Par gilles.huvelin le 09/04/18

Un jeu en ligne, je simplifie: vous disposez d'un régiment inter-armes face à une brigade. Vous avez plus l'agilité mais à part gagner du temps en évitant l'encerclement en appliquant la stratégie de la retraite de Bigeard, vous ne voyez pas comment vous en sortir. Sauf que dans le jeu vous pouvez avec les points gagnés, moderniser vos armes et le matériel ou recevoir des renforts. J'ai choisi l'augmentation de la puissance de feu. Mon compétiteur déjà à 8 contre 1 a opté pour un renfort dans l'idée sans doute de parvenir à un encerclement. Sauf que pour manoeuvrer, il met plus de temps et il est dépendant du train de sa brigade dont la motivation n'est pas la meilleure. Ma troupe est décimée mais elle a tout à gagner. Elle est à court de subsides mais sa puissance de feu s'est accrue des points acquis dans les expérience des accrochages et embuscades gagnés. On a apprit ce qui ne devait plus être fait.
Il faut concentrer ses moyens, et laisser sur un point fort tout ce qui est peu efficace avec ce qui ralentit la marche. Cela fait diversion. La percée a débouché sur le ravitaillement de l'adversaire qui s'est accroché au point de fixation laissé en arrière. Le prendre à revers dégage tout mon monde qui s'échappe en bon ordre.
A bien y réfléchir, cela ressemble à ce que veut faire la Chancellerie. Elle modernise ses troupes, les concentre sur l'essentiel de sa mission, les déleste au maximun de ce qui peut être du ressort des MARD, de la procédure participative, de l'arbitrage ou encore de l'administration. Si ces voies échouent, les magistrats reviendront reprendre le contentieux.

Le Barreau devrait se familiariser avec les jeux de stratégie et prendre en compte l'évolution des armes.

On n'arrête pas le progrès. Nous contestons les legaltechs sans avocat ou sans juriste mais nous bénéficierons aussi de bilans de santé sans médecin. Ça va vite et le monde bascule dans une autre époque dans laquelle nos références n'ont plus cours. Il faut le concevoir pour s'y intégrer et s'approprier une société soumise autant aux nouvelles technologies qu'à un marché du droit ouvert à la fin des monopoles dans un État de droit concentré sur des missions régaliennes selon des moyens limités.

Un peu de remise en cause est indispensable. A défaut on rameute les gros bataillons de l'immobilisme en niant les problèmes de la Justice pénale inquisitoriale pour conserver un défaut de réponse pénale et une défaillance dans l'élucidation des crimes et délits. Et pour s'opposer à une justice pénale accusatoire déjà bien ancrée dans la pratique et à des moyens d'enquête pertinents et cohérents qu'il est absurde de se refuser. On continuera a déplorer beaucoup de sujets en refusant toute réponse compatible avec les nouvelles technologies pour se borner à réclamer plus de moyens qui n'existent pas pour maintenir des archaïsmes. A ce compte là le Barreau perdra sa crédibilité en se trompant de cible et en efficacité face à la concurrence qui ne l'attend pas pour lui tailler des croupières.
Ne nous y trompons pas. Bruxelles veut la fin des monopoles. Nos Ordres n'ont pas de personnalité morale et 75% des confrères n'en veulent plus. Demain seront avocats des juristes assurés inscrits sur une liste tenue par le Parquet comme l'étaient les Conseils Juridiques.
Waterloo économique, sociale et politique en vue. La Chancellerie nous sauvera-t'elle ?

Par gilles.huvelin le 05/04/18

Madame Taubira a reçu un accueil chaleureux du Barreau de Paris et son allocution rappelant les valeurs cardinales des droits de l'homme applaudi. Elle a du savourer en se rappelant les cris unanimes des avocats: " Taubira demission". Outre que les hommes et femmes politiques sont toujours meilleurs dans l'opposition en racontant l'histoire de la petite biquette et les grands principes, qu'aux responsabilités où il faut se coltiner les réalités, je relève que les avocats ne manquent pas une contradiction dans leur refus de la LPJ. Ils ont mis en place le désastreux RPVA et le boîtier Navista au clairon en écartant toutes les critiques et suggestions d'amélioration en traitant leurs auteurs de ringards . Aujourd'hui nos corps intermédiaires s'apprêtent à remplacer cette brouette informatique par une gède pour l'ensemble du territoire. Pendant dix ans ils ont dit aux confrères à coups de créations d'incubateurs et de colloques sur les nouvelles technologiques que la profession devait s'approprier celles-ci d'urgence. Parallèlement pour ne pas dire en même temps, les mêmes nous ont vanté la procédure participative, la médiation, l'acte d'avocat à qui il ne manque que la possibilité d'apposer directement formule exécutoire. Il nous a été dit pis que pendre des jurés et des juges d'instruction scschizophrènes La profession a laissé se dérouler 800 000 GAV par an dont sans doute une bonne partie en dehors des cas légaux sans broncher tout en dénonçant la correctionnalisation des crimes, en critiquant une Justice est trop lente tout en disant qu'il étant temps de mettre en œuvre tous les modes alternatifs pour éviter les procès.
La Chancellerie sous Mme Taubira aujourd'hui adulée par le Barreau de Paris était restée sourde.Qui ne se souvient pas du soulagement de la profession lorsqu'elle a enfin quitté ses fonctions !
Le nouveau gouvernement fait droit aux revendications de la profession: Fin de la correctionnalisation des crimes (que l'on pourrait pour le viol faire rester dans la compétence de la Cour d'assises en le réprimant davantage) par la création de tribunaux criminels, passage à plus de système accusatoire que la dérive de la pratique des GAV a amorcé , davantage de moyens de confondre les criminels, simplifications de la résolution des litiges, refus d'instrumentalisation de la Justice, application des nouvelles technologies.
Certes le projet en chantier est perfectible et des correctifs sont naturellement en cours mais il va dans le bon sens notamment en laissant aux magistrats la possibilité de se concentrer sur l'essentiel.
Tollé général de la profession qui ne veut qu'une chose. Celle que l'Etat n'a pas ! C'est-à-dire plus de moyens. Le budget de la justice a augmenté et augmentera mais globalement il faudra faire mieux avec ce que nous avons sans avoir en tête la multiplication des petits pains face à nos déficits cumulés depuis plus de quatre décennies.
Aujourd'hui la profession refuse les rares cas proposés de vidéoconférence, la possibilité d'acceder à des solutions amiables sans fermeture pour autant de l'accès au juge, sans oublier de condamner une meilleure capacité de réponse pénale et d'élucidation des crimes et des délits. Elle vole au secours du régime inquisitorial honni et crie à une privatisation de la justice, argument inventé pour rejeter tout le projet, alors que la profession a recréé les épices à son profit en imaginant le procès participatif, et une médiation qu'elle aurait bien voulu capter. Cerise sur le gâteau, elle chante maintenant les louanges d'un jury de cour d'assises qu'elle idéalise dans son délire comme la voix souveraine de la Nation...selon un modèle qui a disparu du Code de Procédure Pénale depuis 1941.
Rien ne nous a été épargné dans le ridicule.
Et l'inconscience de la courte vue. Lorsque les honoraires de la profession "sont passés" à la TVA, cela annonçait que nos Cabinets devenaient des entreprises et que le marché du droit devenait une prestation comme les autres. La profession depuis son Olympe continue de le nier pour refuser les concurrences multiples et défendre un pré carré déjà submergé. Le droit et sa pratique s'americanisent. C'est l'aboutissement d'un long processus appuyé autant par la pratiques des juristes des entreprises internationales dont le contrats notamment obéissent depuis longtemps aux normes anglo-saxonnes que de Bruxelles qui souhaite un droit transatlantique compatible mais aussi une procédure unifiée dans l'E.U.et la fin des monopoles.
La protestation des avocats est de la même veine que celle des cheminots. D'ailleurs leur argument majeur est le même : les uns en appellent aux droits des justiciables et les autres aux intérêts des usagers. Dans un cas comme dans l'autre, il ne s'agit que de défendre leur statut et le maintien des archaïsmes. Dans les deux cas les grévistes appellent à l'immobilisme et à plus de moyens.
Dans les deux cas l'immobilisme en mouvement s'appuie sur des partis, des syndicats et des personnalités d'extrême gauche ou gauchistes. Consternant.
A terme les Ordres ne réuniront que les avocats qui "font" du judiciaire. Depuis belle lurette les autres n'ont rien à faire de nos institutions sclérosées, soit 75 % de la profession qui ne participent plus d'ailleurs à nos élections.