Par gilles.huvelin le 16/08/16

Pour ma part la prison est faite pour protéger la société. Ceux qui prétendent qu'elle doit permettre le réinsertion constate en même temps que la détention ne le permet pas. Autrement dit, la prison c'est nul, sauf pour Mme Sauvage. Aussi je suis toujours aussi surpris du libellé de l'article 729 du CPP prévoyant pour une libération anticipée  une condition d'efforts sérieux  de réadaptation sociale du condamné, qui n'a pas de sens dans ce cas particulier,car il n'y a pas lieu à des réparations à laquelle Mme Jacqueline Sauvage se serait soustraite ou pourrait entreprendre. Ce texte est une bouteille à l'encre. Doit - elle porter un cierge allumé  de six livres à bout de bras en marchant à genoux pour rassurer ses juges... ? La décision rendue sur la mise en liberté anticipée  semble reprocher à Mme Jacqueline Sauvage,  dont l'absence de dangerosité pour la société ne semble pas faire débat, de se penser en victime et non en meurtrière de son mari. Sa volonté d'aller vivre chez sa fille, -pourrait - elle faire autrement ? - qui habite à proximité des lieux des événements, en sortant de prison, a donné apparemment au Tribunal, l'impression que Madame Jacqueline Sauvage ne regrettait pas son geste et se  complaisait dans un rôle de martyre, en quelque sorte.  Si c'est le cas, ce doit être pire. Après avoir été la victime pendant de nombreuses années de la  violence de son mari; mais pas la seule si j'en crois ce qui a été rapporté du procès; elle l'a tué sans se trouver dans un cas de légitime défense au sens de la loi, ce qui ne fait pas débat.
Madame Jacqueline Sauvage doit, à  un âge avancée, où le temps est assassin,  considérer qu'elle est victime de la morale judiciaire, alors même, que seule sa dangerosité devrait être, de mon point de vue, appréciée et non son repentir.Voilà ce qui a provoqué des commentaires critiques sur le sort réservé à cette condamnée qui ne bénéficie pas de la mansuétude par ailleurs réservée parfois à des criminels qui n'ont pas eu de circonstances aussi atténuantes ni de grâce présidentielle accordée ici, eu égard aux faits qui ont prédestiné Madame Jacqueline Sauvage, au meurtre. Je balaye d'un revers de main les propos qui imputent aux Juges de vouloir par leur décision faire le choix de s'opposer au Président de la République qui a  accordé une grâce partielle a la condamnée. J'ai trop d'estime pour les magistrats pour penser un seul instant que le cas de Mme Jacqueline Sauvage soit instrumentalisé pour satisfaire à des revendications de pouvoirs institutionnels. Par ailleurs il n'y a pas d'erreur judiciaire. Un meurtre a été commis. La même condamnation a été prononcée par deux Cour d'assises et elle est fondée.
Mais je ne comprends pas, et je le dis tout net, ce que vient faire la morale ici dans le débat de la mise en liberté anticipée de la condamnée. Madame Jacqueline Sauvage est libre de ne pas regreter son geste. Elle pourrait tricher et elle ne l'a pas fait. Elle est vengée mais plus certainement débarrassée de la violence de son mari. Elle n'a pas su faire autrement que de le tuer. Elle a été jugée pour cela.
Si elle doit se reconstruire  cela ne se fera pas autrement qu'en retrouvant la société, sa famille et une demarche psychologique dans un espace de liberté et non sous la contrainte du convocation à Canosa.
Ce meurtre a été commis alors même que la violence de l'époux de Mme Sauvage  était connue de toute sa commune ou presque . C'est l'un des drames qui a eu lieu parce que des personnes ont détourné les yeux ou ont trouvé plus confortable de se taire. Nous sommes tous responsables de la réinsertion des criminels dont les actes sont aussi quelque fois l'échec de notre société, nous sommes en l'espèce aussi les responsables des victimes que nous avons  laissé courir à leur perte. Sachons que des victimes familiales de caractériels sont nombreuses. Qu'il s'installe une relation perverse ou sadomasochisme imposée dans un contexte de domination est incontestable. Personne qui ne connaitrait ce genre de dossier ou de situation ne peut comprendre la spirale infernale dans laquelle Madame Sauvage s'est trouvée. Combien de milliers de femmes sont dans cette situation dans notre pays. Deux femmes meurent sous les coups de leur conjoint tous les trois jours. Retenons que les victimes des proches violents se voient rarement proposés les moyens de fuir. Peu de choses existent en réalité et la solidarité des voisins, de la famille, ou des municipalités restent trop rares.
Les protagonistes de ce drame familial épouvantable ont été totalement abandonnés à leur sort.
Ce serait bien commode que Mme Jacqueline Sauvage accepte de baiser la croix se la justice en place de Grève. Et bien non, ce n'est pas son choix apparemment,  et c'est bien ce qu'on lui reproche semble-t'il.
Laissons la morale et la culpabilisation de côté car une seule question importe, du moins je le crois, c'est la dangerosité pour la société de la  condamnée, Madame Jacqueline Sauvage.
Reste la polémique qui a enflammée les réseaux sociaux et, parfois,la Presse. Je déplore que le militantisme contre le sort des femmes battues ait été aussi peu mesuré dans ses diatribes et la récupération de cette affaire si outrancière. Mettons cela sous le coup d'une émotion abusée par une simplification abusive de vouloir parvenir à l'essentiel: au 2ième siècle il est inouï que de telle situation de violence puisse exister. J'ai moins de compréhension à l'égard de magistrats qui ont cru bon d'attiser le feu en se drapant dans leur toge pour les uns, et pour d'autres en éludant l'aspect social que le cas d'espèce tragique illustre à sa manière. Enfin certains, comme des avocats d'ailleurs assez nombreux, ont fait des analyses uniquement juridique en se gardant d'évoquer les problèmes de fond sociaux. Le chaudron était à point pour être posé sur le foyer politique...Et maintenant tout le monde parle d'autre chose alors que le sort des femmes battues n'a pas changé !