gilles.huvelin

Par gilles.huvelin le 07/11/18
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Le capital humain est pour les économistes la part de travail qualifié pour le développement du secteur qui produit le plus de croissance. Pour mémoire un secteur de croissance est, de tous les temps, celui qui permet de faire mieux avec une part travail moindre et qui trouve son développement avec plus de capital. Pour permettre à ce secteur de se développer il faut une part travail mieux formée, mieux éduquée et adaptable. Dans notre époque de mutation numérique où l'organisation est de plus en plus complexe en évoluant toujours plus vite, la question de la capacité d'adaptation, de remise en cause du mode de pensée, est primordiale. Les personnes qui constituent le capital travail du secteur le plus productif de croissance sont donc hautement qualifiées et parfaitement de fait de leur formation et capacités, adaptables, mais aussi les mieux rémunérées. Aujourd'hui l'intensité de la pression psychologiques sur ces personnes est importante. Il est sans doute encore plus importante pour ceux qui n'ont pas la qualification ou n'ont pas l'adaptation suffisante alors qu'ils répondaient à ces critères au moment de la fin de leurs études et ils resteront dans des secteurs d'activités qui deviennent les domaines d'application du secteur dominant créateur de la croissance. La part travail se partage en deux, la classe dite moyenne disparaissant dans les pays où le secteur de croissance le plus dynamique existe, car cette partie de la population subit la dévalorisation du marché de leur secteur de production qui disparaît ou ne produit pas le plus de croissance. La classe moyenne est, dans ce contexte économique, tirée vers le bas de l'échelle des rémunérations. Elle perd parallèlement pour ne pas dire en même temps, structurellement en pouvoir d'achat car elle appartient à une partie qui contribue en considération de son nombre, à l'impôt sous tous ses formes, directs et indirects (TVA, CSG) tout en subissant l'inflation même réduite, tandis que les hauts revenus issus du secteur de forte croissance, même s'ils paient une contribution proportionnelle à l'impôt, ne représentent qu'une part limitée des ressources fiscales globales car leur nombre est limité. La société se trouve coupée en deux parties en tous les points inégales. D'une part, les travailleurs les plus qualifiés, les plus adaptables, les mieux rémunérés et d'autre part, ceux qui travaillent dans les secteurs qui produisent moins de croissance, moins bien formés, moins adaptables, ou pas adaptable en raison du niveau d'éducation reçu ou de leur capacité, et moins bien payés, voir beaucoup moins, et même pour une part sans emploi. En résumé, Il y a une population qui fait partie des 10 ou 1 % les mieux rémunérés stressés et au bord du burn out, et une population travaillant dans un secteur en perte de croissance ou en déclin, qui déprime. Ils comptent le plus grand nombre de suicides aux USA. C'est en effet un phénomène bien connu au Etats-Unis qui frappe les "WNH", les blancs non hispaniques. Le coeur de l'électorat de Donald Trump, qui s'estime lésé et déclassé dans des pans de l'économie au rendement décroissant qui n'attirent plus les investissements. Ce n'est pas qu'ils vivent plus mal que leurs parents mais leurs conditions de vie deviennent comparables à celles des groupes sociaux perçus comme concurrents qui ont plutôt vu les leurs s'améliorer, à commencer les "blancs hispaniques". Le phénomène est connu du Barreau. Il y 45 ans, une licence en 4 ans était nécessaire et suffisant pour accéder au métier. Les stagiaires pouvaient s'inscrire au Grand Tableau après trois ans en Cabinet après avoir satisfait aux obligations dudit stage comprenant la charge de l'A.J. et une formation permanente, notamment. Ils étaient tous généralistes et à Paris, les avocats étaient 4000. Maintenant les collaborateurs sont recrutés après un concours, un an d'école dont six mois de stage en Cabinet, avec un niveau Master 2, un second diplôme obtenu dans une Université étrangère et la maîtrise d'une ou deux langues étrangères, pour exercer dans une spécialité. Bientôt il sera demandé systèmatiquement le diplôme d'un I.E.P et demain, à l'heure de l'I.A. , un diplôme d'ingénieur. Et le Barreau de Paris compte 28 000 confrères. Parmi ceux-là, il y a 30% de avocats qui sont dans la partie basse des revenus et dispensés de cotisation ordinale. Et sur ces 28000 avocats du Barreau de Paris, il y a 40% de collaborateurs qui constituent une population dont les revenus ne se confondent pas forcément avec celle qui est dispensée de cotisation ordinale qui se répartit sur toutes les tranches d'âge et concerne plutôt les plus de 55 ans. Il y a 45 ans, il y avait peu de collaborateurs mais ils étaient majoritairement mal payés, ils apportaient peu de valeur ajoutée mais ils arrivaient à s'installer. Aujourd'hui c'est l'inverse.
Nous y trompons pas, si les inégalités ont augmentées, (les 10% les plus riches reçoivent 35% du PIB dans l'UE) la pauvreté recule partout dans les 24 pays les plus développés, passant de 15,4 % à 5,7% de la population entre 1970 et 2000 alors que pendant le même temps la population humaine mondiale est passée de 4 milliards à 6 milliards de personnes pour pavenir à 8 milliards en 2020. Seule l'Afrique, en conséquence de sa démographie, a un PIB par habitant qui diminue. Globalement les inégalités à l'échelle de la planète du fait du développement de l'Inde et de la Chine a reculé de 4%, malgré le sort de l'Afrique, pendant la période 1970-2000. C'est la croissance qui réduit la pauvreté et les inégalités et plus rapidement dans les pays riches : les revenus des 1% les plus aisés a cru de 16 à 21% en 30 ans alors que celle du reste de la population a augmenté de 50% avec pour conséquence, l'écrasement général de la classe moyenne dans les pays les plus développés mais aussi le ralentissement devenu considérable de la progression des revenus du top 10% de la population. Un jour le chef du gouvernement communiste portugais, de Carvalho dit au premier ministre suédois, Olof Palme, qui lui demandait comment il allait, "Très bien, nous avons de moins en moins de riches, et vous, comment ça va ?" Et Olof Palme de répondre: "Très bien également...Nous avons de moins en moins de pauvres." Donc, plus d'avocats de mieux en mieux formés et adaptables, dans des structures d'activité, qui gagnent bien leur vie et de l'autre des confrères moins bien formés et moins performant, isolés, qui gagneront moins en moins bien leur vie au point de ne plus pouvoir faire face aux charges de leur entreprise, vraisemblablement au moment de la réforme des retraites, pour lesquelles en bonne logique les cotisations comprendront l'équivalent de la part salariale et de la part patronnale salariale, soit une augmentation de 63% de prélèvement, selon la FNUJA, avec peut-être un bonus du fait de la disparition de la "Grande Répartition" imposée actuellement au profit des régimes spéciaux déficitaires.

Cette situation frappe toutes les économies développés et génère une nouvelle population dénommée aux USA par l'acronyme "FIRE" désignant les indépendants, libres, qui se mettent en retraite tôt, dès 40 ou 50 ans. Ce n'est pas une question de moyens. C'est le résultat d'un choix de vie en rupture avec une société dans laquelle ces personnes ne se reconnaissent pas. Elles ne supportent pas le mode de vie urbaine des mégapoles, leur stress et leurs contraintes. Elles ont choisi de vivre modestement en économisant un maximum d'argent afin de pouvoir acheter un petit habitat à la campagne le moment venu, avec un lopin de terre pour vivre en autarcie et avec un petit revenu complémentaire. Ce modèle évidemment dépend pour la Santé et les services publiques de la solidarité de ceux qui sont restés dans nos mégapoles insupportables aux yeux de ces nouveaux néo-ruraux. L'exemple français qui vient immédiatement à l'esprit est Notre Dame des Landes.Tout compte fait, en y réfléchissant bien nous entrons bien dans l'époque de "SoylentGreen" (Le titre français est "SoleilVert), avec une société numérique soumise à l'I.A. dans ses murs et une population hors les murs. Elle sera constituée de ceux que la croissance laisse sur le bas-côté et de ceux qui feront le choix de ne pas en subir les effets.
En attendant, le ressenti concernant le pouvoir d'achat ne correspond pas à la réalité. Il augmente. Ce qui est vrai c'est que les revenus moyens ne sont plus aussi disparates. Il y a un tassement de la différence entre les plus hauts et les plus bas salaires de la classe moyenne. Ce qui est mal vécu par ceux qui sont dans la partie haute de la fourchette, notamment l'encadrement.

Les revenus les plus faibles se rapprochent du revenu moyen, mais restrent frustrants, tandis que les revenus au dessus de ce revenu moyen stagnent provoquant un sentiment de déclassement. C'est le terreau idéal pour le populisme.

Mais la part par capita du PIB a, en réalité augmenté, plus vite, de très loin, que les salaires du top 10%, ceux qui perçoivent les plus hauts revenus de l'ensemble de la population, et dont le taux d'augmentation est trois fois inférieur à celui de la classe moyenne entre 1970 et 2000 par exemple.

La croissance reste toujours le seul moyen de lutte contre la pauvreté, les inégalités, et crée du développement. C'est-à-dire une meilleure éducation et une meilleure santé. La formation scientifique globale s'améliore et les services médicaux, hospitaliers sont meilleurs, ce qui se traduit par un allongement de la durée de vie moyenne.

Reste que la situation a évolué après le rebond économique engendré par le numérique. Lire la vidéo ci-dessous:
https://t.co/mnSNYHH7jP via @YouTube
Les "Gilets Jaunes" se trompent d'époque. La période de croissance forte est passée. Les gains de pouvoir d'achat en dépendaient. La stagnation séculaire actuelle est-elle notre avenir à long terme?
Un moment de réflexion pour le CNB et le Barreau de Paris également...