Par gilles.huvelin le 14/05/19

J'avoue, j'avais oublié. Et peu de personnes l'ont sans doute en mémoire
Il faut savoir qu'à chaque fois qu'un ouvrage d'art ou un équipement public est réalisé, son prix est augmenté d'un pour cent à destination de la création artistique. Magnifique. Bien entendu cette disposition philanthropique à la charge du contribuable n'a pas été initiée pendant les "trente glorieuses" mais après la naissance de déficits budgétaires dont la constance est une marque de la gestion de notre classe politique qui distingue la France des autres pays depuis 1974.  Cette mesure Mitterrandienne dispendieuse (pardon pour le pléonasme) a permis de dégager un financement de plus de 11 millions d'euros rien que pour l'achèvement du tronçon de 4,7 km du tramways intitulé T3bis entre la Porte de la Chapelle et celle d'Asnières. Sachant qu'il a été construit sur les remblais des fortifications de Paris, je n'évoque pas le prix du kilomètre de voie, ni le fait que le tramway parisien suit le tracé de "La Petite Ceinture" dont les rails et le ballast sont toujours en place.
Pour l'inauguration, des chanteurs et leurs musiciens ont pu montrer leurs talents sur des podiums. Porte de Clignancourt, nous avons eu droit à une rétrospective des Beatles, l'important d'ailleurs, était un peu partout, le long de la ligne, que ce soit en anglais. C'est plus "smart".

Et puis nous avons eu le "Haut le coeur". Oeuvre monumentale. Un mât, avec à son sommet un coeur énorme et rouge, rotatif, clignotant la nuit. 650 000 euros. A chaque porte de Paris sur ce tronçon de ligne, il y aura un sculpture de ce genre. Il faut dépenser plus de 11,7 millions d'euros au total. Ce n'est pas une priorité, mais c'est automatique. Un budget à claquer. Naturellement, il y a des urgences, notamment à Paris. Les sans-abris en sont une, cardinale. Tous les ans dès les premiers froids, les politiques de gauche mais pas exclusivement, les médias et les réseaux sociaux servent de porte-voix aux organisations qui vomissent chaque année sur le gouvernement qui n'en fait pas assez, et ces consciences se font largement entendre. Aussi des subventions sont versées chaque année pour que des associations aident nos 3400 et quelques clochards à rester dans la rue. Pendant ce temps-là nous disposons comme je vous l'ai expliqué, de fonds pour les loger mais ma poche gauche ignore ma poche droite. Et bien que l'argent qui la remplit vient quoiqu'il arrive de celles des contribuables et devrait tomber dans le budget général sans affectation particulière, il a été trouvé là le moyen de passer par-dessus ce principe de finances publiques. Cela pour satisfaire des coteries d'intellectuels qui organisent des concours et se font fort de maintenir la France au plus haut niveau de la création artistique, endroit qu'elle a quitté depuis le XVIIIe siècle, en plantant des monuments symboliques ("Les cons aiment les symboles" Michel Audiard) entre des SDF enroulés dans leur "sac à viande" sur les boulevard des Maréchaux.
L'ingéniosité du procédé mis en place pour y parvenir est la démonstration qu'il faut foutre dehors toute une classe politique confinée dans l'entre-soi et ses réseaux, transformer les administrations en détruisant non seulement le statut de ses personnels, mais aussi le droit et les finances publics qui en sont les instruments. Car bien sûr pour sortir de ce sordide petit arrangement complaisant, il faut réformer la partie législative des marchés publics. J'imagine que si les fonds ne sont pas dilapidés en totalité, le budget échappe à tout contrôle et que le solde est reversé au budget du ministère de la culture qui l'affecte selon son bon plaisir ?
Au moins, sous l'Ancien Régime, les fonds publics payaient des artistes indiscutables qui sont passés à la postérité pour leur génie. Notre République a exposé des Koons, à Versailles, sans doute par vengeance contre l'excellence des arts, et commande des oeuvres ainsi nommées dans des factures pharaoniques, sinon, ce n'en serait sans doute pas. Les tuyaux tournées vers le bas (masquant l'incapacité de Paris de livrer de l'eau à une pression constante) des fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées en dit long sur les choix esthétiques retenus: c'est aussi laid, donc c'est génial. Tout ça c'est du concept ou du symbole, bande de larves, d'une rare élévation. Et comme l'origine des fonds n'est pas détourné de ceux alloués au secours des sans abris, puisqu'affecter ailleurs à la source, pourquoi se plaindre !
Ils se paient notre tête, avec notre argent, et en plus on doit leur donner des médailles...Retenez cela lorsque l'on viendra nous piétiner l'aorte l'hiver prochain: les sans abris, ce n'est pas leur problème. Leur problème, c'est comment les maintenir dehors en disant que c'est odieux mais en finançant des associations de militants des droits et des bonnes consciences qui sont chargées de nous culpabiliser. Le logement pour tous, comme l'immigration, ce sont des armes politiques, et les munitions sont des femmes et des hommes pris en otage. Nous sommes instrumentalisés par des tartuffes d'une nouvelle église. Molière aurait sans doute écrit une belle comédie sur le sujet. Nul doute que les bonnes âmes du 21e siècle en demanderaient l'interdiction sous peine d'une nouvelle forme d'excommunication. Mais, je me moque de ne pas être reçu dans leurs dîners en ville.

Et vous ?