Sep
16
A 48 heures du référendum écossais: ce qu'il y a a dire

Après demain, jeudi, les quatre millions d’électeurs écossais sont appelés à se prononcer sur l’indépendance de l’Ecosse, sur son maintien ou son retrait du Royaume-Uni. Une réponse positive constituerait un véritable séisme pour l’Angleterre, pour l’Europe, et pour le monde.
 
L’incertitude est totale depuis qu’un premier sondage a donné, il y a quelques jours, le oui gagnant.
 
Avant d’aller plus loin, pour comprendre certains éléments du présent, plongeons-nous dans l’histoire. Rappelons quelques dates de l’histoire de l’Ecosse, et de ses liens avec l’Angleterre.
 
Il y a plus de deux mille ans, les Pictes, ancêtres des Ecossais, habitants de l’Ecosse, alors dénommée la Calédonie résistent à l’envahisseur romain, le harcelle et lui font subir de très nombreux dégâts. Cela conduit l’Empereur Hadrien à faire ériger un mur de séparation pour protéger sa domination sur l’Angleterre.
 
Jusqu’en 1707, et la naissance de l’Union, l’Ecosse et l’Angleterre vont se battre à plusieurs reprises. En 1328-1329, l’Angleterre reconnait l’indépendance de l’Ecosse. De 1542 à 1567, marie Stuart est le Reine d’Ecosse, la dernière Reine. En 1603, par un des clins d’œil dont l’Histoire a le secret, Jacques VI d’Ecosse devient Jacques 1er d’Angleterre par coïncidence dynastique.
 
L’histoire commune est mouvementée. Après un deuxième référendum, l’Ecosse devient autonome en 1997, et a, deux ans plus tard, un Parlement et un Gouvernement. L’Ecosse possède un drapeau, un hymne, et son exécutif a compétence sur toutes les politiques publiques sauf la défense, la monnaie et la politique extérieure.
 
Quinze ans plus tard, le référendum de jeudi s’inscrit dans cette porte entrouverte en 1997. C’est la remise en cause de ce pacte d’Union de 1707 qui est l’enjeu du scrutin.
 
Les indépendantistes relativisent les conséquences d’une éventuelle partition. Ils n’évoquent pas la fondation d’une République, et s’inscrivent dans la Monarchie, avec Elisabeth II comme souveraine.
 
Ils prévoient un Etat dénucléarisé et une armée restreinte.
 
Il ne serait pas, ou plus exactement il ne serait plus question de recourir à l’euro. Mais le chancelier de l’Echiquier et le gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre considèrent que l’Ecosse ne pourrait continuer à utiliser la livre sterling. Parallèlement, des grands groupes britanniques, comme la Royal Bank of Scotland, la National Australia Bank, la Clydesdale Bank, ou l’assureur Standard Life n’ont pas hésité à affirmer qu’en cas de victoire du oui, ils quitteraient l’Ecosse. Le chantage à l’emploi avancé par les Unionistes a porté aussi sur la vingtaine de milliers d’emplois dans les entreprises de défense situées en Ecosse.
 
L’enjeu est certes économique, l’Ecosse représentant 10 % et disposant de trois quarts des réserves pétrolières de l’Union, mais la revendication indépendantiste, la soif de la reconnaissance de l’identité écossaise dépassent très largement ces considérations.
 
Même si la réponse écossaise était négative, elle va susciter des demandes de référendum dans d’autres régions européennes, au premier rang desquels se situe la Catalogne. Que feraient le pays de Galles, l’Irlande du Nord ?
 
Ouvrir la boite de Pandore de la remise en cause des frontières constitue une véritable catastrophe. Sur le seul continent européen, on l’a vu en Yougoslavie, et on le voit aujourd’hui en Ukraine. Le risque est tel que le Président de la commission sortante, José Manuel Barroso n’a pas hésité à parler d’un éventuel très long processus d’adhésion à l’Europe pour l’Ecosse, ce qui signifie que la sécession se traduirait de facto par la sortie de l’Union européenne. Ne nous attardons pas sur cette prise de position qui est loin d’être évidente.
 
La question se pose néanmoins si nous ne sommes pas au début d’un long processus de contestation des Etats dont les capacités ne cessent de diminuer. Leurs pouvoirs sont remis en cause par les transferts de compétence à l’Europe, les mouvements de décentralisation, et l’accroissement de l’influence des multinationales.
 
Ainsi va la mondialisation.
 
La globalisation bouscule les structures étatiques, et crée une forme de désarroi chez les citoyens à la recherche de repères. Cela explique la renaissance du concept identitaire, le développement du communautarisme, voire les processus indépendantistes de certains peuples. Cette quête va-t-elle conduire à une modification de certaines frontières ou les Etats trouveront-ils de nouvelles formes d’organisation proches des citoyens pour répondre à leurs attentes ?
 
Tel est l’enjeu du référendum de jeudi prochain
 
 

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