Par gilles.huvelin le 21/05/19

C'est la dure loi des réseaux sociaux, mais j'en ai des nouveaux en publiant des photos de petits chats. Les articles de fond ou qui dérangent les habitudes de la pensée convenue ne sont pas populaires, comme les femmes et les hommes politiques qui sont en avance sur leur temps, ceux qui sont en retard étant considérés comme des visionnaires. Le choix du tempo et ce qui flatte l'immédiateté et la légèreté sont indispensables pour être populaire.
Il y a aussi la polémique mais aborder un sujet tabou comme le fait que des minorités ont le droit de vous piétiner l'aorte ou que l'origine et la responsabilité de la misère incrustée dans le Nord-Est de Paris vous mène à l'excommunication majeure, des poursuites judiciaires et la mise sous surveillance de la meute bienpensante perverse.
Les sujets d'intérêt sur lesquels vous pouvez avoir une vie sociale en dehors des réseaux sociaux deviennent tout aussi rares. Il y a la science si vous admettez que la Terre est plate, ce qui suffit d'ailleurs à notre vie quotidienne plutôt que de parler de la disparition du grand K. Il y a l'Art, sujet génial si l'Oeuvre est chère et payée sur les deniers publics. Les antiquités sont suspectes car défiscalisées et n'ont de légitimité dans une conversation que si elles ont été volées pendant la guerre. Heureusement il y a l'Europe. C'est un sujet de café du commerce aussi efficace qu'une chanson à boire, 3 électeurs sur 4 ignorant le fonctionnement de nos institutions.
La politique est abordable si vous êtes communiste, contre le Glyphosate avec les producteurs de coca, ne sachant rien des cycles et désordres climatiques et leurs raisons depuis 400 000 ans, mais féru sur les 30 derniers, anticapitaliste mondial, militant contre le fascisme de l'Etat bourgeois, vert en cachant que vous avez lu les conclusions du Club de Rome en 1979, et végan, défenseur de toutes les autres espèces vivantes, et contre tout en général, ce qui emporte la défense des acquis, une méconnaissance crasse des principes économiques de base, pour l'immobilisme avec plus de moyens car vous faites partie des forces de progrès qui nécessitent plus de déficits, la dette n'existant pas réellement. Si en plus vous êtes contre la prison et la guerre, vous êtes le phénix des droits de l'homme pour dîner en ville. J'attire votre attention sur le fait que la démographie humaine n'est pas un sujet de conversation car ce n'est pas un problème. Reste le foot, la météo, et l'euthanasie, mais surtout ne révélez pas que vous êtes avocat ! Jouer au plus con et vous trouverez des personnes d'accord avec vous. Le charme de la conversation de bon aloi consiste à ne parler de rien. Et c'est déjà quelque chose. En tous les cas je peux vous assurer, pour plagier Raymond Devos, que ce n'est pas rien. Cela nécessite vigilance, talent, présence d'esprit et humour. Et surtout, n'ayez aucune opinion, et ne donnez pas de conseil. Jean d'Ormesson était certainement l'un des plus doués de sa génération pour cet exercice. Il nous a montré que cette place n'est accessible qu'à ceux qui ont acquis avec intelligence, une vaste culture générale, en quatre langues, au minimum, bien entendu, et sans que cela se voit. Réussir une conversation consiste à faire briller son interlocuteur. C'est seulement plus difficile sur les réseaux sociaux. J'ai déjà abandonné sur Facebook dont je me suis désinscrit car, vraiment je ne suis pas à la hauteur, malgré des efforts sincères.

"On a le choix entre être heureux ou avoir raison."

#CommentSeFaireDesAmis