Par gilles.huvelin le 16/09/15

Nous sommes toujours dans un monde en évolution et toutes les générations sont des générations de transition. Nous pouvons constater que l'organisation sociale, la culture, l'architecture, l'urbanisme, les sciences appliquées évoluent plus vite au cours de chaque génération et qu'une génération d'évolution est plus courte qu'autrefois.

La pression de la modernité est  forte sur les compétences. Tous les fondamentaux se conjuguent pour empêcher le pragmatisme de l'emporter sur l'immobilisme ou, au mieux, une gestion à courte vue.Le pragmatisme est en quelque sorte enkysté. Ces causes peuvent être, me semble-t -' il, être réunies en trois ensembles.

Le premier est l'inadaptation personnelle et structurelle à  l'accélération de la modernité. Les journées ne font toujours pas plus de 24 heures et il y a toujours plus à faire. Certes, les communications vont plus vite. Le volume d'information augmente en permanence. La spécialisation est devenue incontournable. La création de structures développées adaptées est largement entravée par des conceptions passéistes de ce que doivent être depuis des années l'exercice des métiers ou de l'activité économique ou des rapports sociaux. C'est un processus habituel face au progrès. Il faut bien reconnaître que se coltiner  les réalités et s'adapter demandent des efforts auxquels, par définition, que nous sommes peu enclin à faire spontanément.

La pression de l'adaptation  explique autant les "burn out", les "burn down" et les dépressions de notre époque. Par ailleurs les institutions n'ont pas évolué depuis des lustres et ne sont pas à même de faire face à la somme des tâches qui leur incombent. Il leur reste l'apparence du pouvoir et de la compétence. Il y a le conservatisme des structures politiques, syndicales figées dans les dogmes, le toujours plus, et la langue de bois, même si les partis et les syndicats ne représentent plus personne et n'ont plus de fondement démocratique. Cela constitue ce que je dénonce comme étant des ancres flottantes qui empêchent d'avancer. Leur capacité de nuisance  sont des poids morts insupportables.

Il y a également la pesanteur de ce qui constituait l'expérience de l'ancienneté aux manettes. Ce qui était un plus est devenu une entrave à l'évolution, au dynamisme, à l'adaptation et la réactivité. Il a fallu des dizaines d'années pour faire comprendre aux Ordres professionnels que les Cabinets libéraux sont aussi des entreprises. Combien de temps encore pour accéder à des structures interprofessionnelles ?

La deuxième  raison de la disparition du pragmatisme, pris globalement, est la qualité de l'information, au sens large, et de son acquisition qui constituent un ensemble non seulement bloquant mais déviant.

Que la culture générale ou transversale aient fait les frais de la spécialisation des filières scolaires ou professionnelles au nom d'une forme d'efficacité, personne ne le contestera. Il eût fallu toutefois mieux appréhender les conséquences. La terrible incurie de la gestion de la crise passée  des balkans comme celle actuellement des migrants venant du Moyen-Orient résultent largement de l'ignorance autant de la géographie que de l'histoire. La façon de percevoir l'utilité d'une matière ou d'une fonction, voir du respect d'une procédure ou d'une réforme  est souvent aussi le fruit d'une vision théorique et d'une abstraction sans références.

Ceux qui donnent l'information sont des entreprises ou des réseaux d'influence.  L'information est d'abord une désinformation. Capter l'attention par l'émotion ou une l'accroche. Le but est d'attirer vers le vecteur. L'information est essentiellement un business. Il faut surfer sur  l'événement. Par expérience je sais que les médias même les plus réputés sont  capables...nous dirons...d'approximations, de légèretés, de complaisances... et de mensonges éhontés.

Des livres peuvent être publiés précipitamment autant pour être le premier distribué que pour détourner le public du fond d'une affaire en faisant semblant d'épuiser le sujet. Nous savons de façon certaine que des journalistes peuvent chercher à vendre leur écrit et par conséquent leur plume. Les articles dits de fond révèlent souvent à ceux qui connaissent la matière du sujet une méconnaissance parfois grave. Entre business et agents d'influence les médias sont rarement des forces de progrès de fond.

La troisième cause de blocage  qui fait barrage au pragmatisme dans notre évolution sociétale est la classe politique elle-même. 

Nous avons en moyenne le personnel politique le plus âgé d'Europe.

Alors que n'importe quel gouverneur des Etats-Unis serait contraint de démissionner s'il commettait un excès de vitesse délibéré et durable sur une autoroute, nous ne comptons plus le nombre de nos politiciens qui ont fait l'objet d'une condamnation judiciaire, qui plus est souvent  pénal. Alors que beaucoup de métiers réglementés exigent des casiers judiciaire vierge pour y accéder et le pratiquer, il n'en est rien pour nos politiciens qui sont devenus par ailleurs des carriéristes, ce qui n'est pas leur moindre défaut.  Ce qui est vrai pour la classe politique américaine est vrai aussi pour les monarchies européennes  qui sont des démocraties. Je me souviens d'un ministre des transports d'un pays scandinaves (dans lequel le chef de l'Etat prend le bus) qui avait commis un excès de vitesse. Il a été arrêté par la police (rappelons- nous que dans notre pays un ancien  ministre du budget chez nous prenez un malin plaisir à faire muter les gendarmes qui osaient l'intercepter). Il a pris deux mois de travail d'intérêt général dont les modalités d'exécution ont été aménagés du fait de ses fonctions mais ce n'était pas autre chose que l'application de la loi. Tout le monde a pu le voir ainsi en charge de contrôler les billets d'avion à l'aéroport de la capitale.

Nous sommes dans un pays où il faut 50% des voix pour être élu, plus une. Ce système majoritaire conduit les candidats à élaborer un programme qui ne tient pas la route mais rassemble autour de valeurs dogmatiques, de totems, et de symboles, une majorité. Le système de l'élection par circonscription uninominal à  un tour comme en Grande - Bretagne n'a pas ce défaut même s'il a d'autres inconvénients. En plus le poste de chef de l'Etat est pris pour trois générations ce qui évitent des combats d'egos. Nos politiciens à la tête du pays et les principaux ministres comme les conseillés ministériels ainsi que les chefs de services et le corps préfectoral  sont quasiment tous issus de l'ENA ce qui en fait un club fermé,  coopté qui ignore tout de la vie économique réelle des entreprises. Notre pays depuis Napoléon oppose le secteur public à la société civile (vocable inventé par Michel Rocard, alors premier ministre) ce qui en dit long sur une société construites en deux parties superposées comme l'huile et l'eau dans un verre. Particularité toute française qui a généré un ordre juridique et juridictionnel uniquement dédié à  la sphère publique pour une fonction publique doté d'un statut qui sclérose non seulement l'Etat mais aussi les collectivités territoriales.

Au sein de ses dernières l'IFRAP a relevé  qu'il y avait de 26 à 36 jours d'absentéisme (" les antibiotiques ce n'est pas automatique", on peut ajouter "les arrêts de travail non plus") par an par fonctionnaire et sans perte de revenus. Personnellement j'ai des doutes sur l'avènement du pragmatisme dans un pays où  les politiciens de tout bord ont accepté en violation délibérée des règles européennes de subventionner, notamment, la S.N.C.M., à  charge finalement définitive des contribuables, pour éviter d'avoir à faire face à de véritables chantages politico-portuaires et sociaux, cela en toute impunité pour eux, comme pour les bénéficiaires puisque la compagnie de navigation a fait  l'objet d'une procédure collective.

Le moins que l'on puisse dire c'est que le droit a été mal fait souvent délibérément, n'est pas réformable pour les mêmes raisons,  qu'il est devenu méprisable car cause de frustration pour ceux qui veulent entreprendre, et que si nous sommes dans un État de droit il ne s'applique pas à  l'Etat et ses acteurs comme aux membres de  la société civile, qu'en tout état de cause l'équité n'est pas respectée puisque  ceux qui nous gouvernent, quels qu'ils soient, n'ont pas de  comptes à rendre judiciairement à cette société civile sur laquelle ils pèsent.

Faute de respecter le pragmatisme et la responsabilité, le droit dont nous avons la charge de demander l'application perdra à  la fois son rôle unificateur et civilisateur.

C'est la pire situation qui puisse se concrétiser dans une démocratie.

Par gilles.huvelin le 14/08/15

Voilà nous sommes aux confins d'une étrange période de notre passionnante histoire. Regardons bien que jamais depuis l'empire Romain nous n'avons eu en Europe une période de paix aussi longue, si on veut bien fermer les yeux sur le terrible conflit qui fit suite au démantèlement de la Yougoslavie. Jamais notre niveau de vie et nos services sociaux n'ont été aussi bons. Certes comme nous l'avons survolé, le système monétaire est en refondation, l'économie mondiale se cherche un "nouveau territoire" solvable, et le défi de l'environnement est évidemment lié à la surpopulation de notre vaisseau spatiale "Terre". C'est parce que nous sommes trop nombreux que nous détruisons la biodiversité, polluons nos sols, que nos océans se recouvrent d'hydrocarbures. Et notre démographie planètaire est le fruit de l'ignorance autant que de la bêtise humaine, qui est selon certains auteurs, incommensurable. Le défi est celui de l'accès à l'école pour tous. Mais avant d'y parvenir il va falloir combattre l'obscurantisme et la superstition. C'était avec les privilèges les forteresses que la révolution française voulait abattre. Regardons le chemin parcouru. Les idées vont moins vite pour se développer que la force d'inertie ou le conformisme.Voyez le nombre de "soixante-huitards" qui ont accepté, et pour les obtenir les ont demandé, des honneurs et décorations. Combien ont fait un parcours politique bêlant justement de conformisme doctrinal sclérosé. Et en plus ils en sont fiers. Cette génération à laquelle j'appartiens un peu a plombé une période qui aurait dû être celle des mutations. Pas plus qu'elle a su renouveler la politique et le monde des idées, elle n'a su dire et affronter les réalités trop contraires à leurs discours. L'élection du président John Kennedy avait été perçue comme le début d'une nouvelle époque alors que c'était la fin de la précédente. Les émeutiers de mai 68 annonçaient la fin du communisme et non une nouvelle révolution: c'est la pénurie organisée d'essence qui a mis fin aux barricades en détournant la sympathie de l'opinion qui préférait partir en week-end. Bien entendu les défis de notre temps n'ont pas été anticipés. Bien entendu nous les vivront dans l'urgence et ce sera que plus brutal. Nos prises de conscience interviendront vraisemblablement trop tard pour beaucoup de terriens et ce sera un destin horrible pour beaucoup. Pendant ce temps il sera encore distribué beaucoup de médailles et n'en doutons pas beaucoup de vessies nous seront vendues pour des lanternes par les prébendiers de la pensée.