avoir eu un quelconque rapport avec les réalités de la vie ou de l’entreprise et du management, un léger frisson parcoure l’échine syndicale des juges professionnels qui craignent pour leur effectif et les plans de carrière. Alors évidemment si les robots viennent rédiger non plus des conclusions mais aussi des jugements, où allons-nous, je vous le demande !

Mais ce serait un poil trop apparemment corporatiste, donc il est évoqué que les « populations les plus vulnérables » seront laissées de côté par la réforme de la Justice pour être reléguées dans un monde extra ou para—judiciaire. En fait les textes prévoient le recours à la médiation, la conciliation ou à une demande amiable ou hiérarchique pour résoudre toute difficulté juridique et à défaut d’une solution amiable, le recours au juge reste bien entendu ouvert. Autrement dit des magistrats craignent une déperdition de « clientèle », moins de procès, donc pas d’augmentation du nombre de juges, de moyens et donc pas plus voire moins de syndiqués, donc pas plus voire moins de capacité de nuisance.

La main sur le cœur, notre magistrat vient alors à s’interroger : « A quelles conditions imaginer alors une justice rénovée et réinventée, capable d’être à la fois sensible aux évolutions sociales et forte de son histoire et de sa mission régulatrice ? » Sauf que la seule source de droit, c’est la loi et que la jurisprudence n’est pas là pour réécrire, par exemple, le Code du Travail qui était pour 2/3 avant sa réforme constitué de jurisprudence, orientée, il va sans dire de la sensibilité sociale du syndicat !

Napoléon disait qu’il préférait une loi mal faite mais appliquée qu’une loi interprétée… et j’ajoute que c’est plus reposant pour tous les acteurs de la vie économique et sociale, et surtout plus sûr pour tout le monde.

 

La conclusion du propos de Madame Elsa Johnstone est comme le reste formulée par une question : « Se dirige-t-on vers des procédures de plus en plus homogènes au niveau international, dominées par le droit anglo-saxon, que ce soit au civil ou au pénal ? » et d’ajouter une autre interrogation : « Jusqu’à quel point la justice doit-elle se transformer, susciter d’autres procédures et d’autres figures, afin de poursuivre sa mission et conserver sa légitimité ? »

Je réponds pour la première partie que bien évidemment nous entrons de plein pied avec la réforme du droit des obligations et celle de la responsabilité dans la norme anglo-saxonne et la pratique du précédent. Les banques de données et l’intelligence artificielle devraient nous prémunir des arrêts de circonstances ou impubliables ou des arrêts de principe, en réalité « législatifs » dits, sous l’Ancien Régime, de règlement. Et bien j’en suis fort aise.

A propos de la deuxième partie de la conclusion de cet article je constate une chose choquante pour tout démocrate et tout républicain : Depuis que la justice est indépendante, elle n’a plus aucun contre-pouvoir et se comporte comme elle l’entend. C’est la seule autorité qui n’a aucun contre-pouvoir. Les juges de nos Cours souveraines ne sont même pas nommés par le Parlement. La représentation nationale ne contrôle pas l’activité des magistrats qui rendent leur décision au nom du peuple français ! C’est intolérable. Voilà des fonctionnaires, formés par une école de fonctionnaires, qui n’ont aucune autorité de tutelle démocratique, et qui exerce une fonction régalienne cardinale de l’Etat sur laquelle celui-ci n’a aucune emprise ni contrôle.  Encore une provocation du Syndicat de la Magistrature sur « la légitimité de la Justice » et je demande le rétablissement des lits de Justice, la dissolution de ce syndicat politique et l’envoi de ses membres à Epinal en exil.

Par gilles.huvelin le 03/08/18
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Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire de police a co-rédigé un ouvrage sur la géostratégie du crime avec François Thual dont voici un résumé :

" Nous ne sommes plus dans la série noire d'après-guerre ; désormais, sous l'action de puissances criminelles, les États eux-mêmes se trouvent contestés dans leur existence et doivent parfois battre en retraite. C'est la survie de nos démocraties qui est en jeu". Pourquoi la grande criminalité internationale a augmenté de façon exponentielle ; comment la lutte contre le terrorisme et le recul de l'État un peu partout l'ont favorisée ; quelles sont les luttes de territoires entre organisations ; comment des empires criminels se constituent, menaçant l'équilibre des États?; comment l'argent sale pèse sur l'économie mondiale ; pourquoi les élites sont fragilisées : deux spécialistes croisent criminologie et géopolitique pour nous révéler les vrais dangers de demain et peut-être déjà d'aujourd'hui ! "

Lire:         

Théorie des hybrides : terrorisme et crime organisé, CNRS éditions, 2017.

Visionner :

https://youtu.be/L4ce7gI5sOc