gilles.huvelin

Par gilles.huvelin le 12/07/18
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Le CNB a voté une motion afin que des sanctions soient prises à l'encontre des avocats qui ne respectent pas leur obligation de formation professionnelle permanente de 20 heures par an. Les délégués ordinaux du Barreau de Paris ont voté contre ainsi les délégués de l'U.J.A.. L'échec de cette opposition révèle une fraction avec la Province. Elle constitue non pas une erreur mais une faute. Il faut savoir que l'obligation de formation professionnelle est une initiative européenne traduite dans nos textes qui concerne toute les professions libérales. Que cela fait des années que les autorités gouvernementales ont demandés aux professions de s'organiser et de prendre des mesures pour s'assurer que la formation continue soit une mesure respectée. Des avantages fiscaux et déductibilités sont accordés. Depuis deux ans, après des rappels insistants des autorités de tutelles, les Ordres et notamment celui de Paris ont prévenu que les avocats non-respectueux de leur obligation se verrait perdre leur certificat de spécialisation, ou/et verraient leur prime d'assurance Responsabilité Professionnelle augmentée. Rien n'y a fait. Beaucoup de confrères n'ont pas assumé leur obligation professionnelle de formation. Nous avons tous vu des avocats arrivés en retard et partir avant la fin d'une conférence, d'autres rester tout bonnement 15 minutes après avoir signé la feuille de présence qui circule sans contrôle de sorte que certains n'hésitent pas à la signer pour d'autres pendant qu'ils y sont. Ces pratiques sont bien sûr connues des responsables de la formation continue autant que des MCO et des AMCO. Le Barreau a encouragé par laxisme ces comportements loin des engagements contenus dans notre serment. Il va falloir sous contrôle, faire signer la feuille de présence au début et en fin de séance de formation tout en sanctionnant vertement les fraudes si on veut prétendre à un peu de crédibilité.
Un Bâtonnier qui rappelait en réunion de Colonne nos obligations et exposait la pression de la Chancellerie pour que nous la respections tous, nous exposait aussi qu'à 20 h par an par avocat, c'est 600 000 heures de formation que le Barreau de Paris devait dispenser annuellement...et qu'il ne les avait pas. Reste que le "e-learning" fourni par l'Ecole de Formation du Barreau est validé pour 4 heures de formation, ce qui ramènerait à 16 h de cours la formation traditionnelle par avocat par an soit tout de même 480 000 heures à mettre en oeuvre par notre seul Barreau. Ce qui conduit à contraindre notre l'Ordre à concentrer ses moyens sur la formation et à envisager sérieusement à faire payer celle-ci. Pour l'heure, de nombreuses commissions ouvertes dans toutes les disciplines du Droit organisées par des confrères spécialisés prodiguent des formations de qualité, et le Barreau offre des colloques chaque année sur des sujets d'actualité.
Vouloir soutenir que la formation continue obligatoire ne doit pas être sanctionnée revient à dire que ce n'est pas la peine de contraindre les avocats à respecter leur devoir. Dire qu'il vaut mieux les aider à travailler que de les empêcher de le faire en imposant un formation revient à nier le but de celle-ci.
Il n'y a pas de raison que ceux qui se donnent la peine de faire leurs 20 h annuelles soient mis en concurrence avec ceux qui s'en passent. En plus la pente naturelle vers la facilité mènerait la profession à cesser de se soumettre à une contrainte pourtant utile et nécessaire en considération de la rapidité de l'évolution du Droit et de sa perpétuelle complexification, si rien n'est fait pour redresser la barre.
Se former est indispensable et ne pas le faire revient à ne pas maintenir un niveau de compétence nécessaire à la maîtrise de son métier.
Et soyons clair, si la profession ne décidait pas de faire le ménage dans ses rangs, la Chancellerie aurait, contrainte par la norme européenne, à faire régner la discipline à la place des corps intermédiaires. Dire que les Barreaux "pourront" prononcer une omission du Tableau est une forme polie, car c'est une compétence liée. S'ils ne le font pas, l'autorité de tutelle le fera. En plus s'ils ne le font pas, ils instauraient une concurrence déloyale en faisant peser une charge sur ceux qui se conforment a la législation au profit de ceux qui s'en laveraient les mains.
Beaucoup de confrères parisiens et généralement des collab' disent qu'ils n'ont pas le temps à consacrer à la formation continue. Les confrères de la Province semblent y parvenir plus facilement, sans doute parce que leur quotidien et leur rapports sociaux s'organisent autrement. Avocat en exercice je me suis consacré à l'activité judiciaire et au contentieux, avec une spécialité de droit commercial et de droit de la concurrence. Je n'ignore pas les difficultés de rester au mieux de la connaissance dans sa matière de prédilection, mais je sais aussi qu'elles ne sont pas insurmontables. Il faut avoir fait 20 h en une année ou 40 heures en deux ans. À défaut la sanction tombera. Pour sortir de l'omission du Tableau, il faudra donc faire les 40 heures, si aucune n'a été faite, et 20 heures pendant l'année de ratrappage ou 40 h en deux ans.
Je n'ai jamais compris comment on pouvait faire autre chose que notre métier lorsque l'on est avocat. Ce qui implique des choix privilégiant d'abord son activité professionnelle. Faire autrement n'est pas de ma compétence: Il m'aurait fallu faire travailler et activer un carnet d'adresses, ce n'est pas ma conception sans doute vieux jeu du métier.
Reste, au delà des postures à courte-vue ou démagogiques, voir syndicales et des arrières pensées électorales pour le prochain scrutin pour des confrères qui ont le temps de faire autre chose que notre métier, le refus parisien de rendre effective la formation continue sous menace de sanction réelle révèle nos archaïsmes.
C'est la persistance de la fracture entre les collab' et leur patron, de notre éloignement de l'Université, de l'absence de formation commune avec les magistrats ainsi que les autres professions judiciaires ou juridiques avec lesquelles la mutualisation des moyens seraient profitables matériellement comme intellectuellement. Ce serait l'occasion de mieux nous connaître et de mettre en place des solutions numériques au service de la justice du 21e siecle, comme mettre en place une GED commune à la place de notre RPVA-brouette.
Il est loisible de constater que dès qu'il faut faire bouger quelque chose il semble que ce sont des équilibres, des acquis sociaux et des conditions économiques sans doute plus fragiles que supposés qui sont remis en cause, sans compter le poids des habitudes.

Par gilles.huvelin le 12/07/18
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Le CNB a voté une motion afin que des sanctions soient prises à l'encontre des avocats qui ne respectent pas leur obligation de formation professionnelle permanente de 20 heures par an. Les délégués ordinaux du Barreau de Paris ont voté contre ainsi les délégués de l'U.J.A.. L'échec de cette opposition révèle une fraction avec la Province. Elle constitue non pas une erreur mais une faute. Il faut savoir que l'obligation de formation professionnelle est une initiative européenne traduite dans nos textes qui concerne toute les professions libérales. Que cela fait des années que les autorités gouvernementales ont demandés aux professions de s'organiser et de prendre des mesures pour s'assurer que la formation continue soit une mesure respectée. Des avantages fiscaux et déductibilités sont accordés. Depuis deux ans, après des rappels insistants des autorités de tutelles, les Ordres et notamment celui de Paris ont prévenu que les avocats non-respectueux de leur obligation se verrait perdre leur certificat de spécialisation, ou/et verraient leur prime d'assurance Responsabilité Professionnelle augmentée. Rien n'y a fait. Beaucoup de confrères n'ont pas assumé leur obligation professionnelle de formation. Nous avons tous vu des avocats arrivés en retard et partir avant la fin d'une conférence, d'autres rester tout bonnement 15 minutes après avoir signé la feuille de présence qui circule sans contrôle de sorte que certains n'hésitent pas à la signer pour d'autres pendant qu'ils y sont. Ces pratiques sont bien sûr connues des responsables de la formation continue autant que des MCO et des AMCO. Le Barreau a encouragé par laxisme ces comportements loin des engagements contenus dans notre serment. Il va falloir sous contrôle, faire signer la feuille de présence au début et en fin de séance de formation tout en sanctionnant vertement les fraudes si on veut prétendre à un peu de crédibilité.
Un Bâtonnier qui rappelait en réunion de Colonne nos obligations et exposait la pression de la Chancellerie pour que nous la respections tous, nous exposait aussi qu'à 20 h par an par avocat, c'est 600 000 heures de formation que le Barreau de Paris devait dispenser annuellement...et qu'il ne les avait pas. Reste que le "e-learning" fourni par l'Ecole de Formation du Barreau est validé pour 4 heures de formation, ce qui ramènerait à 16 h de cours la formation traditionnelle par avocat par an soit tout de même 480 000 heures à mettre en oeuvre par notre seul Barreau. Ce qui conduit à contraindre notre l'Ordre à concentrer ses moyens sur la formation et à envisager sérieusement à faire payer celle-ci. Pour l'heure, de nombreuses commissions ouvertes dans toutes les disciplines du Droit organisées par des confrères spécialisés prodiguent des formations de qualité, et le Barreau offre des colloques chaque année sur des sujets d'actualité.
Vouloir soutenir que la formation continue obligatoire ne doit pas être sanctionnée revient à dire que ce n'est pas la peine de contraindre les avocats à respecter leur devoir. Dire qu'il vaut mieux les aider à travailler que de les empêcher de le faire en imposant un formation revient à nier le but de celle-ci.
Il n'y a pas de raison que ceux qui se donnent la peine de faire leurs 20 h annuelles soient mis en concurrence avec ceux qui s'en passent. En plus la pente naturelle vers la facilité mènerait la profession à cesser de se soumettre à une contrainte pourtant utile et nécessaire en considération de la rapidité de l'évolution du Droit et de sa perpétuelle complexification, si rien n'est fait pour redresser la barre.
Se former est indispensable et ne pas le faire revient à ne pas maintenir un niveau de compétence nécessaire à la maîtrise de son métier.
Et soyons clair, si la profession ne décidait pas de faire le ménage dans ses rangs, la Chancellerie aurait, contrainte par la norme européenne, à faire régner la discipline à la place des corps intermédiaires. Dire que les Barreaux "pourront" prononcer une omission du Tableau est une forme polie, car c'est une compétence liée. S'ils ne le font pas, l'autorité de tutelle le fera. En plus s'ils ne le font pas, ils instauraient une concurrence déloyale en faisant peser une charge sur ceux qui se conforment a la législation au profit de ceux qui s'en laveraient les mains.
Beaucoup de confrères parisiens et généralement des collab' disent qu'ils n'ont pas le temps à consacrer à la formation continue. Les confrères de la Province semblent y parvenir plus facilement, sans doute parce que leur quotidien et leur rapports sociaux s'organisent autrement. Avocat en exercice je me suis consacré à l'activité judiciaire et au contentieux, avec une spécialité de droit commercial et de droit de la concurrence. Je n'ignore pas les difficultés de rester au mieux de la connaissance dans sa matière de prédilection, mais je sais aussi qu'elles ne sont pas insurmontables. Il faut avoir fait 20 h en une année ou 40 heures en deux ans. À défaut la sanction tombera. Pour sortir de l'omission du Tableau, il faudra donc faire les 40 heures, si aucune n'a été faite, et 20 heures pendant l'année de ratrappage ou 40 h en deux ans.
Je n'ai jamais compris comment on pouvait faire autre chose que notre métier lorsque l'on est avocat. Ce qui implique des choix privilégiant d'abord son activité professionnelle. Faire autrement n'est pas de ma compétence: Il m'aurait fallu faire travailler et activer un carnet d'adresses, ce n'est pas ma conception sans doute vieux jeu du métier.
Reste, au delà des postures à courte-vue ou démagogiques, voir syndicales et des arrières pensées électorales pour le prochain scrutin pour des confrères qui ont le temps de faire autre chose que notre métier, le refus parisien de rendre effective la formation continue sous menace de sanction réelle révèle nos archaïsmes.
C'est la persistance de la fracture entre les collab' et leur patron, de notre éloignement de l'Université, de l'absence de formation commune avec les magistrats ainsi que les autres professions judiciaires ou juridiques avec lesquelles la mutualisation des moyens seraient profitables matériellement comme intellectuellement. Ce serait l'occasion de mieux nous connaître et de mettre en place des solutions numériques au service de la justice du 21e siecle, comme mettre en place une GED commune à la place de notre RPVA-brouette.
Il est loisible de constater que dès qu'il faut faire bouger quelque chose il semble que ce sont des équilibres, des acquis sociaux et des conditions économiques sans doute plus fragiles que supposés qui sont remis en cause, sans compter le poids des habitudes.

Par gilles.huvelin le 12/07/18
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Le CNB a voté une motion afin que des sanctions soient prises à l'encontre des avocats qui ne respectent pas leur obligation de formation professionnelle permanente de 20 heures par an. Les délégués ordinaux du Barreau de Paris ont voté contre ainsi les délégués de l'U.J.A.. L'échec de cette opposition révèle une fraction avec la Province. Elle constitue non pas une erreur mais une faute. Il faut savoir que l'obligation de formation professionnelle est une initiative européenne traduite dans nos textes qui concerne toute les professions libérales. Que cela fait des années que les autorités gouvernementales ont demandés aux professions de s'organiser et de prendre des mesures pour s'assurer que la formation continue soit une mesure respectée. Des avantages fiscaux et déductibilités sont accordés. Depuis deux ans, après des rappels insistants des autorités de tutelles, les Ordres et notamment celui de Paris ont prévenu que les avocats non-respectueux de leur obligation se verrait perdre leur certificat de spécialisation, ou/et verraient leur prime d'assurance Responsabilité Professionnelle augmentée. Rien n'y a fait. Beaucoup de confrères n'ont pas assumé leur obligation professionnelle de formation. Nous avons tous vu des avocats arrivés en retard et partir avant la fin d'une conférence, d'autres rester tout bonnement 15 minutes après avoir signé la feuille de présence qui circule sans contrôle de sorte que certains n'hésitent pas à la signer pour d'autres pendant qu'ils y sont. Ces pratiques sont bien sûr connues des responsables de la formation continue autant que des MCO et des AMCO. Le Barreau a encouragé par laxisme ces comportements loin des engagements contenus dans notre serment. Il va falloir sous contrôle, faire signer la feuille de présence au début et en fin de séance de formation tout en sanctionnant vertement les fraudes si on veut prétendre à un peu de crédibilité.
Un Bâtonnier qui rappelait en réunion de Colonne nos obligations et exposait la pression de la Chancellerie pour que nous la respections tous, nous exposait aussi qu'à 20 h par an par avocat, c'est 600 000 heures de formation que le Barreau de Paris devait dispenser annuellement...et qu'il ne les avait pas. Reste que le "e-learning" fourni par l'Ecole de Formation du Barreau est validé pour 4 heures de formation, ce qui ramènerait à 16 h de cours la formation traditionnelle par avocat par an soit tout de même 480 000 heures à mettre en oeuvre par notre seul Barreau. Ce qui conduit à contraindre notre l'Ordre à concentrer ses moyens sur la formation et à envisager sérieusement à faire payer celle-ci. Pour l'heure, de nombreuses commissions ouvertes dans toutes les disciplines du Droit organisées par des confrères spécialisés prodiguent des formations de qualité, et le Barreau offre des colloques chaque année sur des sujets d'actualité.
Vouloir soutenir que la formation continue obligatoire ne doit pas être sanctionnée revient à dire que ce n'est pas la peine de contraindre les avocats à respecter leur devoir. Dire qu'il vaut mieux les aider à travailler que de les empêcher de le faire en imposant un formation revient à nier le but de celle-ci.
Il n'y a pas de raison que ceux qui se donnent la peine de faire leurs 20 h annuelles soient mis en concurrence avec ceux qui s'en passent. En plus la pente naturelle vers la facilité mènerait la profession à cesser de se soumettre à une contrainte pourtant utile et nécessaire en considération de la rapidité de l'évolution du Droit et de sa perpétuelle complexification, si rien n'est fait pour redresser la barre.
Se former est indispensable et ne pas le faire revient à ne pas maintenir un niveau de compétence nécessaire à la maîtrise de son métier.
Et soyons clair, si la profession ne décidait pas de faire le ménage dans ses rangs, la Chancellerie aurait, contrainte par la norme européenne, à faire régner la discipline à la place des corps intermédiaires. Dire que les Barreaux "pourront" prononcer une omission du Tableau est une forme polie, car c'est une compétence liée. S'ils ne le font pas, l'autorité de tutelle le fera. En plus s'ils ne le font pas, ils instauraient une concurrence déloyale en faisant peser une charge sur ceux qui se conforment a la législation au profit de ceux qui s'en laveraient les mains.
Beaucoup de confrères parisiens et généralement des collab' disent qu'ils n'ont pas le temps à consacrer à la formation continue. Les confrères de la Province semblent y parvenir plus facilement, sans doute parce que leur quotidien et leur rapports sociaux s'organisent autrement. Avocat en exercice je me suis consacré à l'activité judiciaire et au contentieux, avec une spécialité de droit commercial et de droit de la concurrence. Je n'ignore pas les difficultés de rester au mieux de la connaissance dans sa matière de prédilection, mais je sais aussi qu'elles ne sont pas insurmontables. Il faut avoir fait 20 h en une année ou 40 heures en deux ans. À défaut la sanction tombera. Pour sortir de l'omission du Tableau, il faudra donc faire les 40 heures, si aucune n'a été faite, et 20 heures pendant l'année de ratrappage ou 40 h en deux ans.
Je n'ai jamais compris comment on pouvait faire autre chose que notre métier lorsque l'on est avocat. Ce qui implique des choix privilégiant d'abord son activité professionnelle. Faire autrement n'est pas de ma compétence: Il m'aurait fallu faire travailler et activer un carnet d'adresses, ce n'est pas ma conception sans doute vieux jeu du métier.
Reste, au delà des postures à courte-vue ou démagogiques, voir syndicales et des arrières pensées électorales pour le prochain scrutin pour des confrères qui ont le temps de faire autre chose que notre métier, le refus parisien de rendre effective la formation continue sous menace de sanction réelle révèle nos archaïsmes.
C'est la persistance de la fracture entre les collab' et leur patron, de notre éloignement de l'Université, de l'absence de formation commune avec les magistrats ainsi que les autres professions judiciaires ou juridiques avec lesquelles la mutualisation des moyens seraient profitables matériellement comme intellectuellement. Ce serait l'occasion de mieux nous connaître et de mettre en place des solutions numériques au service de la justice du 21e siecle, comme mettre en place une GED commune à la place de notre RPVA-brouette.
Il est loisible de constater que dès qu'il faut faire bouger quelque chose il semble que ce sont des équilibres, des acquis sociaux et des conditions économiques sans doute plus fragiles que supposés qui sont remis en cause, sans compter le poids des habitudes.

Par gilles.huvelin le 12/07/18
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Le CNB a voté une motion afin que des sanctions soient prises à l'encontre des avocats qui ne respectent pas leur obligation de formation professionnelle permanente de 20 heures par an. Les délégués ordinaux du Barreau de Paris ont voté contre ainsi les délégués de l'U.J.A.. L'échec de cette opposition révèle une fraction avec la Province. Elle constitue non pas une erreur mais une faute. Il faut savoir que l'obligation de formation professionnelle est une initiative européenne traduite dans nos textes qui concerne toute les professions libérales. Que cela fait des années que les autorités gouvernementales ont demandés aux professions de s'organiser et de prendre des mesures pour s'assurer que la formation continue soit une mesure respectée. Des avantages fiscaux et déductibilités sont accordés. Depuis deux ans, après des rappels insistants des autorités de tutelles, les Ordres et notamment celui de Paris ont prévenu que les avocats non-respectueux de leur obligation se verrait perdre leur certificat de spécialisation, ou/et verraient leur prime d'assurance Responsabilité Professionnelle augmentée. Rien n'y a fait. Beaucoup de confrères n'ont pas assumé leur obligation professionnelle de formation. Nous avons tous vu des avocats arrivés en retard et partir avant la fin d'une conférence, d'autres rester tout bonnement 15 minutes après avoir signé la feuille de présence qui circule sans contrôle de sorte que certains n'hésitent pas à la signer pour d'autres pendant qu'ils y sont. Ces pratiques sont bien sûr connues des responsables de la formation continue autant que des MCO et des AMCO. Le Barreau a encouragé par laxisme ces comportements loin des engagements contenus dans notre serment. Il va falloir sous contrôle, faire signer la feuille de présence au début et en fin de séance de formation tout en sanctionnant vertement les fraudes si on veut prétendre à un peu de crédibilité.
Un Bâtonnier qui rappelait en réunion de Colonne nos obligations et exposait la pression de la Chancellerie pour que nous la respections tous, nous exposait aussi qu'à 20 h par an par avocat, c'est 600 000 heures de formation que le Barreau de Paris devait dispenser annuellement...et qu'il ne les avait pas. Reste que le "e-learning" fourni par l'Ecole de Formation du Barreau est validé pour 4 heures de formation, ce qui ramènerait à 16 h de cours la formation traditionnelle par avocat par an soit tout de même 480 000 heures à mettre en oeuvre par notre seul Barreau. Ce qui conduit à contraindre notre l'Ordre à concentrer ses moyens sur la formation et à envisager sérieusement à faire payer celle-ci. Pour l'heure, de nombreuses commissions ouvertes dans toutes les disciplines du Droit organisées par des confrères spécialisés prodiguent des formations de qualité, et le Barreau offre des colloques chaque année sur des sujets d'actualité.
Vouloir soutenir que la formation continue obligatoire ne doit pas être sanctionnée revient à dire que ce n'est pas la peine de contraindre les avocats à respecter leur devoir. Dire qu'il vaut mieux les aider à travailler que de les empêcher de le faire en imposant un formation revient à nier le but de celle-ci.
Il n'y a pas de raison que ceux qui se donnent la peine de faire leurs 20 h annuelles soient mis en concurrence avec ceux qui s'en passent. En plus la pente naturelle vers la facilité mènerait la profession à cesser de se soumettre à une contrainte pourtant utile et nécessaire en considération de la rapidité de l'évolution du Droit et de sa perpétuelle complexification, si rien n'est fait pour redresser la barre.
Se former est indispensable et ne pas le faire revient à ne pas maintenir un niveau de compétence nécessaire à la maîtrise de son métier.
Et soyons clair, si la profession ne décidait pas de faire le ménage dans ses rangs, la Chancellerie aurait, contrainte par la norme européenne, à faire régner la discipline à la place des corps intermédiaires. Dire que les Barreaux "pourront" prononcer une omission du Tableau est une forme polie, car c'est une compétence liée. S'ils ne le font pas, l'autorité de tutelle le fera. En plus s'ils ne le font pas, ils instauraient une concurrence déloyale en faisant peser une charge sur ceux qui se conforment a la législation au profit de ceux qui s'en laveraient les mains.
Beaucoup de confrères parisiens et généralement des collab' disent qu'ils n'ont pas le temps à consacrer à la formation continue. Les confrères de la Province semblent y parvenir plus facilement, sans doute parce que leur quotidien et leur rapports sociaux s'organisent autrement. Avocat en exercice je me suis consacré à l'activité judiciaire et au contentieux, avec une spécialité de droit commercial et de droit de la concurrence. Je n'ignore pas les difficultés de rester au mieux de la connaissance dans sa matière de prédilection, mais je sais aussi qu'elles ne sont pas insurmontables. Il faut avoir fait 20 h en une année ou 40 heures en deux ans. À défaut la sanction tombera. Pour sortir de l'omission du Tableau, il faudra donc faire les 40 heures, si aucune n'a été faite, et 20 heures pendant l'année de ratrappage ou 40 h en deux ans.
Je n'ai jamais compris comment on pouvait faire autre chose que notre métier lorsque l'on est avocat. Ce qui implique des choix privilégiant d'abord son activité professionnelle. Faire autrement n'est pas de ma compétence: Il m'aurait fallu faire travailler et activer un carnet d'adresses, ce n'est pas ma conception sans doute vieux jeu du métier.
Reste, au delà des postures à courte-vue ou démagogiques, voir syndicales et des arrières pensées électorales pour le prochain scrutin pour des confrères qui ont le temps de faire autre chose que notre métier, le refus parisien de rendre effective la formation continue sous menace de sanction réelle révèle nos archaïsmes.
C'est la persistance de la fracture entre les collab' et leur patron, de notre éloignement de l'Université, de l'absence de formation commune avec les magistrats ainsi que les autres professions judiciaires ou juridiques avec lesquelles la mutualisation des moyens seraient profitables matériellement comme intellectuellement. Ce serait l'occasion de mieux nous connaître et de mettre en place des solutions numériques au service de la justice du 21e siecle, comme mettre en place une GED commune à la place de notre RPVA-brouette.
Il est loisible de constater que dès qu'il faut faire bouger quelque chose il semble que ce sont des équilibres, des acquis sociaux et des conditions économiques sans doute plus fragiles que supposés qui sont remis en cause, sans compter le poids des habitudes.

Par gilles.huvelin le 10/07/18
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Chers amis,

Je vous adresse le lien pour feuilleter, télécharger ou imprimer le dernier numéro du M@G DES AVOCATS Le BARREAU de FRANCE (2e trimestre 2018)  :

 

http://www.anased.fr/publications/mag37/

Les numéros précédents sont ici : http://www.anased.fr/publications/le-mag-des-avocats-le-barreau-de-france.html

Je vous en souhaite bonne lecture et je vous remercie de le faire relayer sur les réseaux sociaux.

Vos articles seront les bienvenus avec votre photo ou des photos d’illustration/

Recevez toutes mes amitiés.

 

Jacqueline SOCQUET-CLERC LAFONT
Avocat à la Cour de PARIS
Ancien Membre du Conseil de l'Ordre
Ancien Membre du Conseil National des Barreaux

Ancien Membre  du CESE
Présidente de l'ANASED
36, rue de Monceau - 75008 PARIS
Tél. 01.42.25.30.22 Tlc. 01.45.63.69.66
avocat@socquet-clerc.fr
www.anased.fr

Par gilles.huvelin le 10/07/18
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Excusez-moi ! je suis un peu essoufflé, je viens de traverser une ville où tout le monde courait...
Je ne peux pas vous dire laquelle... je l'ai traversée en courant.
 Lorsque j'y suis entré, je marchais normalement, mais quand j'ai vu que tout le monde courait... je me suis mis à courir comme tout le monde, sans raison !
 A un moment je courais au coude à coude avec un monsieur...

Je lui dis : "Dites-moi... Pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ? "

 Il me dit : "Parce qu'ils le sont ! "

"Vous êtes dans une ville de fous ici... Vous n'êtes pas au courant ? "

"Si, si, des bruits ont couru ! "               

"Ils courent toujours ! "

"Qu'est-ce qui fait courir tous ces fous ? "

"Tout ! Tout ! Il y en a qui courent au plus pressé. D'autres qui courent après les honneurs... Celui-ci court pour la gloire... Celui-là court à sa perte ! " "Mais pourquoi courent-ils si vite ? "

"Pour gagner du temps !

"Comme le temps c'est de l'argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent ! " 

"Mais où courent-ils ? "

"À la banque ! Le temps de déposer l'argent qu'ils ont gagné sur un compte courant... et ils repartent toujours courant, en gagner d'autre ! "

"Et le reste du temps ? "

 "Ils courent faire leurs courses au marché ! "

 "Pourquoi font-ils leurs courses en courant ? "

Il me dit : "Je vous l'ai dit... parce qu'ils sont fous ! "

"Ils pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant...tout en restant fous !"

"On voit bien que vous ne les connaissez pas ! D'abord le fou n'aime pas la marche... "

"Pourquoi ? "

"Parce qu'il la rate ! "

"Pourtant, j'en vois un qui marche !? "

" Oui, c'est un contestataire ! Il en avait assez de courir comme un fou. Alors il a organisé une marche de protestation ! "

"Il n'a pas l'air d'être suivi ? "

"Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé ! "

"Et vous, peut-on savoir ce que vous faites dans cette ville ? "

"Oui ! Moi j'expédie les affaires courantes.

Parce que même ici, les affaires ne marchent pas ! "

"Et où courez-vous là ? "

 "Je cours à la banque ! " "Ah !... Pour y déposer votre argent ? "

"Non ! Pour le retirer ! Moi je ne suis pas fou ! "

"Mais si vous n'êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l'est ?

"Parce que j'y gagne un argent fou !... C'est moi le banquier ! "

Raymond Devos

Par gilles.huvelin le 29/06/18
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Notre excellent confrère Frédéric Sicard était sur le plateau de CNews hier après-midi au moment où je cherchais des informations sur l'incendie parti de la terrasse sous le 3e container de l'architecture du Tribunal de Paris, dont personne n'a parlé hors de réseaux sociaux bruissant d'un espoir à peine voilé de voir la Justice immolée après avoir souhaité la voir couler. Alors que les lecteurs de dépêches qui recrachent leurs commentaires pré- mâchés, intitulés journalistes et chroniqueurs, déversaient une nouvelle fois tous les éléments de la polémique sur la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, déplorant encore que la France ne soit pas à feu et à sang, je lus une sévérité dans le regard patient de notre confrère. Il expliqua que cette mesure était inévitable car demain, autour de 2040, le défaut d'hydrocarbures nous conduira à rouler avec de l'électricité ou de l'air. Qu'il fallait avoir conscience que nous ne roulerons plus aux vitesses que nous connaissons. Il prédit avec me semble-t'il, beaucoup de lucidité, la disparition des pompes à essance. C'est tout juste si son interlocutrice ne l'a pas taxé d'être le communicant du gouvernement. Ce qui prouve que les centres d'intérêt des médias sont dramatiquement limités. En dehors du fait que nous avons besoin impérativement des hydrocarbures pour la chimie et que c'est idiot de les brûler, regardons que les britanniques ont depuis longtemps limité leur vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, et à 120 sur leurs autoroutes pour rouler plus économiquement. Bien évidemment nous ferons pareil. Le virage pour passer à l'économie verte annoncé depuis 1974 par le Club de Rome et que nous négocions trop tard est de fait maintenant une épingle à cheveux. Nous allons manqué de production électrique dont la consommation croît chaque année. Les compteurs Linky vont permettre de mieux connaître et contrôler sa distribution mais ce n'est pas la panacée. En plus avec la cession d'Alstom aux américains nous leur avons remis le contrôle de la fabrication des turbines des centrales nucléaires. Entre nos journalistes et nos politiciens, on peut dire que la courte vue triomphe. Ajouter à cela que notre génération freine par archaïsme devant le numérique ainsi que toutes les évolutions au nom des alibis moraux habituels pour sauver ses petits avantages matériels et sociaux, et le tableau sera complet.

Par gilles.huvelin le 25/06/18
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(•le prénom a été changé comme il se doit) L'histoire est banale. Nous pouvons en lire régulièrement dans les tabloïds anglais et nos journaux populaires. Seulement, lorsque vous connaissez la personne concernée et que vous la voyez dépérir au fil des semaines, c'est autre chose que de lire un article de Presse en tenant une feuille de journal. Elle habite dans un H.L.M. bas de gamme dans une vieille cité d'une banlieue que les journalistes qualifient de pourrie lorsqu'il se fait tard et qu'il n'est pas nécessaire d'utiliser des euphémismes politiciens. Elle gagne peu d'argent. Son salaire est juste un peu au-dessus du smic mais elle ne fait pas un plein temps pour un job de bureau que les nouvelles procédures et le numérique ont vidé de son opportunité. Son employeur est une structure paternaliste dont les ressources ne dépendent pas de l'efficacité. Elle passe son temps à tailler des bavettes avec les visiteurs et au téléphone avec ses enfants en stage, au chômage ou en interim, parfois en CDD, au téléphone. Elle n'a plus rien d'autre à faire que rendre de menus services, d'orienter les personnes, de distiller quelques renseignements. L'organisation qui l'emploie l'a gardée parce qu'elle a arrêté ses études trop tôt et pas de formation, qu'elle est mariée à un handicapé qui ne retrouve pas de travail depuis de très nombreuses années, à la suite d'un accident du travail, qu'ils ont deux enfants et qu'au moment où son poste n'avait plus aucune de raison d'être, elle était trop âgée pour trouver une autre place. Habitant trop loin, elle n'a jamais accepté de se former en dehors des heures de bureau à l'époque où son travail était effectif et à plein temps. Des cas de ce genre, il y en a partout. Y compris dans de fragiles Cabinets d'avocat. Son employeur ne l'a pas licenciée.Tout le monde sait que les employeurs sont des salauds. Un jour quelqu'un lui expliquera qu'elle a été "placardisée". Son HLM a changé peu à peu. Son mari et elle sont maintenant les seuls blancs de la cage d'escalier où le taux de chômage est au moins le double de la moyenne nationale. La sociologie des habitants a changé deux fois ces dernières années. Les enfants plus nombreux et plus mals polis jouent encore plus bruyamment dans les escaliers, les paliers et les couloirs sont délibérément squattés et sont lieux de palabres interminables ou de disputes sonores . Des voisins écoutent ou font violemment de la musique qui n'est pas de chambre, à pas d'heure. C'est souvent un bruit de fiesta dans l'immeuble avec des allées-venues jusqu'à tard dans la nuit. L'appartement au-dessus du sien est transformé en cuisine sauvage africaine qui fournit de jour et de nuit des restaurants ou des traiteurs, des fêtes de famille. Des bassines de plats vont et viennent bruyamment, les livraisons ont lieu en bas de l'immeuble depuis une camionnette qui sert de lieu de stockage. L'immeuble embaume de ce commerce qui laisse des traces partout. Mais entre les graffitis sur les murs et d'autres dégradations diverses on peut simplement glisser dessus. S'ajoute la consommation locale de haschich, ses dérives et conséquences et de la prostitution occasionnelle ou pas. Elle voulait simplement pouvoir dormir. Elle a protesté. Elle a retrouvé sa voiture rayée, sa boite aux lettres cassée. Elle s'est plainte auprès de l'organisme de HLM. et une tentative de conciliation a eu lieu. Les voisins ont dit qu'ils feront attention. Après quelques jours tout à recommencé. Elle a retrouvé sa voiture avec les pneus crevés. La mairie et la police sont aux abonnés absents. Sa porte a été taguée. Personne ne donne suite à ses plaintes. L'idée, c'est qu'elle craque et aille habiter ailleurs encore plus loin. Les offices de HLM semblent se réveiller. Après des années de laxisme afin d'avoir la paix, nous sommes informés que 80 expulsions pour troubles de voisinage sont envisagées en France. Dérisoire. Ce sont des immeubles entiers qu'ils faudraient vider. Évident, quelqu'un dira dans son dos qu'elle est raciste. D'ailleurs elle raconte à qui veut l'entendre qu'elle n'en peut plus mais qu'elle n'a pas les moyens de déménager. Mais que voulez-vous qu'on y fasse !

Par gilles.huvelin le 23/06/18
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La conjonction des planètes est favorable à la mise en œuvre des réflexions des colloques ou séminaires qui se sont succédés depuis ces 50 dernières années et les conclusions de rapports qui calent encore de nombreux bureaux ou servent, empilés, d'arc-boutant contenant un amas de courrier en retard ou d'archives jamais triées. Les raisons d'un soudain consensus sont, d'abord qu'il n'y aura pas beaucoup plus de budget, que le parc immobilier de la pénitencière est vétuste et inadapté, que les conditions de travail du personnel sont aggravées de problèmes liés autant à l'évolution de la sociologie des prisons ( radicalisation, état de santé psychiatrique des détenus...) qui dissuadent les candidatures à pourvoir les postes disponibles, et qu'après une campagne médiatique aux arrières pensées politiques sur l'état déplorable des prisons, le public y est actuellement sensible selon un sondage récent. Enfin nos prisons sont surpeuplées ce qui n'empêche pas des dizaines de milliers de peines de prison de ne pas être exécutées. Ce qui révulse l'électeur. L'idée pas nouvelle du tout est de recourir aux peines alternatives, de créer des structures plus ouvertes, à la sécurité allégée, de sanctionner par des privations de circuler, des travaux d'intérêt général, pour les primo délinquants au lieu de les enfermer. C'est plus que jamais sur la table. En plus cela devrait également concerner les personnes condamnées à des peines fermes en cours d'exécution qui pourraient passer en système ouvert. Évidemment le dispositif vise en premier les mis en examen dont une restriction de liberté paraît indispensable au bon déroulement de l'instruction. Cette belle intention se heurte à des obstacles, et à des réalités mal ou pas maîtrisées et les bonnes volontés peuvent s'y casser les dents. Comme Robert Badinter le rappelle inlassablement, il existe en ce qui concerne le sort des prisonniers deux règles universelles dont une loi d'airain: le prisonnier ne vit jamais dans aucun pays mieux que le travailleur le plus pauvre, et dans un pays comme le nôtre où ils dorment dans la rue ou dans leur voiture, comparer leur vie au coût par jour de prison par détenu qui est de 100 à 120 euros, la prison la plus délabrée est un luxe social. Il y a aussi le principe de subsidiarité: avant de se soucier du sort des prisonniers, la société se préoccupe d'abord des plus faibles. Qui veut donner plus pour les prisons alors que les hôpitaux manquent de moyens, que les handicapés et les chômeurs en fin de droits et nos vieillards dépendants mériteraient mieux, etc... Il faut avoir conscience que si le gouvernement a le regard sur le déficit budgétaire qui retient toute volonté de générosité, le législateur lui se heurte à un mouvement général et mondial: partout on enferme plus. Aux États-Unis, qui connaissent tous les modes alternatifs à la prison, 193 personnes pour 100 000, sont en prison. Ce qui fait plus de 620 000 détenus au total, ce qui beaucoup moins que les chiffres de 2012. A même niveau de répression pas loin de la tolérance 0% qui est le maximum que supporte nos concitoyens actuellement, nous devrions avoir 131 000 prisonniers. Nous en aurions actuellement moins de 80 000 pour plus de 68 000 places et à peu près autant de sanctions en attente d'exécution qu'il y a de détenus . Mais les électeurs quelque soit leur opinion politique veulent plus de sanctions et une sévérité effective. Relevons que partout la part du nombre d'étrangers en prison augmente au même titre que celle des populations les moins sociologiquement pris en compte comme les amérindiens au Canada par exemple. Qu'importe, la prison coûte trop cher et les pouvoirs publics doivent faire mieux sans beaucoup plus. Il y a un double constat qui justifie qu'il ne faudrait pas enfermer plus que nous le faisons. En premier lieu, la prison conduit à plus de récidives que les modes de sanctions alternatifs. Le rapport serait de 70 à 20% . La cause en serait que la prison n'est pas adaptée à la réinsertion contrairement au milieu ouvert. En règle générale, le délinquant sorti de prison replonge avec ceux qu'il a côtoyé en détention. La prison idéale devrait permettre de poursuivre ses études, apprendre un métier, se désintoxiquer, disposer d'un suivi médical et d'une remise en forme à la fois psychologique et physique. Offrir donc une seconde chance avec l'encadrement et l'accompagnement nécessaire. C'est vrai de façon insuffisante, parcellaire et partielle pour les condamnés, voir souvent pas du tout pour les détenus provisoirement dans l'attente d'une décision (qui pour 10% d'entre eux sera un non-lieu ou une relaxe voir un acquittement) faute de moyens (la part du budget consacrée aux prisons par rapport au PIB se dégrade depuis 1827, heureusement le PIB augmente). Les efforts devraient être, on l'a compris, considérables et clairement c'est inconcevable. Un jeune en échec scolaire, marginalisé, qui après un rappel à la loi, une peine avec sursis, un sursis avec mise à l'épreuve finit par excéder ses juges et écope de 6 mois de prison, n'en fera pas légalement la moitié avec les remises de peines et une sortie anticipée probatoire. Pendant sa detention effective, il restera concrètement sur les listes d'attente pour une prise en charge éducative, médicale et un accès en atelier pour travailler. Bouclé 22 h sur 24 h, il ressortira concrètement prison sans accompagnement, sauf celui de radicalisés rencontrés en prison, ou son réseau social initial. L'idée est donc d'éviter un peu plus et mieux la prison au délinquant. Le premier effort réalisé par la réforme mise en place par Elisabeth Guigou, Garde des Sceaux, est de complexifier les mises en détention provisoire dans l'attente d'un jugement, avec des délais, un formalisme et une motivation à respecter. Pour se faire une idée, un juge d'instruction qui pouvait se flatter a l'époque d'avoir un tableau de 100 détenus n'en a pas plus "que" 20 sinon il passerait son temps à les gérer. Reste qu'officiellement les détentions provisoires sont passées de 50% à 30% du nombre des détenus. Il y a donc des mécanismes qui ont remis à l'ordre du jour la détention provisoire qu'il faut remettre à plat. La population carcérale a aussi changé mais c'est un aspect compliqué à prendre en compte dans ce pays. La comparution immédiate pour un délit en flagrance qui ne justifie pas une procédure d'instruction judiciaire ne permet pas dans les délais de la procédure avec les moyens disponibles, une enquête de personnalité, et une étude de faisabilité pour une éventuelle peine en milieu ouvert au lieu de la prison, avant le jugement. Notons que la moitié des détenus ont des troubles psychologiques voir psychiatriques plus ou moins importants. Ces derniers auraient dû faire l'objet de prise en charge pour un suivi psychiatrique. Or les services de santé spécialisés sont totalement insuffisants et laissent courir par conséquents des psychotiques et des schizophrènes, néanmoins médicalement accessibles à des sanctions pénales. Les enfermer dans une prison qui malgré une loi de 1875 ne permet pas de donner une cellule par détenu conduit en pratique à confier à un co-detenu leur prise en charge. La mise en détention provisoire, pour les raisons définies par le loi, lors de l'ouverture d'une instruction judiciaire font comparaître des inculpés devant un JLD démuni d'informations vérifiables susceptibles d'éviter un emprisonnement au profit d'une restriction de liberté avec port d'un bracelet électronique par exemple, est une réalité. Ce bracelet est maintenant vu comme une panacée. Je vous renvoie sur ce sujet autant en ce qui concerne les aspects techniques que juridiques à Internet. Les conditions d'application par le législateur sont évidemment limitées par le coût matériel et celui d'un contrôle effectif humain à distance. Le tableau que je vous dresse rapidement et de façon superficielle fait toucher cependant du doigt l'énorme complexité de la situation. Il est indispensable que tous les acteurs judiciaires se rapprochent des CCI, du Medef, de la CEPME et des collectivités territoriales pour permettre les réinsertions et qu'ils obtiennent directement des instances compétentes les éléments de faisabilité de solutions alternatives sans attendre le retour des enquêtes administratives beaucoup trop longues. Des textes et conventions d'accès devraient notamment permettre aux avocats en leur qualité d'auxiliaire de justice d'avoir accès très rapidement aux donnés pour leur permettre de constituer des dossiers pertinents à présenter aux magistrats concernant la situation personnelle des justiciables dont ils ont la charge de défendre la liberté. Au-delà du toilettage des textes existants, il faut que tous les acteurs travaillent ensemble sans préjugés et se concertent le plus en amont possible avec la constitution de groupe de travail opérationnel dans tous les tribunaux. En Alsace, il est dit que cette stratégie donne de bons résultats. Ce qui nécessite beaucoup de bénévolat de la part de tous les acteurs judiciaires de l'activité pénale des juridictions L'expérience autour et avec des Parquets en province montrent la voie. A Toulouse par exemple, le Procureur propose des travaux non rémunérés à titre de réparation et de sanction. 20% de réponse pénale en plus et 20% d'audience en moins. De toute évidence la négociation dans la justice pénale est l'avenir. Après avoir asséché le rôle des Prud'hommes, elle va toucher celui des Correctionnelles. Ce qui peut intéresser des associations et des municipalités en mal d'appui qui trouveront à confier aux petits délinquants un travail utile pour leur permettre de réparer, comprendre et apprendre.

Par gilles.huvelin le 20/06/18
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Il faut pour les professionnels réglementés du droit et les magistrats un même big data de décisions non anomysées pourvu d'algorithmes apprenants pour une justice de type Commun Law réduisant la part travail, ou c'est continuer d'aller à cheval au milieu des voitures. De même les banques de données et de modèles d'actes réduira le travail des juristes qui sera sécurisé et facilité. Il y a des évidences: le Big Data qui regroupe l'ensemble des décisions de justice ne peut être que financé par l'Etat et exécuté par une autorité indépendante. Les banques de données mettant à disposition des professionnels du droit des modèles d'acte resteront privés et s'enrichisseront de la pratique. Cette perspective s'inscrit dans un marché du droit voulu concurentiel par Bruxelles qui combat les monopoles. Les bouleversements dans ce domaine sont aussi à venir. Comment combattre l'avenir numérique aux algorithmes échappant au contrôle des juges et des avocats, qui peut exclure l'arbitraire, mettre sous les feux de la rampe les arrêts impubliables, de complaisance, les arrangements de réseaux et dénoncer les arrêts législatifs ? Comment rassurer en même temps tout en préparant l'avenir ? En débattant d'abord de ce que doit être un avocat 3.0. Cela prépare à des changements mentaux. Les manoeuvres de retardement corporaristes ont également commencé mais préparent aussi le terrain. Il s'agit pour nos institutions de valoriser les "nouveaux métiers" des avocats: agents d'artistes, des sportifs, administrateurs référants, missions de "compliance", d'audits juridiques dans l'entreprise etc...et de rappeler que les confrères doivent avoir une visibilité pour leurs clients potentiels en tenant un blog afin de faire connaître leur activité professionnelle, un compte tweeter pour mettre en avant leur personnalité plus personnelle et un compte facebook pour entretenir les liens avec leur communauté de travail. Par ailleurs il est indispensable que les avocats aient un site web qui présente leur Cabinet avec une plateforme permettant de solliciter des consultations, des paiements en lignes, présentant des études, et mémoires...Bien sûr après avoir donné vie quotidiennement à cette activité numérique, les avocats auront le bon goût d'avoir des activités caritatives, culturelles ou politiques de bon aloi comme conseiller municipal, par exemple. L'animation d'associations est un plus. Un ou deux ouvrages de références téléchargeables en ligne constituent indéniablement un avantage de notoriété. Ce qui laissera du temps la nuit pour faire des briques et permettra de bien garder la tête sous l'eau à la profession qui doit pédaler en même temps. La seconde ligne de défense est glorieusement celle de la profession. En défendant ce qui a déjà disparu: la plaidoirie, en faisant l'apologie du contact humain avec la juge, en parlant de la foi du Palais et de loyauté. Et le secret professionnel. Tout ce qui fait l'image d'Epinal de l'avocat. Il suffit de suivre les pointillés. La forteresse a pris un coup de vieux même si la maison hors les murs sera HQE. On ouvre des fenêtres pour faire un château de plaisance et on relève le pont-levis, en trouvant un accord avec la Chancellerie qui est empêtrée entre la modernité qui permettrait d'accéder à la justice du 21e siècle avec peu de budget supplémentaire, la protection des données personnelles, la volonté des syndicats d'obtenir plus de moyens tout en gardant la main sur l'autorité judiciaire au nom de son indépendance. C'est sur les principes qui donnent les meilleurs alibis contre les réformes que la coalition contre la police et la justice prédictives se cristallise. Le fait que la répression et la justice soient plus sûre, rapide et efficace grâce au numérique est effrayant. Mais ce qui est pire est que nous n'avons pas encore conçu le moyen institutionnel de détourner un système qui pourrait être entre les mains de scientifiques et conceptuellement incorruptible au sens le plus large et donc incontrôlable. Et là, c'est la panique. En attendant les avocats ont défendu leur champs clos. Ils ont gagné la représentation obligatoire des parties devant toutes les juridictions, sauf les juridictions prud'homales, toujours ménager les syndicats, et cerise sur le gâteau, l'engagement de la Chancellerie que ses algorithmes ne seront pas apprenants, ce qui sauvent une large partie du boulot des avocats et des magistrats...au nom des principes. Les conservatismes prébendiers seront protégés jusqu'au moment où la Chine ou les USA appliqueront un modèle judiciaire numérique socialement efficace, qu'une nouvelle génération trouve archaïque le mode de pensée actuel et que le budget de l'Etat y trouve son compte. La victoire de l'ancien monde est de celles de Pyrrhus. A force de contenir le progrès technologique, lorsque les défenses cèdent, il balaye tout. Donc il est entrepris de faire semblant de l'accompagner en présentant un modèle présenté comme le plus vertueux car respectueux des droits et donc le moins efficace y compris au profit de l'intérêt gêneral. Pour cela il faut que les avocats, les juristes d'entreprise, les autres professionnels réglementés aient chacun leur Big Data nourri différemment et indépendamment avec des algorithmes le moins apprenant possible et les magistrats les leurs. Si possible, si celui de la Cour de Cassation n'est pas le même que ceux des Cours d'appel et des juges du fond, c'est évidemment mieux. Bien entendu des plateformes et moteurs de recherche seront labellisés et d'autres non afin d'assurer une frontière intellectuelle. Etc... Bien entendu, il faut avoir conscience que cela constitue une période de transition et d'adaptation qui nécessite des précautions pour sécuriser les archaïsmes, le temps de préparer à les défaire. Ceux-ci dureront politiquement combien de temps ? En attendant, vous l'avez compris "on" appuie sur l'accélérateur et sur le frein, tout le monde de la Justice étant au pire, un peu schizophrène ou au mieux, doté d'arrière- pensées insupportables pour le commun des mortels.